Les Juifs face aux émeutes de mai-juin à Los Angeles

Manfred Gerstenfeld s’entretient avec le Rabbi Abraham Cooper

“L’essentiel de la violence et des pillages qui ont accompagné les manifestations “antiracistes” à Los Angeles, à la fin mai et au début juin 2020 s’est déroulé le second jour de Shavouot, le 31 mai, qui était aussi jour de Shabbat. Il y a eu essentiellement des manifestations pacifiques dans le Parc Pan Pacific dans la zone de Fairfax, déclenchées par le meurtre de George Floyd. C’est très proche d’une zone très majoritairement juive.

“Après les protestations, certains ont abandonné le parc et ont attaqué des commerces et des bâtiments sur l’avenue Melrose, le Boulevard Beverly et l’avenue La Brea. Certains émeutiers ont atteint des sites sur le Boulevard La Cienega, en attaquant principalement des centres commerciaux.”

Le Rabbin Abraham Cooper, né en 1950 à New York, et le doyen associé du Centre Simon Wiesenthal de Los Angeles. Depuis environ quarante ans, il supervise l’agenda international des actions sociales du CSW, dont la gamme d’activités va du combat contre l’antisémitisme à travers le monde, des crimes de guerre nazis aux restitutions, en passant par les groupes extrémistes et l’enseignement de la tolérance.

“Le lendemain, on a assisté à un déchaînement à Santa Monica, qui est mitoyen de Los Angeles proprement dit. Des centaines dec commerces ont été pillés et incendiés dans cette zone. La police était concentrée à quelques blocs de là, à surveiller une manifestation majoritairement pacifiste. Il y a eu des scènes d’émeutes prises par des caméras, d’exemples où la police n’est pas du tout intervenue. En fin de compte, au cours de la semaine qui a suivi, des couvre-feux ont été imposés et des centaines de personnes ont été arrêtées. Pourtant, la plupart des pillards n’ont pas été appréhendés. L’impact de la vision de forces de police apparemment impuissantes restant les bras croisés à Los Angeles et ailleurs aux Etats-Unis se fera ressentir pendant encore longtemps.

“Le Département de la Police de Los Angeles (LAPD) était submergé et inefficace durant des jours. Ceci résultait, essentiellement, du fait que le Maire a refusé de se concentrer sur la violence. Il a plutôt choisi  de se focaliser exclusivement sur les manifestants pacifistes et le thème de la justice sociale et de l’équité, tout en adoptant une posture favorable à Black Lives Matter. Malgré les émeutes et les protestations continuelles, le Maire a très rapidement approuvé et infligé une diminution de 150 millions de $ au budget de la police. Une somme équivalente a été retirée  au Département du Shériff de Los Angeles. L’élite politique de Los Angeles a littéralement jeté le maintien de l’ordre aux lions. Il n’y a eu qu’un seul membre du Conseil de la ville, Paul Koretz, qui est Juif, a faire mention de ses préoccupations à propos des graffitis de haine tagués sur une synagogue.

“Beaucoup de commerces pillés et détruits appartenaient à des membres de minorités. Près de 200 pharmacies ont été prises pour cibles, probablement par des gangs organisés cherchant des narcotiques. Dans la zone de La Brea/Hancok, un grand nombre de commerces impactés appartenaient à des propriétaires juifs. Cela comprenait une boulangerie casher et une pharmacie qui exposait de façon prédominante ses propositions à la vente d’articles casher. Plusieurs résidents juifs de la zone ont déclaré que certains établissements ostensiblement juifs ont été attaqués, alors que d’autres commerces de la zone s’en sortis indemnes.

“Un certain nombre de synagogues et d’institutions juives ont subi des tags de graffitis. Ils n’étaient pas de nature antisémite. Une synagogue, dont beaucoup de membres sont des survivants de la Shoah, a été peinte au spray avec des tags anti-israéliens et pro-palestiniens. Le LAPD n’en a même pas été averti, jusqu’à ce que, plusieurs jours plus tard, une photo n’apparaisse. Une importante synagogue conservatrice, Beth Am à la Cienega, a miraculeusement échappé aux dégradations, même si, tout à côté, les centres commerciaux ont été saccagés.

“Je ne crois absolument pas qu’on puisse qualifier ces émeutes de “pogroms” contre la communauté juive. Mais encore, quand les émeutes ont éclaté et que leur ampleur et leur direction étaient encore incertaines, tous les Sifrei Torah (rouleaux de la Torah) ont été retirés des synagogues par précaution.

“Nous avons travaillé avec le terrible handicap d’un confinement continuel à cause de la pandémie de Coronavirus. Cela a été très difficile  d’obtenir un panorama complètement exact pour savoir si les Juifs  constituaient des cibles spécifiques des émeutes d’origine. Beaucoup de manifestations, ce Shabbat-là, avaient garé leurs voitures dans des quartiers orthodoxes et avaient marché jusqu’au rassemblement. Leurs interactions avec les voisins juifs, ce jour-là, se sont passées sans incident, voire même amicalement. Ce qui s’est produit durant les émeutes de la même nuit, qui les a organisées, et jusqu’à quel point des gangs organisés étaient impliqués sont des questions auxquelles personne n’a encore clairement et complètement répondu.

