New York approuve de nouvelles règles sur l’enseignement dans les yeshivot

La législation régule les apprentissages relevant du tronc commun national et en impose certains, des mesures auxquelles s’opposent les communautés haredim depuis des années.

NEW YORK — Les responsables de l’état de New York ont donné, mardi, leur approbation finale à de nouvelles règles qui encadreront l’éducation laïque dans les écoles non-publiques après une bataille de plusieurs années sur les programmes – des programmes qui représentent un point majeur de friction pour les communautés ultra-orthodoxes de la Grande Pomme.

Le Conseil des régents du département de l’Éducation de l’état, qui est chargé de superviser l’enseignement dans les établissements d’enseignement, a approuvé à l’unanimité les règles proposées lors d’une réunion organisée dans la capitale de l’état de New York, Albany. Une sous-commission avait adopté ces mesures sans autre débat dans la journée de lundi, après la soumission de ces régulations par le département de l’Éducation, la semaine dernière. Elles entreront en vigueur à la fin du mois.

Ces règles régiront l’enseignement laïc des matières du tronc commun national dans de nombreuses écoles juives ultra-orthodoxes, les yeshivot, qui luttent avec férocité et depuis longtemps contre ce qu’elles qualifient d’intrusion dans leurs programmes d’éducation. Les autorités de l’état cherchent depuis des années à trouver un équilibre dans les écoles privées entre les croyances religieuses, les valeurs de l’éducation laïque ainsi que l’apprentissage de matières et de sujets relevant du tronc commun considérés comme indispensables. Les règles n’interviennent en rien dans l’instruction religieuse.

Elles imposent l’étude de quatre matières du tronc commun déterminantes – les mathématiques, la science, les arts de l’anglais (tout ce qui concerne la littérature) et les études sociales. Il n’y a pas de nombre d’heures d’enseignement imposées pour ces matières. Les écoles auront de multiples moyens de montrer qu’elles sont en conformité avec cette réglementation, notamment par le biais d’inspections réalisées par des responsables locaux. Pour ces inspections, les professeurs devront se montrer « compétents », les cours devront se dérouler en anglais et les élèves dont le niveau d’anglais s’avèrera être limité devront suivre des sessions d’apprentissage supplémentaires pour améliorer leur maîtrise de la langue.

Ces règles s’appliqueront aux 1 800 établissements privés de l’état – aux écoles catholiques, amish ou préparatoires notamment – mais c’est probablement sur les yeshivot qu’elles auront le plus d’impact. Certaines yeshivot de New York sont des établissements orthodoxes modernes qui permettent aux élèves d’étudier toutes les matières du tronc commun national en plus de l’éducation religieuse. Au moment où le Conseil des régents adoptait ces nouvelles règles, des manifestants ultra-orthodoxes ont protesté devant le bâtiment hébergeant le département de l’Éducation de l’état en brandissant des panneaux disant que « nos enfants ne sont pas la propriété du gouvernement » ou « Plutôt la prison que de changer l’éducation de nos enfants ». Les plus jeunes portaient des combinaisons oranges ressemblant à celles des détenus où « Prisonnier religieux » était écrit dans le dos.

Cette nouvelle règlementation a été approuvée après une enquête du New York Times qui a indiqué que les yeshivot avaient reçu des centaines de millions de dollars de fonds publics, alors qu’elles ignoraient l’apprentissage des enseignements du tronc commun et que certaines avaient recours à des punitions corporelles. Une enquête qui a secoué toute la communauté religieuse de New York, avec des représentants communautaires, des politiciens et d’autres défenseurs des yeshivot qui ont accusé le journal de s’en prendre aux écoles juives de manière injuste.

Les critiques des yeshivot déclarent que les écoles n’offrent pas un enseignement adéquat aux élèves dans les matières du tronc commun national, notamment en anglais et en maths, et que les jeunes qui en sortent ne sont en conséquence pas prêts à intégrer le marché du travail ou la société de manière plus générale. Leurs partisans affirment que ces établissements sont les piliers de l’épanouissement des communautés, que les élèves y reçoivent un enseignement approprié avec des journées de cours qui sont plus longues que dans le public, et que l’intervention du gouvernement s’apparente à une violation des protections religieuses.

