Tel Aviv: “Alyah, de Juifs à Hébreux” un film d’A. Mercier

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De Juif à Hébreu L’alyah, catalyseur d’identité ?

Antoine Mercier est journaliste, il vient de terminer une carrière de 40 ans au sein de France Culture, station dans laquelle il présentait le journal de la mi-journée ainsi qu’une émission culturelle. Il est en ce moment en Israël, pour présenter son documentaire,  »Alyah, de Juifs à Hébreux » dans lequel il s’interroge sur les conséquences identitaires de cette démarche unique.

A quelques jours de la diffusion de son documentaire à Jérusalem et à Tel Aviv, il répond à nos questions.

 

Le P’tit Hebdo : D’où est née l’idée de ce documentaire ?

Antoine Mercier : Je suis parti de l’enseignement de Manitou, qui a théorisé l’idée de mutation d’identité que susciterait l’alyah. Ce qui m’a poussé à étudier de près la question c’est le mouvement historique qui se déroule sous nos yeux : d’ici quelques années, la majorité des Juifs vivront en Israël. Le centre de gravité de la vie juive bascule inexorablement de la Diaspora vers Israël. Quelles sont les implications d’un tel mouvement historique ? J’ai donc voulu jouer le rôle d’un expérimentateur. Je me suis attaché à descendre sur le terrain pour mettre à l’épreuve de la réalité la théorie de Manitou.

Lph : Quels ont été vos outils pour mener à bien cette expérience ?

A.M. : Mon documentaire est entièrement basé sur des interviews. J’ai rencontré beaucoup d’olim, choisis suivant des critères précis. Tout d’abord, j’ai voulu que mon enquête se fasse auprès de gens  »normaux ». J’ai volontairement laissé de côté, les  »people ». J’ai voulu faire apparaître des récits de vie et non des discours, je voulais des gens de la société civile et non des spécialistes.

La raison est simple : si la théorie de la mutation d’identité est vraie alors elle doit se vérifier à tous les échelons. Seuls deux rabbins participent à ce projet : le Rav Elyakim Simsovic, ancien élève de Manitou et Itshak Chouraqui.

Ensuite, j’ai constitué un panel varié d’olim : anciens et nouveaux, religieux et laïcs, ashkénazes et séfarades, jeunes et moins jeunes.

Lph : Qu’est-ce que cette identité  »hébraïque » ?

A.M. : Derrière le mot  »hébreu » se trouvent les notions de séparation et d’universalité. Séparation, par l’étymologie, qui vient du mot  »over, laavor », passer de l’autre côté, mais aussi universalité puisque l’identité hébraïque c’est l’identité humaine d’avant la Tour de Babel, d’avant la dispersion.

Lph : Cette définition peut paraître abstraite. Comment se traduit-elle chez les olim que vous avez interrogés dans votre documentaire ?

A.M. : Les personnes que j’ai interrogées ressentent toutes qu’elles reviennent vers le cours de l’histoire juive. L’alyah est vécue comme une démarche pour retrouver un sens à la dimension juive de l’existence. Ce sont des personnes conscientes de leur judaïsme même si elles ne pratiquent pas toujours. Ce qui revient chez tous, c’est ce sentiment d’appartenance à l’histoire. Les olim ressentent désormais qu’il est devenu impossible d’avoir une place dans la collectivité en exil en général, et en France en particulier, pour ce qui nous concerne. L’antisémitisme est une des causes de ce sentiment mais d’autres éléments interviennent. Si avant, les Juifs se repliaient dans des ghettos pour remédier à ce sentiment de rejet, aujourd’hui, ils entrent dans un mouvement historique. En Israël, ils voient la possibilité de replanter une nouvelle graine et de la faire pousser. Ils renouent avec leur histoire collective.

Lph : Les difficultés de l’alyah ne viennent-elles pas gâcher parfois ce beau tableau de retrouvailles et ne le remettent-elles pas en cause ?

A.M. : En effet, l’alyah est une démarche qui comporte des difficultés concrètes. La perte de ses attributs, l’acceptation de revenir à soi et d’en subir les conséquences économiques et sociales. On peut voir cela comme un rite initiatique. Mais, de tous ceux que j’ai rencontrés, aucun ne m’a paru négatif envers Israël. Les obstacles sont réels et ils ne sont pas niés mais cela fait partie du lot.

Lph : Cette mutation de Juif à Hébreu est-elle le témoin du passage de Juif des Nations à la Nation juive ?

A.M. : L’alyah ajoute une dimension de Juif collectif à celle de Juif individuel connue en exil. Si auparavant, les Juifs étaient en proie à une dichotomie qui les contraignait à une double appartenance, une double identité, en Israël, ils se remettent dans un mouvement national qui est lancé à pleine vitesse. Pour les Juifs de France, ce changement est encore plus fort, parce qu’ils vivaient dans une nation fatiguée, en manque de projets, en panne d’avenir.

