Chers Amis,
La pause estivale bat son plein et la situation semble calme dans tous les camps.
En profiterions nous pour faire une pause pour nous-mêmes de manière à nous ressourcer et à refaire le plein de forces nouvelles d’ordre spirituel car nous ne devons pas oublier que le mois du repentir sera là dans à peine deux semaines !!!
Profitons de quelques jours de calme et de grand air pour faire le point et dresser devant nous un programme de renouveau pour 5787 qui s’annonce déjà.
Cordialement, Dr Caroline Elisheva Rebouh Ph D.

Rééh 5786: la moitié du verre plein ou vide? Question d’optique !

La Sidra de cette semaine commence par un verset assez énigmatique; en effet, HaShem prévient le peuple : « Vois » (au singulier) « JE mets devant vous (pluriel) aujourd’hui la bénédiction et la malédiction. Deutéronome, XI, 26.

Ces sept mots ont donné naissance à de multiples commentaires répondant aux questions suivantes :
1) Pourquoi la péricope commence-t-elle par le verbe « voir » alors que par la suite c’est le verbe « entendre » qui est utilisé ?
2) Pourquoi l’Eternel parle-t-IL au singulier pour ensuite s’adresser au pluriel à tout le peuple ?
3) Pourquoi, dans ce verset, HaShem en Se désignant utilise-t-IL le pronom personnel ANOKHI au lieu d’employer la tournure simple de ANI ?
4) Pourquoi, dans ce verset, met-IL l’accent sur le complément de temps : HAYOM que l’on retrouve encore dans les deux versets suivants 27 et 28 ?
Voici donc un aperçu des explications aux singularités relevées ci-dessus :
1) En nous appuyant sur les midrashim ou sur différents autres textes empruntés à différents traités de Guemara, nous savons qu’en cas de témoignage la vision prévaut l’ouïe. C’est un peu dans ce sens que nous avons pu lire qu’au moment de la promulgation de la Torah les Bené Israël ont « vu » les paroles d’HaShem.
2) Nous avons souvent développé le fait que chaque individu du peuple d’Israël constitue un microcosme et que l’ensemble des microcosmes forme le macrocosme qui est le Peuple d’Israël. Chaque individu possède son libre arbitre et donc, libre à lui d’agir comme il l’entend à condition toutefois qu’il soit conscient du fait que toute action –bonne ou mauvaise – s’inscrira dans la mémoire du macrocosme. Ce qui signifie, en clair, que chaque être humain et ses actions a une responsabilité dans le sort commun qui sera celui de toute la communauté juive. C’est la raison pour laquelle le Créateur s’adresse à chaque Juif en particulier pour que chacun se sente concerné mais, en même temps pour motiver la communauté tout entière.
3) Dans quatre parashioth (Nitsavim) chapitre XXX verset 15, se trouve un verset presque semblable dans lequel, pourtant, HaShem n’emploie pas le pronom personnel « JE » dans sa forme emphatique ANOKHI mais tout simplement c’est le JE tout simple conjugué au passé qui est utilisé :

רְאֵה נָתַתִּי לְפָנֶיךָ הַיּוֹם, אֶת-הַחַיִּים וְאֶת-הַטּוֹב, וְאֶת-הַמָּוֶת, וְאֶת-הָרָע

La présence, dans le verset de la sidra REEH, du mot ANOKHI est voulue pour rappeler les Dix Paroles gravées sur les Tables de Pierre, car la première de ces DIX paroles commence par ANOKHI, ces mêmes paroles qui, d’après la Tradition contiennent les 613 commandements de la Torah.
4) L’accent porté sur le mot HAYOM fait allusion, nous dit le « Kli Yakar », sur la durée de la circonvolution solaire. Tout se passe comme si l’homme auquel S’adresse le Créateur n’avait en sa possession que peu de temps pour corriger sa vision ou plutôt son optique. Tout se passe comme si D. disait à Sa créature : voici que tu as, aujourd’hui du lever au coucher du soleil pour choisir le bien ou le mal, la vie ou la mort, la bénédiction ou la malédiction.

