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Remaniement: Macron tente le rebond au centre

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Emmanuel Macron, lors l’allocution du 16 octobre suivant le remaniement. Photo DR

On attendait le Premier ministre dans une déclaration de politique générale, c’est finalement le chef de l’Etat lui-même qui s’est exprimé.

Deux semaines après la démission de son ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, et quelques heures après le si attendu remaniement de l’exécutif, Emmanuel Macron a écarté mardi «tout changement de cap et de politique», dans une courte déclaration télévisée, diffusée à 20 heures. Prescrivant à sa nouvelle équipe une action «vigoureuse» face aux «désordres» du monde.

Et annonçant, sans les détailler, des décisions «structurantes et historiques» pour les prochaines semaines.

L’œil sur une version imprimée, et raturée, de son allocution, le chef de l’Etat a évoqué les difficultés des derniers mois, sans masquer ce qu’elles ont dû à ses propres imprudences : «Par ma détermination ou mon parler vrai, j’ai pu déranger ou choquer certains», a-t-il reconnu. Regrettant en outre la réapparition, dans son propre camp, «de mœurs anciennes, du poison de la division et de l’instabilité».

Avant d’en appeler au plus large rassemblement «de toutes les forces du progrès et de la réforme», citant notamment les élus locaux.

Ce souci devait être au cœur du remaniement, répétait depuis des jours l’entourage présidentiel.

«Il faut respecter l’ADN d’En marche, le bon dosage gauche-droite et la représentation de la société civile», expliquait l’entourage du chef de l’Etat. Tandis que le président de l’Assemblée nationale, Richard Ferrand, déplorant de trop nombreux «malentendus» entre l’exécutif et les territoires, annonçait «une place plus visible de ces enjeux dans le prochain remaniement».

Mission accomplie : ce gouvernement est probablement «équilibré», à défaut d’être surprenant ou original. Il est surtout très politique, dans le souci manifeste de se mettre en ordre de marche pour les européennes de mai 2019 et les municipales de mars 2020.

Macron-compatible

On est loin des audacieuses rumeurs qui annonçaient des débauchages fracassants. L’ancien directeur de la police nationale Frédéric Péchenard, un très proche de Sarkozy, n’entre pas au gouvernement ; et aucun nom d’élu PS ne figure sur la liste de ministres communiquée mardi.

Le couple exécutif s’est contenté de recruter quelques figures du centre droit et du centre gauche dont le soutien à Emmanuel Macron ne faisait aucun doute. C’est le cas de l’ancien socialiste Didier Guillaume, nouveau ministre de l’Agriculture, qui a déjà quitté le groupe PS du Sénat pour rejoindre les centristes. De même, le recrutement de Franck Riester n’est une surprise pour personne.

Fidèle à la droite depuis son engagement dans le RPR de Jacques Chirac, le nouveau ministre de la Culture fait partie des juppéistes qui ont fondé à l’Assemblée le groupe Agir Macron-compatible.

Riester rejoint le gouvernement avec la bénédiction des barons centristes Jean-Pierre Raffarin et Dominique Bussereau. En échange de quoi ces derniers devraient, en toute logique, se prononcer pour une liste commune avec LREM aux européennes de mai.

S’il se contente d’entretenir sans vraiment les élargir ses ailes droite et gauche, Macron a en revanche assez nettement renforcé le cœur de sa majorité avec la promotion de deux Modem à des postes particulièrement sensibles : Jacqueline Gourault à la Cohésion des territoires et aux Relations avec les collectivités territoriales et Marc Fesneau aux Relations avec le Parlement. De quoi satisfaire le parti centriste, allié parfois négligé dans la première phase du quinquennat.

Moins observé que l’équilibre politique du gouvernement, le critère territorial n’en était pas moins crucial aux yeux de plusieurs proches du chef de l’Etat.

Ceux-ci déploraient les mauvaises relations entre l’exécutif et les principales associations d’élus, et s’inquiètent d’un persistant procès en parisianisme à l’égard de leur mouvement : appuyé d’abord sur les élites urbaines, celui-ci serait ignorant des réalités de la France périphérique et naturellement porté à favoriser les métropoles, comme en témoigneraient plusieurs de ses mesures les plus controversées – hausse de la fiscalité des carburants, limitation à 80 km/h de la vitesse sur le réseau secondaire…

«Pacte girondin»

«On a fait une campagne sur le pacte girondin, il serait urgent de renouer avec cette promesse», soufflait à quelques journalistes Gérard Collomb, peu avant sa démission.

Plusieurs nominations semblent répondre à ce vœu, dont celle de Jacqueline Gourault. Jusqu’ici rattachée, sans portefeuille, à l’Intérieur, cette vice-présidente du Modem s’était déjà vu confier une délicate médiation avec la majorité nationaliste de Corse, ainsi que les travaux sur une éventuelle fusion des deux départements alsaciens.

La désormais officielle «madame Collectivités» du gouvernement se voit en outre adjoindre deux ministres : le très macroniste Julien Denormandie, qui conserve le portefeuille du logement, et l’ex-LR Sébastien Lecornu, chargé lui aussi des collectivités.

«Deux ministres pour le prix d’un ! Enfin les collectivités territoriales ont des interlocuteurs désignés !» s’est réjoui le président de l’Assemblée des départements de France, Dominique Bussereau, qui leur souhaite «bien du courage pour combler le fossé qui s’est creusé entre l’Etat et le terrain».

Signe de la considération que le chef de l’Etat souhaite marquer envers les collectivités, plusieurs rencontres avec des pontes locaux – dont Bussereau, reçu mardi après-midi – figurent à son agenda de la semaine.

Le président des Hauts-de-France, Xavier Bertrand, porte-parole autoproclamé des «ploucs de province» méprisés par la «pieuvre technocratique», doit fermer le bal vendredi.

Séminaire

Cette équipe de 34 membres, contre 22 dans le premier gouvernement Philippe, se réunira deux fois mercredi, pour le Conseil des ministres, puis, dans la soirée, pour un «séminaire gouvernemental». Elle doit, sauf nouvelle surprise, accompagner Macron et son Premier ministre au moins jusqu’aux européennes – après quoi les deux hommes pourraient inviter les ministres candidats aux municipales à se consacrer à leurs campagnes.

Alain Auffray , Dominique Albertini

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