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“Plusieurs nuits de suite, j’ai vu la mort en face” : le témoignage poignant de CharlElie Couture, positif au Covid-19

Par Alain MORVAN -  Hier à 14:47 | mis à jour à 15:55 - Temps de lecture : 3 min 

C’est un récit qui touche aux tripes. Qui cogne dans la tête, qui s’en va quelques minutes puis revient. Comme une obsession. De ces cauchemars qui laissent un goût étrange dans la bouche. De ces chroniques où l’on se dit que certains ont un don, un talent supérieur. Tout simplement.

CharlElie Couture, le génial musicien, rockeur poète, plasticien, peintre nancéien se relève depuis quelques heures du Covid19 et livre dans un post Facebook un témoignage dont il a le secret.

Fondu de chroniques quotidiennes, dans lesquelles il raconte les événements de sa vie à sa communauté, entre envolées lyriques, philosophie et aphorismes proches des haïkus, il raconte ce matin du 1er avril « ces nuits (il a) vu la mort en face », terrassé par le Covid19.

Retour sur huit jours/nuits terribles 

« 4h30 ce matin, j’ai peut-être enfin passé le cap. 1er avril, ce n’est pas une blague, la preuve : je me lève. Seul dans le silence de la maison endormie. Je me sens fichtrement mieux que la veille. Retour sur huit jours/nuits terribles ».

Le 22 mars, il chantait et jouait en duo avec sa fille Yamée, dans le cadre des « chroniques de quarantaine » de son autre fille, Shaan, réalisatrice. Le 24 mars, tout bascule.

« Le test online expliquerait l’état grippal des deux sexagénaires que nous sommes, mon double et moi-même. Peu d’appétit, le nez bouché façon rhume des foins, courbatures, agueusie, mal partout, la nuque raide (…) Je veux croire qu’il en faut plus pour me dégommer ».

Manu, le saxophoniste qui part en manquant de souffle

« Je viens d’apprendre le décès de Manu Dibango, que je connaissais depuis bien longtemps, un colosse, un pilier de la musique. Lui, le saxophoniste partir en manque de souffle me rend triste ».

Il regarde l’hécatombe via les médias, la catastrophe quotidienne. « Et maintenant dans les ehpad, les vieilles vies cèdent le pas, ils s’en vont vers le grand ailleurs, isolés, par grappes, une vingtaine à Cornimont dans le Vosges. C’est à la limite du sordide, digne des films d’horreur ».

Le 26 mars, il pense « à ceux qui font des infarctus ou des AVC (…) pour eux, c’est foutu, de même si tu te casses le col du fémur chez toi, ou si tu tombes dans l’escalier ».

Il pense à New-York

Depuis, plus rien. Plus de post. Plus d’image. CharlElie se bat. Avec le virus et ses démons. En fin de matinée, mercredi 1er avril, le revoilà. Toujours vivant.

Après « des jours au trente-sixième dessous. Je n’ai plus faim, plus envie de rien. Même plus envie de parler. J’ahane, je m’essouffle. Kaput. HS. Comme un droïde cassé, un jouet sans pile. Un pantin dans l’ombre d’un grenier ».

Dans son message du jour, il s’interroge : « Comment retrouver la force de remonter sur le ring, comment reprendre le dessus (après) plusieurs nuits (où) j’ai déliré et vu la mort en face, disons, non, de trois-quarts. J’étais vieux, un arbre mort ».

Ces premières pensées vont à New-York, la ville où il a longtemps vécu avant de rentrer en France.

Ce matin, le médecin lui a envoyé une prescription d’antibiotiques pour protéger ses poumons. « Je retrouve mon clavier », écrit-il. « Normalement, ça devrait être bon, si je ne me fais pas fouetter par un retour de queue de ce virus du Diable. J’ai peut-être franchi le cap. Vive la vie. A bientôt, les amis ! ».

C’est signé « CharlElie ». Bon retour parmi nous, CharlElie.

www.republicain-lorrain.fr

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