In this Sunday, March 1, 2020 photo, a medic treats a patient infected with coronavirus, at a hospital in Tehran, Iran. A member of a council that advises Iran's supreme leader died Monday after falling sick from the new coronavirus, becoming the first top official to succumb to the illness striking both citizens and leaders of the Islamic Republic. (Ali Shirband/Mizan News Agency via AP)/VAH109/20062587829647/A MARCH 1, 2020 PHOTO./2003021725

En Iran, la guerre des vaccins fait rage

L’ayatollah Khamenei a décidé de priver les Iraniens de vaccins britanniques et américains, alors même que le pays est le plus touché par la pandémie au Moyen-Orient.

C’est un nouveau coup dur pour les Iraniens, qui voient leurs chances d’une vaccination rapide s’éloigner un peu plus. Après que le ministre de la Santé a refusé au mois de mars la construction d’un hôpital de campagne par Médecins sans frontières à Ispahan, deuxième province iranienne la plus touchée par le Covid-19, le guide suprême a annoncé le 8 janvier qu’il n’importera ni les vaccins américains Pfizer/BioNTech et Moderna, ni le vaccin britannique AstraZeneca/Oxford.

Il n’existe que deux choses infinies, l’univers et la bêtise humaine… mais pour l’univers, je n’ai pas de certitude absolue. A. Einstein

« Il est interdit d’importer des vaccins faits aux États-Unis ou au Royaume-Uni. On ne peut absolument pas leur faire confiance », a tweeté en anglais l’ayatollah Ali Khamenei. « Si les Américains avaient réussi à produire un vaccin efficace, cette catastrophe liée au coronavirus n’aurait pas eu lieu dans leur pays où 4 000 personnes sont mortes en une journée », a-t-il ajouté, reprenant des extraits de son discours retransmis en direct à la télévision iranienne un peu plus tôt.

« Il n’est pas impossible qu’ils veuillent contaminer d’autres nations », a poursuivi ce dernier, avant de voir ses déclarations supprimées par le réseau social, qui a jugé que le tweet enfreignait « spécifiquement la politique de Twitter sur les informations trompeuses sur le Covid-19 ». Le guide suprême a également remis en question la fiabilité des vaccins français en rappelant l’affaire du sang contaminé il y a près de 30 ans. « Vu notre expérience avec le sang français contaminé au VIH, les vaccins français ne sont pas dignes de confiance non plus », a déclaré Ali Khamenei.

La décision du guide suprême paraît sans appel, alors même que le pays accuse un bilan sanitaire catastrophique. La pandémie a provoqué la mort de 56 000 personnes, sur 1,2 million de contaminés selon les chiffres officiels, faisant de la République islamique le pays le plus touché au Moyen-Orient. Peu de temps après l’annonce de l’interdiction, le Croissant-Rouge iranien, organisation non gouvernementale à but non lucratif, a annoncé qu’il renonçait à l’importation de 150 000 doses de vaccins fournies gratuitement par des donateurs iraniens basés aux États-Unis et qui devaient être envoyées dans les semaines à venir. Face à la décision de l’ayatollah, des réactions hostiles aussi bien que favorables au régime ont été observées. « Comment savez-vous que le principal vaccin américain sera envoyé ? » interroge un internaute iranien sur Twitter. « Le retard dans l’achat et l’importation de vaccins est la poursuite de la politique criminelle du régime des mollahs, qui va faire encore plus de victimes parmi les couches défavorisées et opprimées », s’est pour sa part indignée Maryam Radjavi, opposante iranienne et présidente du Conseil national de la résistance iranienne. Le conseil médical d’Iran, un ordre des professionnels de santé, a même écrit, dimanche dernier, au président iranien Hassan Rohani une lettre ouverte pour lui demander de ne prendre « en considération que les questions scientifiques et les intérêts nationaux, et en mettant de côté les questions politiques ». Un avis partagé par l’Organisation mondiale de la santé qui a exhorté le pays à « ne pas politiser le vaccin ».

Vaccins cubainsIran

Plutôt que les États-Unis, Téhéran a choisi de se tourner vers les vaccins cubains pour lutter contre la pandémie de Covid-19. La coopération entre ces farouches opposants à Washington, qui font tous deux l’objet de sanctions américaines, reflète leur volonté de s’affranchir de l’Occident et d’être autonomes, comme en témoigne le nom du vaccin cubain, « Soberana » – « souverain » en espagnol. Samedi dernier, Téhéran et La Havane ont annoncé la signature d’un accord pour tester à une grande échelle en Iran l’efficacité du vaccin cubain le plus avancé, Soberana 2, et effectuer la troisième phase des essais cliniques de ce dernier. L’échantillon de la population y est plus élevé qu’à Cuba alors que peu de cas de Covid-19 ont été contractés dans ce pays. Mais même si le vaccin prouve son efficacité, le pays devra encore attendre. « Pendant que Cuba ne fait que commencer la phase 3 de ses essais cliniques, les États-Unis ont déjà passé cette phase et ont obtenu 95 % d’efficacité », commente Kamiar Alaei, expert en politique sanitaire internationale et coprésident de l’Institute for International Health and Education, basé aux États-Unis. Téhéran a également fait part de sa volonté de développer son propre vaccin. Mais là encore, la population iranienne ne pourra pas en bénéficier à court terme. « Personne n’est contre la production de vaccins en interne mais l’Iran n’en est qu’à la première phase, qui prend près de 3 mois. Étant donné qu’il faut 3 phases au total, le pays devra au minimum attendre 9 mois pour finaliser tous ses essais. De plus, on ne sait pas encore si le vaccin sera efficace ou non, alors pourquoi refuser l’option américaine », ajoute le spécialiste.

Ces dernières semaines, Téhéran a indiqué qu’il ne pouvait pas acheter de vaccins étrangers à cause des sanctions américaines qui provoqueraient un blocage des transactions. Si le gouvernement a largement usé de cet argument pour attiser la colère de sa population, l’Iran aurait effectivement subi l’impact des sanctions américaines dans ses efforts pour lutter contre le Covid-19. Rétablies en 2018 par le président américain Donald Trump, qui n’a cessé depuis le début de son mandat de mettre en place sa politique de « pression maximale » contre son ennemi iranien, Téhéran aurait eu des difficultés à se fournir « auprès de différents donateurs des équipements médicaux », selon l’antenne iranienne de l’OMS. Des restrictions davantage financières alors que Washington a, conformément à une mesure prise par la Cour de justice internationale en 2018, interdiction d’appliquer des sanctions sur le secteur médical.

 

La récente annonce du guide suprême ne fait qu’accroître la défiance de la population à l’égard du régime, qui a provoqué de nombreuses polémiques dans sa gestion de la pandémie. En mars dernier, Ali Khamenei avait déclaré son intention de prélever un milliard d’euros du Fonds national de développement de l’Iran (FNDI) pour la lutte contre le coronavirus. L’engagement n’aurait pas été respecté selon le média iranien IranWire, qui rapporte que le ministère de la Santé n’aurait reçu que 27 % de la somme prévue intialement, préférant consacrer cette dernière en priorité aux forces de sécurité plutôt qu’aux salaires des travailleurs de santé.

 

5 Commentaires

  1. Ils « préfèrent crever que prendre les vaccins américains ». Ce sont les bandits de dirigeants iraniens qui hurlent ce slogan sur les toits. Mais si eux-mêmes (si Ashem le veut bien) sont atteints du covid, croyez-vous que ces salopards vont se prendre au mot ?

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