Société(s) de cobayes : une fatalité ?

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Ce n’est pas uniquement pour son immense connaissance du monde viral et des maladies afférentes que la sommité mondiale, et à travers lui son équipe d’excellence, est adulée par une partie des foules confinées et déconfinées. C’est aussi que le Professeur Raoult traîne bien malgré lui – et il finit par en jouer en finesse si cela peut lui permettre de travailler plus sereinement et appuyer ses méthodes – une réputation ragaillardie de Gaulois réfractaire. Ajoutons pour être exhaustif, que cet esprit gaulois s’applique aussi, mais plus rarement, à quelques sceptiques par rapport au docteur. Mais la majorité silencieuse ne se range pas religieusement derrière le baroudeur du virus, pas forcément par défiance mais selon un phénomène général que nous allons évoquer.

 © DR – JeuneAfrique

Essais randomisés : cobayes d’une non-science

Revenons à l’une des objections faites à l’équipe de l’IHU – Méditerranée Infection : l’absence d’essais randomisés qui, prétendument, pourraient asseoir une certitude de fonctionnement de son traitement médical contre le Covid-19. Le Professeur Raoult s’en est largement expliqué dans un article médical. Les études biaisées (protocole excluant le complément azithromycine de l’hydroxychloroquine) ainsi que le flop Discovery, par ailleurs, apporte de l’eau au moulin gaulois.

Le principe même des essais randomisés, outre leur pertinence et leur validité externe controversées, pose un problème éthique considérable, et l’on peut s’étonner que l’ensemble des patients, de leurs familles, et plus largement du peuple, ne s’oppose pas fermement à ces méthodes dénuées de la plus élémentaire humanité. En temps de pandémie, et face à la grande précarité des malades, en inviter quelques-uns à jouer à ce qui s’apparente, en la circonstance, à une roulette russe, n’honore pas la profession ni toute la chaîne politico-médiatique qui y pousse. Et que dire de l’effet produit pour les autres malades, ceux qui doivent théoriquement attendre les résultats de ces tests cliniques, avec ce que cela suppose en termes d’aggravation voire de mort, du fait de l’absence de thérapeutiques alternatives immédiatement disponibles.

Quel autre terme désignerait ces pauvres patients que le terme de cobayes ? « Les cliniciens sont au service des patients et les méthodologistes au service des cliniciens. Cela ne devrait plus être l’inverse. » selon Didier Dreyfuss, chef de Service de réanimation.

Crédit photo : S.Toubon

Le Professeur Raoult va plus loin en pointant du doigt la course aux brevets (d’une durée de 20 ans actuellement); les traitements anciens, souvent peu coûteux, seraient parfois moins obsolètes que leurs nouvelles formules bien plus lucratives mises sur le marché. Quid du bien des patients ?

Dans un autre entretien de qualité d’une tonalité plus posée car moins exposée, et avec une grande acuité, le brillant anthropologue et expert mondial de la Santé Publique genevois Jean-Dominique Michel avance, donnée qui ferait l’unanimité, que le taux de reproductibilité dans la recherche scientifique médicale est de 15 à 25 %. Si l’on peut se permettre de le traduire en d’autres termes, l’industrie pharmaceutique mettrait donc sur le marché des médicaments pour lesquels on n’est sûr qu’au maximum à 25% de l’innocuité et du simple effet traitant. Il souligne ainsi, sur ce même principe de non-cohérence externe que nous évoquions auparavant, l’imposture d’études bidonnées à charge concernant les effets de l’hydroxychloroquine dans le traitement de malades du Covid-19.

Nous sommes ici au cœur de décisions politiques, d’outils et de méthodes douteux voire contre-productifs, qui s’appuient sur des envolées de mathématiciens modélisateurs déconnectés, selon des objectifs essentiellement sonnants et trébuchants pour les uns et idéologiques pour les autres.

Photo extraite du 1er entretien vidéo par ATHLE.ch

Confinements : cobayes d’autorités défaillantes

Jean-Dominique Michel souligne avec finesse que la perte du lien social – valeur qui dépasse la vie elle-même, comme le rappelle le pertinent Michel Herren recueillant ses propos – lors du confinement a déclenché des états inflammatoires et avec eux une augmentation du taux de Cytokines, aggravant la situation et le risque sanitaire.

Dans les Ehpad, cette situation de confinement perdure, faute de savoir (ou vouloir) procéder autrement. De même, les salariés en télétravail à temps partiel, s’ils sont loin de leur famille ou amis –  amitié de toute façon soumise à distanciation – ne sortent guère non plus que sur des chemins hyper-balisés, bien loin du plaisir de vaquer à sa guise.

