Le premier tiers du dernier livre de la Torah est amorcé avec cette sidra qui va inclure un bon nombre de mitsvoth concernant pour la plupart des règles concernant la casherout, la nourriture.

Re’eh ראה: quelles étaient les lois alimentaires de nos ancêtres?

Les plus grands de nos commentateurs de toutes les époques sont intrigués par le fait que pendant les 39 années de traversée du désert il n’est que très peu question de nourriture à base de chair animale en dehors du fait que par l’intervention de Moshé Rabbénou, il y eut « l’épisode des cailles » dont se sont repus les Bené Israël alors qu’ils réclamèrent de la viande pour se sustenter.
Nous savons que la manne céleste était un mets si précieux que quiconque avait envie de sentir les saveurs d’un plat particulier il n’avait aucune difficulté à ressentir ce goût immédiatement.
Cependant, la consistance n’était pas la même et l’envie de viande fraîche a pu se faire ressentir. Alors, comment les choses se sont-elles passées ? Nos ancêtres eurent-ils des moyens à leur disposition pour consommer de la « chair fraîche » et comment purent-ils y procéder ?
Les exégètes se sont penchés sur cette problématique et, au moyen de comparaison de textes, d’analyses de textes se recoupant et au vu de certaines allusions proposées par les différents textes de la Torah nous allons pouvoir livrer les conclusions suivantes : tout d’abord nous allons relever les différents endroits dans le texte Toraïque où il est question de sacrifices, ceux où il est question de shehita (abattage rituel) et ceux où sont répertoriés des allusions à la shehita et aux différentes possibilités de consommer éventuellement de la viande de bêtes abattues rituellement ou de façon qui pourrait être « admise/autorisée ».

L’étude de la Genèse nous apprend qu’Adam fut le premier homme à offrir en sacrifice un animal, puis nous voyons que les enfants du premier homme ont eux aussi offert des sacrifices de façon différente. Puis ce fut Noé. Pourtant, le texte ne s’étend pas en détails superflus sur la qualité et/ ou la quantité offerte.

D’après les exégètes, pourtant, le sacrifice d’Adam était un « tahash » animal toraïque qui n’a existé qu’un temps pour certains sacrifices et animal n’arborant qu’une seule corne et dont la peau fut utilisée pour les tentures du Beith HaMikdash.
Le Midrash Tanhouma lors de la parashat TSAV explique tout ce qu’impliquent les lois concernant le couteau pour l’abattage rituel : il existe 12 points précis sur lesquels celui qui doit procéder à un abattage rituel doit examiner de manière très pointilleuse la lame. Entre autres précisions, l’on cite le fait que lors de la ligature d’Isaac, le verset qui décrit le fait qu’Abraham se soit saisi du couteau compte 12 mots (chaque vocable pour énumérer les 12 examens de la lame) et il est écrit aussi : « zé » « bezeh » zayin et hé en guematria 12 (pour les 12 points à vérifier) et bezéh en guematriya 14 pour la largeur de la lame qui doit compter 14 « pouces » de manière à pouvoir trancher d’un seul coup l’œsophage et la trachée et évidemment les artères voisines permettant ainsi à l’animal de ne pas souffrir et à son sang (la vie) de s’écouler d’un coup.
Un autre épisode biblique cité par les exégètes pour étayer leurs raisonnements est celui où Isaac convoque Esaü et lui demande d’aller lui chasser du gibier et de le lui cuisiner moyennant quoi ce chasseur patenté recevrait la bénédiction paternelle.
Or, il s’avère que pour aller chasser, Essav avait coutume de s’envelopper dans une tunique de peau qui avait appartenu d’abord à Adam et ensuite à Nimrod autre célèbre chasseur… La principale vertu de cette tunique de peau était ornée de nombreuses figures de bêtes créées par HaShem et, le seul fait de s’habiller de cette peau provoquait les animaux aux alentours qui, en quelque sorte, se précipitaient sur l’homme revêtu de cette tunique et l’homme n’avait plus qu’à se servir et manger après avoir abattu l’animal.
Sur la route, en revenant au campement de son père, Esaü eut maille à partir avec Nimrod et il le tua pour s’approprier le vêtement de peau. Le combat fut épuisant et il n’avait pas encore chassé pour son père, ce fut ainsi, raconte le midrash, qu’il tua un chien et l’apprêta pour son père lequel, ressentit un malaise en sentant l’odeur du guehinom (géhenne) pénétrer dans sa demeure et il repoussa immédiatement cette « nourriture » inappropriée.