En tant que journaliste, j’informe sur ces changements. Les changements induits par l’alyah auront des conséquences considérables, nous sommes dans une période historique nouvelle. Israël s’exprime en tant que collectivité, que Nation, sur la scène internationale et non plus en tant que regroupement  de communautés dispersées. Elle est devenue le canal par lequel le judaïsme prend un sens collectif.

Lph : Et la religion ? Où est-elle dans cette mutation identitaire ?

A.M. : Le judaïsme fait partie de l’histoire et il est, lui aussi, en mutation. Il s’est constitué comme une religion en exil. Aujourd’hui, c’est le temps du retour, donc celle-ci évolue forcément, sans parler obligatoirement de modifications hala’hiques. Ce que je veux dire, c’est que tout un pays vit au rythme du calendrier juif, même les laïcs. En Israël, le judaïsme reprend sa place naturelle.

Ainsi, des gens qui se définissent comme laïcs, pratiquent des mitsvot sans s’en rendre compte. J’ai pu en interroger qui se disaient même anti-religieux et lors de notre discussion, je découvrais qu’ils observaient Yom Kippour avec beaucoup de ferveur, qu’ils avaient fait la bar-mitsva de leur fils au Kotel ou qu’ils ne rataient pas le seder de Pessah. En Israël, même les laïcs évoluent dans un bain religieux. La dynamique nationale israélienne implique une transformation existentielle du rapport à la pratique religieuse.

Lph : Si les olim contribuent, à travers leur démarche, à enclencher et entretenir ce mouvement historique vers l’histoire collective, le statut d’Hébreu, quel est le rôle des  »sabras » dans ce déroulement de l’histoire ?

A.M. : Est-ce que ces Israéliens sont aussi dans la mutation ? Je dirais que oui. Ils sont attachés à la Nation et au temps juif. Ce sentiment collectif est toujours présent. En fait, la mutation dépasse les individus, et on ne se rend pas toujours compte qu’elle est en cours.

Lph : Alors Israël est-il L’État juif ou L’État hébreu ?

A.M. : Israël est L’État hébreu, d’ailleurs c’est ainsi qu’il est couramment appelé. Manitou soutenait que  »juif » est une identité provisoire qui appartient à l’exil. L »’hébreu » est une identité collective. Ce cheminement est unique au peuple juif. Il n’existe pas d’autre peuple qui soit né hors de son territoire, qui ne se soit pas assimilé complètement après 2000 ans d’exil et qui finisse par revenir sur sa terre.

Ce mouvement collectif est incroyable et le basculement de l’histoire juive auquel nous assistons aura des répercussions sur l’histoire de l’humanité entière.

Ce que mon documentaire montre c’est que l’hébreu devient une identité nationale qui a vocation à rayonner dans le monde et à retrouver une connaissance prophétique. La puissance du quotidien en Israël suffit à le prouver.

Projection du film  »De Juif à Hébreu » d’Antoine Mercier :

Le jeu 20/02, 19h, Cinémathèque  de Tel Aviv

Le mer 26/02, 19h, Cinémathèque de Jérusalem.

Rés: https://www.dejuifsahebreux.com/actualites

Propos recueillis par Guitel Ben-Ishay

3 COMMENTS

  1. Excellent!
    Voir aussi les généalogies Bibliques depuis Hever, fils de Sem.
    Et en archéologie moderne, les Hapiroux, ou Habiroux, cette communauté qui cotoyait Abraham… L’hébreu.
    .
    Une petite précision… :
    ” Derrière le mot »hébreu » se trouvent les notions de séparation et d’universalité. Séparation, par l’étymologie, qui vient du mot »over, laavor », passer de l’autre côté, mais aussi universalité puisque l’identité hébraïque c’est l’identité humaine d’avant la Tour de Babel, d’avant la dispersion.”.
    Une erreur sémantique importante, laavor signifie traverser, passer de l’autre côté, non pas se séparer .
    La séparation serait Guet, qui a donné ghetto, l’hebreu enfermé, et d’abord de son propre chef, pour rester hors de la folie du dehors… En Égypte, Goshen etait une region/ghetto et tout a déraillé quand les enfants d’Ysraël /Ya’akov en sont sortis… Le texte dit ” Et le pays (d’Egypte) en fut remplis (d’hebreux).
    Cette faculté de traverser le temps et l’espace a eu un coût sur la démographie juive, certes, mais nous sommes toujours là.
    Pour ceux qui n’ont pas cliqué, ça passera à Paris aussi ! :

    Projection au Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme
    21 avr. à 19:00 – 23:00
    Musée d’art et d’histoire du Judaïsme, Hôtel de Saint-Aignan, 71 Rue du Temple, 75003 Paris, France

    Réservations !

  2. Il y en a un qui va exécrer ce film , c’est LIEBERMAN qui ne a pas du tout aimer , qui fait tout pour écarter un ETAT HEBREU ! Il est prêt à s’allier au Diable comme les gauchistes d’ailleurs !!! Ces OLIMS seraient les bienvenus en ISRAEL avant qu’il n’arrive , allié à GANTZ, à y mettre le chaos !!

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