Réédition des pamphlets de Céline: Antoine Gallimard se défend

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Réédition des pamphlets de Céline: Antoine Gallimard se défend

Faut-il rééditer les pamphlets antisémites de Louis-Ferdinand Céline? Le Premier ministre français Édouard Philippe n’y est pas hostile à condition de “soigneusement accompagner” leur publication, Serge Klarsfeld y est catégoriquement opposé et, au cœur de cette polémique, l’éditeur Antoine Gallimard se défend.

“Le livre pour l’instant n’existe pas, alors pourquoi cette polémique? Elle ne devrait exister que quand j’annonce: +voilà, il sortira et voilà l’édition+”, a affirmé Antoine Gallimard, interrogé mardi par un journaliste de l’AFP en marge de la Foire internationale du livre de New Delhi (Inde).

L’éditeur a dénoncé “un procès d’intention”. “On n’a pas à pousser les éditeurs à s’autocensurer”, a-t-il insisté.

Le Consistoire central, l’instance de représentation religieuse du judaïsme français, première communauté juive d’Europe, a fait part mardi de “sa forte opposition” à la réédition des pamphlets.

“Il est moralement condamnable pour une maison d’édition française de participer à la réhabilitation de ces écrits”, a estimé le Consistoire en rappelant que “les exemples ne manquent pas dans le passé où des parutions antisémites ont fait la preuve de leur efficacité, séduisant ou convertissant à la haine des milliers de lecteurs”.

“La forte résurgence de l’antisémitisme depuis le début des années 2000 exige que de telles initiatives n’aient pas lieu d’être”, a ajouté l’institution.

– ‘Brûlot anti-juif’ –

Interrogé par l’AFP, Serge Klarsfeld, président de l’association Fils et filles de déportés juifs de France, a estimé que les textes antisémites de Céline étaient “dangereux” et tombaient “sous le coup de la loi”. “C’est un brûlot anti-juif, c’est un appel au meurtre”, a-t-il dit.

Ces textes constituent “une insupportable incitation à la haine antisémite et raciste”, a dénoncé de son côté le Conseil représentatif des institutions juives (Crif).

Le président du Crif, Francis Kalifat a appelé les éditions Gallimard “à renoncer au projet de réédition de ces brûlots antisémites”.

Depuis que le magazine L’Incorrect a affirmé début décembre que les pamphlets de Céline (“Bagatelles pour un massacre”, “L’École des cadavres” et “Les beaux draps”) allaient être réédités par Gallimard “courant 2018″, les partisans de cette réédition et ceux qui s’y opposent ne cessent de s’affronter.

Aucune date n’a cependant été fixée pour une éventuelle réédition de ces pamphlets violemment antisémites, un ensemble de textes publiés entre 1937 et 1941.

Dans un communiqué transmis à l’AFP le 20 décembre, l’éditeur parisien expliquait vouloir s’inspirer de l'”édition critique” des pamphlets céliniens publiée au Québec en 2012 par la maison d’édition canadienne Éditions 8.

“L’intention est d’encadrer et de replacer dans leur contexte des écrits d’une grande violence, marqués notamment par la haine antisémite de l’auteur”, soulignait Gallimard.

– Disponibles sur internet –

Les écrits de Céline tomberont dans le domaine public en 2031 (soit 70 ans après la mort de l’écrivain en 1961) et seront alors libres de droits.

Les pamphlets de Céline ne sont pas interdits en France, mais n’ont pas été réédités depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. L’écrivain lui-même puis sa veuve, Lucette Destouches, âgée de 105 ans, s’y opposaient. Ils peuvent cependant aisément être consultés sur internet ou achetés chez des bouquinistes.

“Il n’y a aucune raison de ne pas publier ces livres, il y a bien pire. Les livres bien pires ce sont les livres insidieux, dans lesquels il y a un antisémitisme rampant, qui ne dit pas son nom”, a soutenu Antoine Gallimard à New Delhi.

“Je trouve que le débat est un peu hystérique, un peu fou”, a-t-il estimé.

En octobre 2015, les éditions Robert Laffont avait publié dans une édition critique le texte antisémite de Lucien Rebatet, “Les décombres”, sans provoquer de remous.

Ce livre avait rencontré un incroyable succès. Les premiers 5.000 exemplaires s’étaient écoulés dès le jour de la sortie. Les ventes dépassent aujourd’hui les 10.000 exemplaires.

Fayard devrait également publier une nouvelle version du “Mein Kampf” d’Adolf Hitler, mais “il n’y a pas de date de publication arrêtée”, a prévenu l’éditeur interrogé par l’AFP.

En Allemagne, où ce manifeste a été réédité (dans une édition critique) en janvier 2016, il est devenu un succès de librairie avec quelque 100.000 exemplaires écoulés.

AFP

3 COMMENTS

  1. L’argumentaire partagé par Gallimard et le 1er ministre est hypocrite jusqu’à l’os.
    Disons d’abord que personne n’a jamais demandé de détruire les livres de Céline, ni d’effacer le nom de cet écrivain de la littérature française, ni d’interdire la détention et la lecture de ces livres à la maison, en bibliothèque, ou sur internet. Celui qui, peu importe ses raisons, veut y accéder peut y avoir accès, sans limitation ni interdit malgré le contenu exécrable de ces pamphlets. NON, il n’y a pas de police juive de la pensée.
    En revanche, il est certain que la grande majorité des futurs acquéreurs de ces bouquins ne le feront pas au nom de l’intérêt culturel de ces écrits, mais pour assouvir une soif antisémite cachée ou avérée. Pour Gallimard, c’est la recherche d’un profit sur le dos des juifs. Personne ne peut penser, et d’ailleurs personne ne dit, que la réédition de ces écrits participera à une réduction de l’antisémitisme en France, donc ce sera au contraire une augmentation de la haine vis à vis des juifs.
    Le 1er ministre a repris récemment la phrase de Manuel Valls qui avait déclaré que la France sans les juifs de France ne serait plus la France. A croire, avec cet affaire, que la France n’aurait besoin de ses juifs que pour pouvoir se défouler de ses antisémitismes, celui ancien de la droite vichysiste, et celui plus récent et oh combien dangereux d’une frange des populations des banlieues.
    Il y a quelque chose d’insupportable à avoir des dirigeants qui se comportent en pompiers pyromanes. Un jour ou l’autre ils se brûleront eux-mêmes avec leurs propres feux.

  2. Puisque la censure n existe plus
    Je pose cette question
    Gallimard est une société privée qui n à nul besoin de demander au 1 et ministre l autorisation de re éditer un livre ou de prendre fais et parti
    Par contre le fait que le 1 er ministre qui a sûrement d autres chats à fouetter s engage dans cette affaire pourrait indiquer que la demande provient d’une personne haut placé, intellectuel,de très grande culture
    Serait ce une femme dont le pouvoir commence à se dessiner?

  3. Gallimard n’a rien de mieux à publier que ces vomissures issus d’un cerveau malade gangrené de frustration et de haine, défoulant ses pulsions, et qui n’ont rien à voir avec la littérature ?

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