Les autorités mal entourées – à ce point c’est plus qu’une faute – et vite débordées, pour masquer (sans mauvais jeu de mot) leur incurie ou leur adaptation idéologique biaisée à la situation, ont enchainé les mesures ineptes mal dosées, mal adaptées, mal encadrées.

Dans ces processus, l’intelligence collective fait défaut aux autorités, mais aussi au peuple. Si ce dernier ne peut donner que ce qu’il a, consistant ici en l’occurrence médiocrement, à porter à la plus haute fonction un idéologue totalement inexpérimenté, fantasque et mal entouré, on pourrait également dire selon l’adage « la fonction fait l’homme », qu’à son tour celui sensé donner l’impulsion à toute la Nation se fourvoyant gravement, projette cet échec sur le peuple en une synergie négative. Mais tout cela est-il bien involontaire ?

Où est passée l’intelligence collective ? – DrAfter123 / Getty Images

La fonction des virus et bactéries, rappelle Jean-Dominique Michel, est de vivre en symbiose, en bonne intelligence avec l’espèce humaine, sauf lorsque l’homme, objet ou auteur de différents troubles y introduit des déséquilibres, rendant cette grouillante « faune » potentiellement pathogène.

On peut bien sûr y voir une portée spirituelle, et le judaïsme nous apprend que toute chose terrestre se manifeste en une bonne ou une mauvaise mesure, selon l’interaction de l’homme, le virus en est une illustration matérielle, pointant sans doute le chaos physique où mène l’éloignement spirituel.

En collectivités locales : Cobayes des relais coercitifs

Nous constatons aussi que l’épidémie virale actuelle concentre avec elle la somme de tous les maux humains en un cocktail détonnant : malbouffe, vie sédentaire, stress, terreurs savamment entretenues par les autorités et les media à leur solde, rupture du lien social, violences au foyer, mesquineries diverses, la liste est longue, et les exceptions anecdotiques.

L’occasion de se représenter tout le mal induit par la tyrannie bureaucratique, la privation (mal) organisée de nombreuses libertés y compris celle de prescrire, l’absence de sécurité pour le corps médical, l’euthanasie programmée des plus fragiles, tout cela sans que ni les individus, ni les collégialités ne s’en émeuvent outre mesure. Ayant perdu le goût, l’intelligence collective, et la curiosité nécessaires à la compréhension de son époque, et indispensables à la réaction. Un cobaye se révolte-t-il contre sa condition ? Est-ce la peur ou la torpeur qui l’en empêche en contexte Covid ?

Voilà un peuple, voilà des Nations toutes entières, se laisser malmener dans leur plus petit territoire, au gré des mesures liberticides plus farfelues les unes que les autres – et sur une durée inadmissible pour des sociétés respectueuses du bien collectif. Le confinement différentiel qui brime le célibataire dans sa chambre de bonne et laisse voyouter en liberté la racaille de banlieue (au passage, bien prémunie en masques FFP2), n’a pas soulevé les masses, et que dire des transports en commun bondés ou des supermarchés ouverts aux contaminations ; « en même temps », l’égalitarisme dicte que l’habitant de zone fortement urbanisée, est tout autant contraint au confinement que celui qui réside au abords d’un chemin de garrigue où jamais personne il ne croise, et nulle masse ne s’en émeut encore.

L’état d’urgence donne un blanc-seing aux zèles les plus fantaisistes des autorités, l’imagination ne manque pas, comme celle de verbaliser un intermittent itinérant bloqué dans sa caravane loin de chez lui, ou pire, bloquer au point d’arrivée le fils ayant parcouru plusieurs centaines de kilomètres pour son père qu’il a été interdit d’enterrer et même d’approcher. Un site recense quelques PV croustillants de bêtise. Ailleurs, les plages vont être autorisées selon des critères précis d’entrée et de sortie, et un zonage par activités, la spontanéité repassera ! Peu encore s’en émeuvent à hauteur du préjudice.

Sous le vernis : cobayes de dictature ?

Parallèlement, l’exécutif tout émoustillé par ses nouveaux pouvoirs au demeurant sans limites, fait passer à l’as une loi « anti-haine » brimant la plus élémentaire liberté d’expression, là encore, si peu de réaction. D’autant que l’on ne tarde pas à découvrir combien l’auteur de cette loi, elle-même lourdement concernée, est illégitime à la proposer, et même à la concevoir.