5) Dans un autre sens, HAYOM, peut signifier depuis le début de la Création jusqu’à la fin du monde.

Or, HaShem dit « VOIS » et il est question de bénédiction ou de malédiction. VOIS ce sont les yeux. La bénédiction et/ou la malédiction c’est la bouche de celui qui les prononce et les oreilles de ceux qui les entendent.

Lorsque les Bené Israël ont « vu » au pied du Sinaï les « voix » d’HaShem l’esprit de chacun d’eux manifesta sa présence par la volonté d’observer ces paroles divines, MALGRE la personnalité de chaque individu. En hébreu, malgré se dit « af âl pi » אף על פי (אע »פ) ces trois lettres font allusion aux trois organes cités plus haut : les yeux (eynayim) la bouche (pé) et les oreilles (oznayim) ce qui signifie que bien que chacun entende, voie et parle, notre volonté doit nous entraîner vers le bien. Notre vision doit nous entraîner à considérer le bien qui est en lui.
Lorsqu’HaShem ordonne de dénombrer le peuple IL insiste pour que le dénombrement se fasse, de façon à ce que tout individu soit considéré comme un être à part et non pas comme un objet. Que chacun soit considéré comme un joyau, comme quelque chose d’important et pas, comme un brin de paille qui n’a aucune particularité ni aucune valeur.
Bien au contraire, chaque être humain a reçu un rôle bien précis à remplir dans ce monde ci et, s’il ne le remplissait pas sa mission aurait échoué.
La mission confiée au moment de la conception consiste à faire en ce bas monde quelque chose qui se reproduira dans le monde futur c’est la raison pour laquelle l’on enseigne que pour celui qui sauve un homme l’on considère qu’il a sauvé un monde tout entier et également, lorsque quelqu’un meurt on dit qu’il est « niftar lebeyt ôlamo » c’est-à-dire, en quelque sorte, qu’ il a rejoint « son monde » (beyt ôlamo) le mot niftar est la tournure passive du verbe dispenser c’est-à-dire qu’il est dispensé (de faire les mitsvoth).

Par la suite, les Bené Israël, reçoivent l’ordre, en entrant sur cette terre promise de détruire tous les lieux d’idolâtrie et de s’installer pour faire régner en terre d’Israël la Sainteté et la Pureté.

Moïse, en suppliant tant HaShem de le laisser entrer sur ce sol promis à Abraham, Isaac et Jacob, désirait de toute son âme détruire tous ces lieux impurs que l’Eternel exécrait (exècre toujours).

La section hebdomadaire poursuit ses conseils avec la générosité avec laquelle on doit agir vis-à-vis des proches parents et encore de penser à éloigner du cœur de l’homme toute pensée qui pourrait entraîner à agir de manière malhonnête comme quelqu’un qui contracterait une dette dans l’espoir de la voir s’effacer à l’approche de l’année shabbatique. Ou quelqu’un qui, au contraire refuserait son aide à un nécessiteux à cause d’un problème de recouvrement de la dette.

Un très grand sujet est abordé cette semaine : celui de l’installation du peuple en terre d’Israël et, en conséquence, de la Alya ou montée en Israël, dont il est question dans l’article joint à celui-ci.