L’adoption de ces nouvelles règles a nécessité un long processus qui a impliqué à la fois les autorités de l’état et les acteurs de la communauté qui sont directement concernés. L’état de New York impose à tous les enfants fréquentant des établissements non-publics d’y recevoir une instruction « substantiellement équivalente » à celle qu’ils recevraient dans les écoles publiques voisines. La définition du terme et la manière de faire respecter cette obligation ont été à l’origine de controverses continues autour des yeshivot. Le département de l’Éducation aura tenté, pendant des années, de trouver une façon de réguler et d’imposer au mieux cette notion « d’équivalence substantielle ».

Pour prouver qu’elles se sont conformées aux nouvelles règles, les écoles privées devront commencer à les mettre en œuvre d’ici le 1er décembre 2023. Les dernières inspections devront être terminées à la fin de l’année scolaire 2024-2025, même si les écoles auront le droit de réclamer un délai supplémentaire. S’il s’avère qu’une école ne s’est pas pliée aux nouvelles règles, elle sera alors disqualifiée en tant qu’établissement d’enseignement et elle perdra son financement. De surcroît, les parents qui continueront à envoyer leurs enfants dans ces écoles pourront être poursuivis pour avoir violé les lois sur l’éducation obligatoire mises en place par l’état.

En plus d’un réexamen effectué par le district scolaire local, les écoles pourront aussi prouver qu’elles sont en conformité avec les exigences de l’enseignement laïc par le biais d’une accréditation – en obtenant de l’état le statut d’école d’éducation spéciale privée. Elles pourront aussi se soumettre à des évaluations régulières des progrès réalisés par les élèves. Les établissements non-publics devront aussi enseigner les cours rendus obligatoires par la loi de l’état dans toutes les écoles – notamment sur la Constitution et sur la Déclaration d’indépendance, sur l’Histoire de l’état de New York, avec des cours d’éducation en matière de santé et notamment concernant la prévention de la toxicomanie, la sécurité routière ou les premiers secours.

Yaffed, une organisation qui pousse aux réformes dans le système des yeshivot, a indiqué que les nouvelles règles permettaient au système de faire « un pas de géant ». Le groupe a indiqué que les régulations n’étaient pas encore suffisamment strictes, avertissant que les yeshivot « trouveront probablement de nombreuses failles ». L’organisation pro-yeshivot Pearls (Parents for Educational and Religious Liberty in Schools) a, pour sa part, condamné les nouvelles règles. « La confirmation apportée aujourd’hui par l’état que ce dernier a bien l’intention de dicter le programme et le corps enseignant dans les écoles privées et paroissiales est profondément décevante », a dit le groupe. « Ceux qui veulent que l’état contrôle les enseignements peuvent choisir les écoles publiques ».

 

Le groupe a indiqué que les parents continueraient à choisir les yeshivot « avec ou sans la bénédiction ou le soutien des responsables de l’état à Albany ». Le département d’Éducation avait diffusé un projet de texte présentant les nouvelles règles au mois de mars, les présentant aux commentaires du public jusqu’au mois de mai. Les responsables ont fait savoir qu’ils avaient reçu et réexaminé 350 000 commentaires à cette occasion. Les politiciens de New York qui ont courtisé le vote juif, et notamment l’ancien maire Bill de Blasio, avaient été accusés de détourner le regard des yeshivot pour des raisons politiques.

Les politiciens ont fait état de réactions mitigées suite au reportage réalisé par le New York Times et suite à la diffusion des nouvelles règles. Le maire de New York City, le démocrate Eric Adams, a indiqué « ne pas être inquiet » après la lecture du reportage du New York Times, ajoutant néanmoins que l’utilisation de punitions corporelles était « inacceptable ». Il a confirmé qu’une enquête sur cette question était en cours.

« C’est là ce que doit faire la ville », a-t-il déclaré. « Nous devons nous assurer que tous les enfants bénéficieront d’une éducation de qualité dans cette ville. »

 

Source : fr.timesofisrael.com

1 COMMENTAIRE

  1. Les parents haredi sont opposés à l’éducation de leurs enfants, car ceux-ci risqueraient de devenir capables de gagner leur vie autrement que comme vérificateurs de mezouzot et d’échapper à la tyrannie des rabbins.

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