Tout ce que le citoyen peut rechercher en termes de joies et plaisirs en vue d’oublier un peu sa condition – certes bien plus enviable qu’en temps de guerre –  est ainsi peu à peu brimé, réglementé, abîmé, toute la vie économique, sociale, scolaire, religieuse,…  est fliquée. Il y a bien quelques rebellions épistolaires, ou virtuelles, mais globalement nul ne bouge. A tel point que lorsqu’un trublion offensif couleur cédrat vient proposer de renverser légitimement le régime, il ne voit hélas, en se retournant, que son ombre hésitante.

Capture d’écran Facebook : pauvre Christophe Chalençon

La société est à ce point amorphe que cela galvanise l’exécutif et à sa botte, les autorités policières – même les municipaux, c’est pitié – et l’on ne peut s’empêcher de penser que, même maladroitement, même hasardeusement en cherchant sa voie, tout cela participe d’un gigantesque test d’aptitude des populations à la docilité en conditions de vexation et de peur entretenues. La réponse est sans appel, du moins au moment de l’écriture de cet article : les peuples de cobayes sont largement complices, grenouilles de fable ou bien coucous lobotomisées endormis dans leur environnement-laboratoire. Un évènement, ou des personnalités viendront-ils planer au secours du nid de coucous ?

Sur la prise de conscience populaire en tous cas, il n’est pas sûr encore que le traumatisme asséné aux citoyens-cobayes soit assez violent pour enclencher un réel processus de résilience – nom d’ailleurs donné aux opérations militaires internes de logistique sanitaire réactive durant la pandémie. Quoi qu’il en soit, tous les individus ne sont pas résilients. L’Etat quant à lui, malignement, s’organise pour saper les velléités réactives agressives. L’une des méthodes est caressante, flatteries du personnel médical, flatterie du sens solidaire des Français en pandémie, l’autre offensive, comme la magistrale Loi d’Amnistie pour s’auto-disculper des manquements et autres arbitraires. L’Etat d’urgence en soi, constitue déjà un bon joug garde-fous.

Extrait photo du film « VOL AU-DESSUS D’UN NID DE COUCOU » (MILOS FORMAN, 1975)

Cobayes un jour, humains toujours

Alors, qu’est-ce qui peut nous hisser hors de cette situation délétère dans laquelle s’embourbe la partie la plus occidentale du monde, au gré des modélisations hors sol les plus pessimistes sur l’avenir semi-confiné et autre retours de vagues ? La solution n’est-elle pas en chacun de nous ? Seule une poignée de personnes prend la peine (et le luxe) de chercher à mesurer la portée des évènements actuels. Au-delà de cela, il ne tient qu’à nous de trouver la ressource et surtout les conditions du retour d’une intelligence individuelle et plurielle qui ne demande qu’à s’exprimer.

Revenir aux vieilles recettes jetées aux oubliettes d’une société qui dévalorise l’homme en le réduisant à un objet et acteur de consommation. Mens sana in corpore sano. Comme le rappelle Jean-Dominique Michel dans un second entretien auprès de l’équipe de Michel Herren, L’activité physique même basique, surtout depuis qu’elle est rendue mieux accessible après le déconfinement, est fondamentale, pour l’aération du corps et de l’esprit et les débarrasser des scories négatives.

Au-delà de ces évidences, il est rappelé qu’un autre aspect est négligé dans nos contrées occidentales, totalement démunies face à l’adversité : le sens de l’effort, du sacrifice, du dépassement. Le confort moderne maximisé nous éloigne des sensations variables produites par notre environnement naturel, et nous fait perdre notre habileté à nous réguler pour y faire face. Retrouver la confrontation avec les éléments permet de restaurer une harmonie.

De même, le retour à des liens sociaux de qualité, garants de la moitié des chances de survie, (excusez du peu !) prodiguera ses vertus oxygénantes de réouverture au monde. L’anthropologue appelle aussi à l’acceptation d’une forme d’intelligence sociétale, qui naît de la confrontation entre des experts techniques habituels – de domaines encore trop restreints – et le simple quidam dont la curiosité et l’œil neuf permettent d’ajouter de la valeur aux expertises. D’autant que les experts, qu’ils soient hélas souvent de salon pour être associés aux cellules de crise, ou qu’ils soient de terrain, ont le nez dans le guidon. Le dialogue et la bienveillance sont bien évidemment au cœur d’une réussite collective.

D’aucuns pourraient ajouter, que lorsque corps, esprit et intelligence collective sont au rendez-vous, la spiritualité peut à nouveau s’exprimer, pour chacun à sa manière, même agnostique car le sacré s’exprime en tout individu, et cette spiritualité ne devra plus se laisser reléguer au second plan…

 – ©Marie Autesserre

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