Depuis parashat Devarim, le sens de l’ouïe est sollicité davantage que le sens de la vision ou de la perception par la vision ou les visions (prophétiques). Or, cette section de Torah fait appel dès le premier mot au sens de la vue : ראה Vois !
Ainsi, l’homme est invité à faire appel au sens qui va lui donner la possibilité de percevoir les choses, les évènements et de pouvoir considérer en pleine conscience ce qui se trouve devant lui de façon concrète. Dans un jugement, le témoin oculaire sera privilégié plutôt que de se baser uniquement sur un témoin auditif
Un commandement qui est entendu fait son chemin vers la réflexion de manière abstraite alors que l’image concrétise la chose. D. dit : Vois Je place devant toi la bénédiction et la malédiction et, plus bas, nous verrons dans quelles conditions l’homme pourra recevoir une bénédiction אשר תשמעו si vous avez écouté les mitsvoth c’est donc que l’ouïe-réflexion vit en symbiose avec la vue, la perception des choses et, de cette façon, ce qui est bien comme ce qui est mal « sautera aux yeux ». L’ouïe conduit à l’abstraction alors que la vue permet de concrétiser. L’être humain se trouve à une intersection : aller à droite correspond à s’acheminer vers la vie, la joie, le bonheur, la réussite et la bénédiction tandis qu’aller vers la gauche, c’est se diriger vers le mal.
« Ce qui est bien aux yeux de HaShem » est ce qui est conforme à l’observance des mitsvoth….
Ainsi, D. met à notre disposition les deux entités : le bien et le mal, la bénédiction et la malédiction, la vie et son contraire et, le texte, après nous avoir exposé tous ces aspects nous conseille : tu choisiras la vie. Que nous est-il donné de comprendre avec ces propositions : devons-nous comprendre en termes simples que si nous nous conduisons bien, nous serons récompensés ?
Ou plutôt devons-nous entendre ce que nous enseigne la mishna : sekhar mitsva, mitsva ; sekhar avéra, avéra c’est-à-dire : le salaire de la mitsva est une mitsva et celui d’une dérogation à la loi, par une autre dérogation… cela équivaudrait à penser que lorsqu’on est imprégné de l’esprit d’une mitsva, on a envie d’en faire une autre ou bien qu’une faute commise entraîne à en commettre une autre…… « Tu choisiras la vie » c’est-à-dire que nous avons le choix, nous sommes LIBRES de choisir comment nous devrons nous conduire, bien, comme le veut notre Créateur, selon les préceptes qu’Il nous a donnés pour mieux nous guider et parce que nous L’aimons de manière inconditionnelle, parce que nous savons que Lui Seul sait ce qui est bon pour nous et surtout parce que nous acceptons tous Ses commandements sans essayer le pourquoi de ces commandements, mais simplement parce qu’ils émanent de notre D. et que notre volonté est de Lui obéir.
C’est en cela que réside le libre-arbitre. Ainsi que nous l’apprenons dans les Pirké Avot : הכל צפוי והרשות נתונה ou, en d’autres termes : D. a Son plan : tout est prévu en ce qui concerne les grandes lignes : le début, la fin, les moyens mais, et c’est là qu’intervient le libre-arbitre : le choix de l’homme est préservé, l’homme peut fauter mais aussi il peut s’en rendre compte et en ce cas, il peut aussi se repentir. D’une manière plus actuelle le libre-arbitre ((רשות va se transformer en : .הבחירה החופשית Conférant au libre-arbitre un plus large éventail d’action : le choix par liberté, dans le sens de volonté et non pas être libre de choisir. Il y a là une très faible nuance mais elle existe : je suis libre de choisir et je fais ce qu’il me semble bien de faire et non pas je dois choisir et je choisis ce que je veux car dans le libre arbitre je dispose d’une entière liberté choisir ou pas et bien ou mal alors que dans l’autre, je dois choisir, et, je choisis ce que je veux. La nuance est très faible mais elle existe et elle nous permet de voir ainsi à quel point l’homme craignant D. peut, de par son choix et sa propre intervention, influer sur son avenir et son destin même si les grandes lignes ont été décidées ( הכל צפוי ). L’avantage est que l’homme en décidant d’agir dans le sens de la mitsva va ressentir hic et nunc (immédiatement) les bienfaits et la satisfaction morale, du devoir accompli, alors qu’en n’observant pas ce que l’Eternel a demandé à Ses enfants de faire, l’être humain se sent « poursuivi » par le sentiment de culpabilité……