“Le Centre Simon Wiesenthal et son Musée de la Tolérance n’ont pas été attaqués ni même tagués. Nos installations – y compris le musée – Sont fermés depuis plus de trois mois à présent. Il y a eu des invectives antisémites et des menaces sur les réseaux sociaux. L’une d’elles ressemblait à une menace contre les quartiers juifs de la part d’AntiFas. Elle a, cependant, été reliée à des Néo-Nazis en Europe.

Ajoutant au sentiment d’angoisse et d’incertitude, il y a eu les manifestations du “Jour de Colère” le 1er Juillet, contre l”‘annexion” présumée de parties de la Judée-Samarie par Israël, qui étaient annoncées et promues à grand renfort de publicité sur les réseaux sociaux. Les Manifestants pro-Palestiniens à l’extérieur du Consulat Israélien ont été contrés  par des contre-manifestants agitant des drapeaux d’Israël. Les deux camps ont été bruyants, mais il n’y a pas eu de violence ni d’arrestations. A San Diego, les Palestiniens ont posté un flyer de toutes les institutions importantes juives -et non israéliennes – avec le listing de leurs adresses et ont promis un cortège de voitures mené par des militants anti-israéliens.

Le confinement a rendu difficile pour la communauté juive de s’organiser proprement de façon à s’assurer que nos préoccupations seraient entendues. Il n’y a pas d’unanimité. La fédération juive locale  se focalise à essayer d’aider ceux qui ont été affectés par les émeutes ou le virus du Covid-19. Elle n’a pas pris une position publique fortement favorable à la police.

“Depuis plus d’un mois, le Maire de Los Angeles, Eric Garcetti n’a montré aucun intérêt à rencontrer les représentants de la communauté juive. Il a finalement donné son accord de prévoir une telle rencontre avec les leaders juifs en juillet. La plupart des membres du Conseil municipal ont utilisé le confinement  pour empêcher tout débat sérieux sur le budget draconien qu’ils ont voté. Les représentants de la communauté juive ont rencontré le chef et les commandants de la Police du LAPD des secteurs où réside la majorité de notre communauté. La police se sent abandonnée. Nos efforts se concentrent sur la façon de conserver saines et sauves nos communautés au cours des jours fériés qui arrivent.

“Il existe un certain nombre de groupes d’auto-défense juive. Certains sont légalement armés. Il y a aussi un groupe coordinateur juif, qui tâche de maintenir informés les dirigeants juifs des développements, ainsi que Hatzalah, qui aide les membres de la communauté qui ont besoin de réponses immédiates aux urgences médicales.

“Beaucoup de Juifs sont réticents à critiquer ouvertement Black Lives Matter, parce qu’ils sont d’accord avec le fait que la chose la plus importante à faire est d’adopter la ligne de la “Justice sociale et de l’équité”. Très peu expriment publiquement des inquiétudes concernant la “sécurité publique”.

“Un sondage de Pew indique que seulement 17% des manifestants sont des Afro-Américains. Les gens qui vivent dans des zones de grande criminalité ne veulent pas retirer qses fonds à la police. Les militants  qui ont une vision différente de l’Amérique utilisent le meurtre de George Floyd comme levier pour mener leur propre agenda. Les influenceurs sur les réseaux sociaux et Hollywood se sont précipités pour monter dans le train en marche et embrigader l’Amérique pour leur emboîter le pas.

“Le confinement de Los Angeles lié à la pandémie et de l’essentiel du pays a rendu très difficile les efforts consistant à lever des effectifs. Les Libéraux et les progressistes adoptent le narratif de BLM. Les Pasteurs des églises des minorités peuvent bien s’opposer à la réduction des budgets de police, mais doivent agir avec prudence, à moins de risquer d’être accusés de faire cause commune avec les “Blancs”.

La situation ici et à travers tout le pays est encore plus compliqué à cause des élections nationales à venir. Pour l’instant, les politiques de diabolisation prévalent dans les médias qui ne prétendent même plus rester un minimum objectifs. Excepté Fox News, la plupart des médias dominants veulent la destitution de Trump, faussant la couverture de toutes les questions d’importance cruciale”.

 

Le Dr. Manfred Gerstenfeld est Président d’honneur du Centre des Affaires Publiques de Jérusalem. Il a été conseiller stratégique pendant plus de trente ans pour certaines des corporations dominantes dans le monde occidental.  Le prix du Lion de Juda, de l’Institut Canadien de Recherche Juive fait partie des récompenses qu’il a obtenues, lui attribuant le titre d’Autorité internationale dominante en matière d’Antisémitisme Contemporain. Son principal livre sur le sujet  est : The War of a Million Cuts The struggle against the delegitimization of Israel and the Jews and the growth of New antisemitism.

Adaptation : Marc Brzustowski.

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