Terroriste et héros ; la confusion des genres !

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La grande nouvelle est tombée hier pour la ville d’Aubervilliers. De haute lutte, la majorité au pouvoir dans la ville a enfin réussi. Réussi à quoi, allez-vous me demander ? Endiguer la délinquance qui ronge ses rues ? Alléger le fardeau de la pauvreté qui pèse sur nombre de ses administrés ? Permettre à des jeunes d’accéder à l’emploi, à la culture ? Lancer un plan d’urbanisation harmonieux et durable ? Mettre en place un grand plan de soutien scolaire pré-rentrée ? Non, rien de tout cela. En fait, en première instance, un tribunal l’avait débouté d’une demande.

La cour d’appel de Versailles a confirmé cette décision mais la ville va utiliser une faille juridique pour mettre en œuvre son projet : nommer un Palestinien comme citoyen d’honneur de la ville.

Bon, après tout pourquoi pas ? Comme je le dis dans mon propos introductif, la mairie d’Aubervilliers a un sens bien singulier des priorités. Mais il est somme toute légitime pour une ville de vouloir honorer la cause d’un peuple qui se bat pour accéder à une existence digne. A ce stade, nous sommes pressés de découvrir qui est ce personnage ? Essayons-nous donc au jeu des devinettes :

Ashraf Fayad ? Poète palestinien condamné à mort pour apostasie par le régime saoudien ? Si c’était lui, je me précipiterais pour participer à la cérémonie de nomination.

Hanan Al-Hroub ? Enseignante palestinienne qui aide les enfants témoins de la violence qui règne dans cette région à se reconstruire ? C’eût été un beau symbole. Montrer aux jeunes d’Aubervilliers à quel point l’instruction est la clé de tout et que même dans des territoires en guerre, l’école continue.

Samia Nasser ? Une Palestinienne qui a monté avec Hadas Lahav, journaliste juive israélienne, une association pour promouvoir la paix par le développement du commerce équitable ? Tout un symbole de promotion du vivre-ensemble et de la fraternité inter-cultuelle avec, en toile de fond le message, si c’est possible là-bas, a fortiori ici. Quelle formidable occasion de réunir des Français de toutes confessions autour de cette nomination. On imagine déjà tous les évènements que la ville pourrait organiser. Inviter les récipiendaires à parler de leur expérience, en tirer les conclusions et peut-être même s’inspirer de cela pour promouvoir le vivre-ensemble à Aubervilliers.

Et bien non, aucun de ces trois, ni d’ailleurs aucun des Palestiniens, musiciens, médecins, poètes, avocats, associatifs qui tentent de dépasser la haine pour construire l’avenir avec leurs voisins.

La ville d’Aubervilliers a choisi un terroriste. Oui vous lisez bien, un terroriste. Et pas de ceux qui font sauter des infrastructures ou hacke les ordinateurs, un vrai, avec du bon sang bien rouge de civils sur les mains : Marouane Barghouti. Beau sens de l’à-propos de la part d’Aubervilliers.

Alors que des terroristes nous ont déclaré une guerre sans merci. Alors que des enfants sont morts, tués à bout touchant à Toulouse ou écrasés par un camion à Nice. Alors qu’un prêtre vient d’être égorgé dans son église en plein office et que des centaines d’individus projettent de faire pareil, les élus d’Aubervilliers se vantent d’honorer un terroriste en allant à l’encontre d’une décision de justice de surcroît. Cela doit nous interpeler à plusieurs titres :

Premièrement, quel message la ville envoie aux jeunes tentés par la radicalisation, ces individus qui voient déjà, pour certains, les Merah, Kouachi et consorts comme des combattants voire des héros ?

En second lieu, comment ensuite promouvoir le vivre-ensemble dans la ville ? Alors qu’on sait que la plupart des actes antijuifs par exemple sont commis “pour venger les Palestiniens”. Notons au passage que le “pas d’amalgames” n’est pas valable pour tous.

Et enfin, en nommant Marouane Barghouti citoyen d’honneur de la ville, Aubervilliers cautionne le mode opératoire de cet homme, à savoir le terrorisme. Comment expliquer ensuite que ce qui est bien là-bas, est mal ici. Comment justifier que Marouane Barghouti soit un “résistant” et Salah Abdeslam un terroriste ? Après tout, chacun se bat pour une cause qui lui paraît juste. Qui sommes-nous pour juger ? Qui sommes-nous pour décider que la politique israélienne est condamnable mais pas les bombardements meurtriers des occidentaux sur l’Irak ? Qu’il est légitime de lutter contre Israël pour sa politique dans les territoires mais pas contre les USA ou la France pour leurs actions en Syrie ?

En matière de terrorisme, il ne peut y avoir deux poids deux mesures. Il n’y a pas le bon terrorisme et le mauvais terrorisme. Il n’y en a qu’un, sauvage, monstrueux, aveugle, et stérile. Qu’il frappe sur un marché d’Alger, une rue de Paris, à Bagdad, Ankara ou dans un bus à Tel-Aviv. Aucune cause ne peut le justifier car il ne fait jamais progresser la cause qu’il prétend défendre. Il détruit une société de l’intérieur et la traumatise durablement, c’est un cancer à combattre sans concessions. Il n’a ni frontières, ni religion.

