Un spécialiste russe du vol hypersonique arrêté pour « haute trahison »

Dans son domaine, la physique des plasmas, Alexandre Kouranov, 73 ans, est ce qu’on appelle trivialement une « pointure ». Auteur de plus de 120 ouvrages scientifiques, notamment sur la protection et le contrôle d’engins hypersoniques, et à l’origine de plusieurs brevets, ce chercheur a été arrêté lors d’une opération « spéciale » menée par le FSB, ce 12 août. Il lui est en effet reproché d’avoir transmis des « informations secrètes » à un « citoyen étranger ». Ce qui lui vaut donc d’être accusé de « haute trahison ».

Au moment de son interpellation, M. Kouranov dirigeait l’Institut de recherche sur les systèmes hypersoniques [HSRI] du groupe militaro-industriel « Leninets », à Saint-Petersbourg. Dans le cadre de ses activités, il a organisé, pendant plusieurs années, un colloque russo-américain sur les « processus thermochimiques et à plasma dans l’aérodynamique ».

Après son arrestation, le scientifique a été placé en détention provisoire à la demande du juge chargé d’instruire cette affaire d’espionnage. Les autorités russes ont fait savoir qu’elles ne donneraient aucun détail supplémentaire, le dossier étant « classifié ».

Dans la course aux armes hypersoniques, lancée au début des annérs 2000 par les États-Unis, via le programme « Prompt Strike Global » la Russie semble être en tête, avec la mise en service, en décembre 2019, du système Avangard. Deux autres engins, encore en cours de développement, sont sur le point d’être opérationnels : le Zircon, destiné à la marine, et le Kinjal, un missile aérobalistique emporté par les MiG-31K. D’où l’intérêt d’autres puissances qui songent à se doter de telles armes.

Ces dernières années, d’autres affaires d’espionnage ont concerné la recherche militaire russe. En mai 2012, un ingénieur travaillant sur les missiles balistiques mer-sol Boulava avait été condamné à passer 8 ans dans une colonie pénitentiaire à régime sévère pour avoir transmis des informations confidentielles à un agent étranger [sa nationalité n’avait pas été précisée à l’époque].

Puis, en 2018, le FSB avait perquisitionné l’Institut central de recherche scientifique sur les constructions mécaniques [TsNIImach], plusieurs employés étant alors soupçonnés d’avoir transmis à des services de renseignement étrangers des informations classées secrètes sur les programmes d’armes hypersoniques. Finalement, seul, Viktor Koudriavtsev, 74 ans au moment des faits, fut accusé de « haute trahison ».

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