La bénédiction et la malédiction résidant en ce sentiment de bien-être ou de mal-être engendré par la satisfaction du devoir accompli ou non. L’accent doit être mis sur l’action : l’homme qui exerce un choix et qui agit est actif alors que celui qui subit est passif. En acceptant la Torah l’homme a pris une décision, il est actif. En recevant, il est passif mais en décidant d’accomplir ce qu’on lui a proposé de faire il redevient actif et c’est en cela qu’il exprime son libre arbitre, il agit de son plein gré. S’il décide de recevoir sans réagir, il redevient passif. Or, l’homme ne peut être éternellement passif car il ne subit pas constamment, il agit aussi pour manger, travailler, vivre et évoluer au sein du microcosme de la cellule familiale ou du macrocosme de la société, du monde dans lequel il est actif….
La bénédiction équivaut en guematriya à 227. Cette valeur numérique est la même que celle des mots זכר (zekher) et de רכז (rakaz). Ces deux mots posent des repères pour l’homme désirant calquer sa conduite sur ce que lui demande le Créateur : se souvenir (zekher) de la Torah et des Commandements qu’elle renferme et savoir se concentrer autour de cet enseignement offert par HaShem pour le plus grand bien de toutes ces créatures de chair et de sang que sont les hommes.
Cette bénédiction (berakha) viendra couronner les efforts de l’homme qui s’efforcera d’appliquer la loi comme le souhaite HaShem. En faisant une petite halte de réflexion nous pourrons constater que les mots « bénédiction » et « loi » en hébreu sont en lien direct avec la marche. C’est-à-dire que ce qui permet à l’homme d’avancer est le « genou » ou bérekh en hébreu et même racine que le mot berakha bénédiction et, le mot signifiant loi ou règle est halakha lui aussi provenant de la racine du verbe aller, marcher lalékhet. Ce qui nous amène à comprendre qu’en respectant les règles de D., nous nous retrouvons dans les sentiers de D. et donc dans ceux de la bénédiction et de la vie.
L’homme se distingue de la bête sous plusieurs aspects : la parole et l’intelligence mais aussi sa faculté de décision, d’action libre. Le Maharal de Prague a défini (nous le ferons ici schématiquement) la différence entre l’homme et la bête qui porte un joug : l’homme se tient debout la tête se dressant vers le Royaume des Cieux alors que la bête se tient la tête baissée vers la terre.
La bête est passive, elle subit le joug imposé par l’homme alors que l’homme est libre : il est libre d’accepter ou de refuser le Joug du Royaume des Cieux et de s’y conformer ou de se révolter. D. nous conseille : tu choisiras la vie ! Car c’est en étant en vie que l’on profite de tout ce que l’Eternel a créé pour notre plaisir et même si parfois tout n’est pas « rose », la satisfaction d’avoir fait une berakha par exemple avant de consommer un mets ou la satisfaction d’avoir remercié le Créateur pour un bienfait dont nous aurons été les bénéficiaires directs, nous remplit d’aise. La vie est bonne, choisissons-la et n’opérons de choix que dans les priorités qu’il nous semble devoir donner aux actes.
Parmi les actes, il y a les bons qui nous maintiennent dans la bonne voie et les mauvais qui peuvent nous entraîner dans le mauvais chemin, les mauvaises pensées ou réflexions, les mauvais choix. Quel est donc le remède pour nous apporter toute la félicité, le bonheur et le bénéfice d’un choix judicieux ? L’étude de la Torah pour laquelle nous nous devons de consacrer du temps et qui nous guidera vers les choix judicieux.
La Torah célèbre l’amour, la vie, la joie au contraire d’autres dogmes qui rendent un culte à la mort et à la destruction.
Reeh, Vois, Je place devant toi le bien et le mal, ….. Tu choisiras la vie…..

Caroline Elishéva REBOUH
ד »ר קרולין אלישבע רבוה בן אבו
Etudes Juives

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