Mais ce qui m’interroge le plus dans tout cela, c’est la motivation des élus d’Aubervilliers, et par extension la façon dont la cause palestinienne est abordée en France. Elle est systématiquement abordée de façon négative, par opposition. Les défenseurs de cette cause ne sont pas des pro-Palestiniens comme pourrait et devrait l’être tout humaniste, ils sont anti-Israéliens. Ils n’ont cure du sort du peuple palestinien, ce qui les intéresse c’est la haine d’Israël et le déni de son droit à l’existence. Deux preuves de cela :

Preuve 1 : Le sort des Palestiniens n’intéresse que quand ils sont victimes des Israéliens. Quand ils sont par exemple massacrés par les Syriens dans le camp de Latakhieh, cela n’intéresse personne. Sarsak, footballeur palestinien en grève de la faim dans une prison israélienne mobilise dans le monde entier mais pas Ashraf Fayad, poète palestinien condamné à mort en Arabie Saoudite et dont j’évoquais le sort plus haut. On pourrait multiplier les exemples à l’infini.

Preuve 2 : Le fameux boycott des produits israéliens. L’hérésie économique et sociale absolue, l’illustration de l’action contre-productive dont le seul but est de nuire à l’ennemi déclaré même si au passage on enfonce ceux que l’on est censé soutenir. Hormis l’aspect plus que douteux du principe qui revient en réalité à boycotter les produits Juifs, le boycott touche les produits de grande consommation fabriqués ou cultivés essentiellement par des ouvriers palestiniens dans les territoires. L’impact macro-économique est insignifiant pour Israël mais ravageur pour la fragile économie palestinienne. En enfonçant ainsi les populations dans la pauvreté, en détruisant le maigre lien encore existant entre Palestiniens et Israéliens, on éloigne les petits espoirs de paix qui subsistent et on accroît le désarroi des Palestiniens ajoutant du malheur au malheur.

C’est pour cela que j’interpelle aujourd’hui la ville d’Aubervilliers, mais aussi toutes celles qui font le même choix. Si réellement vous vous intéressez aux Palestiniens et que vous souhaitez que votre engagement soit productif et en phase avec vos obligations locales et nationales, abandonnez cette obsession anti-israélienne (aux frontières parfois ténues avec l’antisémitisme) et embrassez donc enfin une vraie posture pro-palestinienne. Mettez en avant la jeunesse dorée de Ramallah, les intellectuels, la réussite de la diaspora palestinienne, le tissu d’entrepreneurs, le tourisme, l’artisanat, le commerce. Mettez en exergue toutes les expériences réussies de vivre-ensemble. Créez une chambre de commerce Aubervilliers-Ramallah et promouvez les produits palestiniens au lieu de boycotter ceux des Israéliens. Créez des labels “produits de Palestine”. S’il n’y a pas de produits palestiniens, créez-en en développant le micro-crédit et en assurant à des entrepreneurs locaux ainsi constitués des débouchés pour leurs produits au sein de vos villes. Créez des associations de coopération économique, levez des fonds et embauchez des Albertivilliens jeunes diplômés ou séniors au chômage pour les envoyer en expatriés afin d’accompagner des projets entrepreneuriaux là-bas. Prenez la Palestine dans ce qu’elle a d’exemplaire. Au lieu de prendre comme symbole un intellectuel ou un entrepreneur, vous choisissez un terroriste pour représenter ce territoire et feignez ainsi de faire avancer sa cause alors qu’en réalité vous servez surtout la vôtre. Celle qui consiste à utiliser ce qui divise la communauté nationale pour mieux asseoir votre petit pouvoir de potentats locaux. Vous appliquez à la Palestine la seule recette que vous connaissez, celle que vous appliquez déjà à vos administrés, dans vos territoires respectifs, depuis quarante ans : le misérabilisme. Et pour finir soyez cohérent, vous ne pouvez d’un côté appeler les Français à ne pas faire d’amalgames entre Musulmans et terroristes et dans le même temps prendre un terroriste comme incarnation de la lutte d’un peuple se réclamant de l’Islam.

Fabrice Haccoun est vice-président de l’UDI 95, entrepreneur, et magistrat au sein du Conseil des Prud’hommes de Paris. Il est également auditeur de l’Institut des Hautes Etudes de la Défense Nationale (50eme AED) et membre du Conseil Stratégique pour l’Attractivité.


Atlantico

5 COMMENTS

  1. Il faudrait que tous les citoyens se rassemblent pour lutter sur la nullité de cette décision,saisir le gouvernem
    et également saisir les instances administratives et judiciaires

  2. Les “Cocos” ont toujours été du mauvais côté et ils ont toujours essayé de faire passer le totalitarisme pseudo révolutionnaire pour une lutte des “peuples”. Staline, goulag, Cuba,Vietnam, Cambodge, “palestinisme”, Islamisme et avant tout cela Pacte germano-soviétique. Ils sont dans tous les mauvais coups et même quand on découvre la vérité sur ces totalitarismes infâmes et ces millions de morts que cela a engendré, ils ne se sentent pas obligés de faire leur mea culpa, ils recommencent de plus belle à soutenir des causes pourries.
    Les “Cocos”et l’ultra gauche sont une longue maladie qui ronge la société.

  3. En Europe et en France, il y a confusion des valeurs. Quand il y a confusion, il y a désorientation. Quand il y a désorientation, il y a égarement. Quand il y a égarement, il y a éloignement. Avec les conséquences que l’on observe et qui ne sont qu’un début.

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