Paris : pourquoi les bus électriques de Bolloré prennent-ils feu ?

Un Bluebus, les bus électriques de Bolloré, utilisé par la RATP s’est embrasé ce vendredi matin à Paris (XIIIe) moins d’un mois après un premier incendie sur un engin du même modèle. Par mesure de précaution, la régie a retiré de la circulation les 149 véhicules de la même série.

La dernière vidéo de l’incendie de bus de ce vendredi matin – que le Parisien a pu se procurer – est saisissante. Alors qu’un homme en gilet rouge traverse tranquillement un passage piéton de l’avenue de France (Paris, XIIIe), une première explosion jaillit du dessus d’un bus électrique de la ligne 71 en stationnement.

De la fumée commence à s’en échapper. Une seconde explosion, bien plus grosse et spectaculaire, embrase alors la totalité du toit du véhicule. Des gerbes d’étincelles fusent de chaque côté. Puis un gros champignon de fumée rouge puis noire et compact s’élève dans le ciel. Une fumée potentiellement toxique, selon les pompiers, qui étaient encore présents sur place en fin de matinée.

Le véhicule, ravagé par les flammes a été réduit à l’état de carcasse en quelques minutes. « Nous avons une procédure particulière pour les incendies de véhicules électriques. Il faut notamment éviter de mouiller les batteries. Cela a pour effet d’accélérer le feu », explique le capitaine Lemoine, porte-parole de la brigade des sapeurs-pompiers de Paris. « Nous avons utilisé une mousse spéciale pour traiter le véhicule. Mais ce matin, nous nous sommes surtout concentrés sur la façade du bâtiment voisin, arrosée toute la matinée, pour empêcher la propagation du sinistre. »

L’immeuble en question, qui abrite des commerces et des bureaux dans les étages, a été entièrement évacué dès le début de l’incendie. Il est resté fermé au public toute la journée.

Par chance, ce vendredi encore, personne n’a été blessé par l’impressionnant incendie. Ni à l’intérieur du bus, vide de passager, ni à l’extérieur. Mais le conducteur n’a semble-t-il, même pas eu le temps de prendre ses affaires personnelles. Signe que l’incendie s’est vite propagé à toute vitesse. Comme cela avait déjà été le cas au début du mois sur un autre Bluebus acheté par la RATP. C’était le 4 avril dernier, au milieu du boulevard Saint-Germain, sur la ligne 86. Un bus électrique dernier cri du constructeur Bolloré, du même modèle que celui de l’avenue de France, s’était embrasé.

Apparemment tout aussi spontanément. Fin mars à Pantin et dimanche dernier dans l’atelier du dépôt de bus de Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne), deux autres bus – thermiques cette fois – se sont également enflammés.

Déjà 26 incendies en un an et demi

S’il est impossible à ce stade de connaître précisément les raisons des incendies, concernant les véhicules électriques, les premiers éléments laissent penser qu’une surchauffe dans le coffre de batterie, situé sur le toit des Bluebus, peut en être à l’origine. Après le deuxième incendie sur ce type de véhicules, la RATP a retiré de la circulation les 149 Bluebus Bolloré du même modèle (le S5E) qu’elle possède à titre temporaire et par mesure de précaution. Les autres bus électriques de la Régie – qui compte pour l’instant 500 bus électriques sur un parc total de 4 700 – de marque Heuliez, Iveco ou même Bolloré (mais d’un autre type que le S5E) sont eux restés en circulation.

« Il n’y a pas de problème avec les bus électriques en général. Il y a peut-être un problème avec une série de Bluebus », précise-t-on, en coulisse à la RATP. Les syndicats, eux, s’interrogent. Dès dimanche dernier, après l’incendie de Vitry, une alarme sociale avait été lancée. « En un an et demi, on arrive maintenant à 26 incendies de bus. Cinq électriques, un au gaz et le reste en thermique. C’est énorme ! Nous voulons comprendre », insiste Cemil Kaygisiz, secrétaire général CGT RATP Bus.

« Il y a toujours eu des incendies. Mais concernant l’électrique, c’est encore moins anodin. Entre les puces, les composants électriques ou encore le lithium, les fumées sont toxiques et c’est un autre problème », ajoute Grégory, également conducteur de bus.

Les élus du personnel avaient été reçus jeudi par la direction, qui leur a avancé quelques pistes d’explications. « On nous a parlé de problèmes de fusible lors du dégivrage électrique, de mauvais positionnements d’ampoule ou de circuit électrique défaillant. Mais sans nous donner d’éléments écrits. Nous attendons les rapports d’expertise d’ici cinq jours », assure Christophe, élu CHSCT.

« La RATP a voulu aller trop vite dans le changement de matériel »

Les syndicats ont leur explication : le manque de personnel et de formation. « Les effectifs de la maintenance ont diminué de 40 % depuis 2009, alors que le parc de véhicules a augmenté, avec des modèles et des motorisations différentes, témoigne Jonathan. Nous n’arrivons plus à réparer ou à vérifier les bus correctement, on ne fait plus de maintenance préventive faute de personnel. Il faut arrêter ça. On ne peut pas jouer avec la vie des usagers et des personnels ».

Le véhicule, qui a pris feu ce vendredi, avait été mis en service le 26 mai 2021 et son contrôle technique avait eu lieu le 20 avril dernier.

« Nous manquons aussi de formations », abonde Christophe, élu CHSCT. Tous ces modèles demandent des compétences spécifiques et un savoir-faire que la RATP économise ». « Elle a aussi voulu aller trop vite dans le changement de matériel, ajoute Alexis Louvet, élu Solidaires.

Paris réclame une expertise

Les élus de Paris demandent aussi des comptes. Dans un courrier, transmis ce vendredi à Valérie Pécresse, présidente d’Île-de-France Mobilités (IDFM), David Belliard, adjoint à Paris et administrateur d’IDFM a fait part de son « inquiétude pour la sécurité des usager·ères et des agent.e.s ainsi que pour la fiabilité des lignes de bus électrifiées ». Il réclame la communication à « l’ensemble du conseil d’administration, du bilan des incidents sur les trois dernières années ainsi que les causes techniques connues à ce jour » ainsi qu’« une expertise sur les baisses d’effectifs de maintenance et savoir si les véhicules sont plus utilisés qu’auparavant ».

La RATP assure de son côté qu’« une enquête est en cours pour déterminer les causes de l’incident ». Elle a demandé une expertise complète au constructeur Bolloré afin de donner les explications sur les causes de ces incidents et proposer un plan d’action pour permettre une remise en exploitation de ces bus en toute sécurité. « Le temps est à l’analyse. Je n’ai, à cette heure, aucun autre commentaire à faire », s’est contenté de préciser Serge Amabile, directeur de la stratégie de Bluebus, en soulignant néanmoins que le premier bus électrique Bolloré a été livré à la RATP en 2015 et que ces modèles (vendus maintenant à plus de 600 exemplaires à différents opérateurs) n’avaient encore jamais connu de problèmes depuis.

Par mesure de précaution, la RATP a préféré remplacer les modèles en question, jusqu’à nouvel ordre, par des bus diesels qui ont été redispatchés sur les lignes privées de Bluebus. Elles devraient toutes être assurée aux horaires normaux et sans perturbation dès ce samedi.

Le Parisien

1 COMMENTAIRE

  1. Les batteries ne doivent pas être sur le toit mais sous le plancher ce qui veut dire concevoir les bus de A à Z entièrement fait pour l’électrique et faire confiance aux ingénieurs chinois en collaboration avec nos ingénieurs pour produire du solide !!!

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