Nous vivons une drôle d’époque, où les juifs sont montrés du doigt, stigmatisés sur Internet, insultés dans la rue, agressés sur le chemin de la synagogue, attaqués dans les écoles juives, assassinés lorsqu’ils font leurs courses dans des commerces kacher. Une drôle d’époque où les soldats font la garde devant les écoles juives et doivent dormir sur place pour être sûrs que personne ne vient déposer une bombe la nuit. Ces  mêmes soldats tenus de contrôler les sacs des mamans pour vérifier qu’il s’agit bien d’une tartine de Nutella et non d’une grenade.

En  cette soirée de PESSAH, il est utile de se remémorer le temps où les hébreux étaient esclaves en Egypte, subissant les pires souffrances, symbolisées pendant le seder de PESSAH par les herbes amères. Ils auraient pu se laisser aller au désespoir, puisqu’il n’y avait aucune espérance de liberté. Et voici que, sous la conduite de Moïse, ils ont le courage de se révolter. « Leil  chimourim », c’est la nuit des protections, la nuit où les juifs esclaves ont eu le courage de sacrifier l’agneau pascal, animal sacré des Egyptiens, au péril de leur vie. Il en fallait de l’audace précisément  pour oser marquer avec du sang d’agneau les linteaux de leur maison, suprême provocation de leur part, afin que l’Eternel puisse les identifier, les prendre sous sa garde, et les conduire vers la liberté.

Cette marque de sang est à l’origine de la «  mezouza », par laquelle on reconnaît la demeure d’un juif, qui se met ainsi  sous la protection divine. En  cette soirée de PESSAH, l’agneau est devenu ce morceau d’os que l’on place sur le plateau du « seder », mais il est d’une grande charge symbolique.

Ce n’était pas l’agneau que les juifs sacrifiaient pour l’Eternel, c’était leur propre vie, leur force, leur âme. Aussi, il nous faut profiter de cette nuit du dialogue, autour de la table familiale,  pour commenter le sens de «  PESSAH, MATSA et MAROR «, et  actualiser cette épopée.

Chaque année, au cours de cette veillée émouvante d’étude, de discussion et de chants, nous sentons  le flambeau de la foi passer de main en main, de génération en génération. Et nous parlons, nous débattons, nous commentons sans fin…le mystère de notre survie et l’alliance avec Dieu.

Autrefois, le thème de prédilection était la sortie d’Egypte, puis les années avançant nous avons cherché un lien avec la SHOAH. En ce mois de Nissan, il est probable que le principal questionnement portera cette fois-ci sur la situation actuelle des juifs en France et sur leur avenir incertain. Bien sûr, il n’y a aucun rapport entre les souffrances physiques des hébreux en Egypte et notre présent, mais l’inquiétude est la même : pourquoi depuis l’origine, cette volonté de haine contre les juifs est-elle toujours aussi vivace, au point de vouloir les exterminer ?

La  leçon à tirer de la Haggadah de PESSAH, c’est que le juif ne doit jamais avoir peur, quelles que soient les épreuves. Et comme l’écrivait si bien notre oncle, le rabbin  Aron WOLF, rabbin de la jeunesse  en 1944, en plein cœur de la tourmente : «Si nous gardons la tête haute, l’esprit clair, la véritable confiance en Dieu, le printemps, le mois de Nissan, le mois des épis reviendra toujours. »

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Moïse COHEN

Président d’Honneur du Consistoire de Paris

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