L’un des principes de l’abattage rituel est de ne pas consommer le sang de l’animal sacrifié car le sang est la vie….

Rashi relève que dans la demande d’Isaac formulée à Essav, le mot « chasse/gibier » est écrit de manière différente de ce qu’il doit être : en effet, tsaïd (chasse) doit s’écrire tsadik-youd-daleth, or il est écrit tsadik-youd-daleth-hé (tséyda) ainsi, le célèbre Sage de Troyes, explique : la lettre tsadik fait allusion aux oiseaux (tsiporim), youd fait allusion aux dix sortes d’animaux mammifères : trois permises (taureau, mouton, chèvre) et sept autres mammifères, et daleth pour daguim (poissons) autrement dit : tu peux apporter des oiseaux, des mammifères ou même des poissons et le Baâl HaTourim d’ajouter que la présence de la lettre hé vient préciser qu’Isaac a détaillé la façon de chasser et d’apprêter la nourriture pour qu’elle soit permise à la consommation.
Tout au long de Bereshith il est question de festins/repas offerts à base carnée : Abraham convalescent après sa brith mila ne s’empresse-t-il pas d’aller chasser et d’abattre un beau veau pour honorer ses hôtes prestigieux ?
Pourquoi, en ce cas excepté cette pluie de cailles qui s’abat sur les Bené Israël le dernier repas carné dont il est question est-il ce repas de viande grillé dégustée à la veille du départ d’Egypte ?
Était-il donc interdit aux Bené Israël de manger de la viande ? Y a-t-il un rapport entre le sacrifice « pascal », le veau d’or, les règles de consommation des sacrifices édictées dans la Torah ?
Effectivement tout ceci est lié et voici de quelle manière : le sacrifice pascal, nous l’avons déjà évoqué les années précédentes, était un moyen didactique spectaculaire de faire comprendre à tous ceux qui parmi les Bené Israël avaient sombré dans l’idolâtrie du dieu égyptien agneau en le tuant et en le désacralisant et en prenant son sang pour en oindre les linteaux des portes des Bené Israël et distinguer ceux-ci, des idolâtres choqués dans leurs croyances.
Une partie de ces anciens idolâtres augmentés de tous ceux qui se sont mêlés aux Bené Israël (‘Erev Rav) allaient mourir dans le désert après s’être lamentés de manière irraisonnable alors qu’HaShem leur faisait don d’une terre merveilleuse.
Les Bené Israël jouissaient chaque matin d’une portion de manne qu’ils pouvaient apprêter de manière à satisfaire leur appétit : avaient-ils envie d’un plat ou d’un ragoût de viande, ils n’avaient qu’à se l’imaginer et ils en avaient l’odeur et la saveur….
Cependant, ils étaient tous propriétaires de troupeaux de bestiaux et, s’ils désiraient manger de la viande, il leur suffisait de prendre l’une de leurs bêtes, de l’apporter au Temple pour en faire un sacrifice de « shelamim » : le Cohen abattait la bête, prélevait le sang pour en asperger l’autel, puis brûler ce qui devait l’être pour HaShem puis prélever ce qui appartenait aux Cohanim et, celui qui avait offert le sacrifice pouvait alors prendre place avec ses hôtes pour manger de cette viande grillée.
C’est sans doute la raison pour laquelle lors des sacrifices présentés au Temple, l’on devait absolument/impérativement consommer cette viande à peine grillée jusqu’au soir pour éviter que la viande alors abattue ne risque d’être polluée et rendue impropre à la consommation.
L’autre point d’importance dans les règles de la consommation de cette viande grillée est qu’il est absolument indispensable que soient prononcés des divré Torah (paroles de Torah) pour que cette âme (de l’animal sacrifié) soit élevée à un niveau « supérieur » ou spirituel et non pas seulement matériel et servir uniquement de nourriture.
Caroline Elishéva REBOUH

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