L’ONU battue par la Nouvelle-Zélande 1‑0

Jacinda Ardern

Rarissime : une cheffe d’État dit que l’ONU est nue

Le 7 juillet 2022, une déclaration importante de la Première ministre néo-zélandaise, Jacinda Ardern, est passée inaperçue. Elle a accusé l’ONU d’avoir permis à la Russie d’« imposer une position moralement corrompue à la suite d’une guerre moralement corrompue et illégale » (le Figaro).
Il ne faut voir, dans le peu d’écho que cette déclaration a suscitée en France, aucune stigmatisation néo-zélandophobe. En revanche on peut soupçonner un tropisme onusien, qui rend nos médias incapables de répercuter une critique à l’endroit du « Droit international » incarné.
En effet, aussi peu respectueux qu’ils soient de leurs propres élites, les Français ont pour l’ONU une déférence aussi inconditionnelle et imméritée qu’ils en eurent, il y a quelques années, pour un indigné professionnel mythomane, qui prétendait en avoir écrit la Déclaration des Droits de l’Homme (Nouvel Obs).
Ce qui a motivé l’indignation d’Ardern est l’incapacité de l’Organisation d’empêcher l’agression de Poutine contre l’Ukraine, notamment en raison du veto russe, qui a paralysé toute tentative de le contrer. La situation se reproduit régulièrement, quel que soit le conflit et quels qu’en soient les protagonistes, puisque les cinq membres permanents du Conseil de sécurité (par ordre alphabétique : la Chine, les États-Unis, la France, le Royaume-Uni et la Russie) possèdent ce droit et qu’ils en usent vis-à-vis de leurs protégés, en fonction de leurs intérêts propres.

« Les États n’ont pas d’amis, ils ont des intérêts » (Charles de Gaulle)

Ces intérêts et la composition de l’ONU expliquent que pour l’année 2021, 14 résolutions de l’Assemblée Générale aient été votées contre un seul État : Israël et 5 contre l’ensemble des autres pays (UN Watch). Cela fait zéro contre la Chine, le Venezuela, l’Arabie Saoudite, Cuba, la Turquie et le Pakistan, pour ne citer que ceux qui sont particulièrement bienveillants envers leurs populations et pacifiques vis-à-vis de leurs voisins.
L’Iran, le Venezuela, la Syrie et Cuba bénéficient de l’appui russe et chinois, d’où le peu de cas fait des victimes Ouïghoures de la Chine, des civils syriens gazés par leur dirigeant ou des Vénézuéliens affamés par la politique bolivarienne pratiquée dans leur pays, dont le sous-sol possède la deuxième réserve de pétrole au monde…
Ne nous haussons pas du col : l’Union européenne en général et la France en particulier, votent la plupart du temps avec les 115 pays du groupe des non-alignés (présidé par l’Ouganda pour la période 2022-25), qui eux-mêmes votent en commun avec les 57 pays de l’OCI, l’organisation de la coopération islamique, dont la plupart des membres mangent aux deux râteliers1. Ces deux lobbies, à eux seuls, constituent donc une majorité automatique de 125 États sur les 193 que compte l’ONU.

Qui instaure le Droit International ?

À l’Assemblée générale de l’ONU, c’est la démocratie qui règne : un pays égale un vote. Mais au plan global, démocratie n’est pas synonyme d’équité : la Chine (1,5 milliard d’habitants) y a le même poids que Nauru (onze mille habitants). C’est encore moins la justice. La preuve : en 2021, au sein des 193 pays membres, 167 possédaient une taille et une importance suffisante pour qu’en soit étudié l’indice de démocratie. 21 étaient réellement des démocraties, représentant 6,4 % de la population mondiale, 53 autres (dont la France) étaient des démocraties imparfaites, régnant sur 39,3 % de la population mondiale, 34 étaient des « régimes hybrides » (17,2 %) et 59 des dictatures (37,1 %) (Economist Intelligence).
Le droit international est donc voté par 74 démocraties, qui regroupent 45,7 % de la population humaine, et 93 dictatures plus ou moins dures, qui administrent 54,3 % des Terriens.

Si, en plus d’ouvrir la bouche, Mme Ardern avait ouvert les deux yeux…

… ou si elle avait compté sur ses doigts, elle se serait facilement aperçu que l’ONU est bien ce gigantesque « machin » décrit par de Gaulle, dont on ne peut espérer un droit international qui repose sur des valeurs humanistes.
Mais dans ce cas, il aurait fallu qu’elle interroge son utilité. Une bonne question, qu’elle aurait bien fait de poser, mais à laquelle personne ne veut répondre, ni les dictatures qui y trouvent leur légitimité, ni les démocraties qui ont peur d’elles et qui acceptent le marché de dupes : légitimité contre non-agression. LM

 

Liliane Messika, Causeur

1 Les 10 États qui ne sont pas membres des deux organisations sont l’Albanie, l’Algérie, l’Arabie Saoudite, Djibouti, la Jordanie, le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Tadjikistan, le Tchad et la Turquie.

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