Le robot israélien qui bouscule Tesla

Dans la grande foire mondiale des robots humanoïdes, chacun y va de sa vidéo spectaculaire : plans coupés au millimètre, musique épique, logo en 4K… et, souvent, un opérateur humain planqué derrière un joystick. Et puis débarque une start-up israélienne, Mentee Robotics, qui balance tranquillement une séquence de 18 minutes, sans coupure, où deux humanoïdes trimballent des cartons dans un entrepôt. Pas de câble, pas de technicien qui court derrière : juste deux MenteeBots qui bossent, en autonomie, comme deux intérimaires très obéissants et jamais en retard.

La dernière démonstration mise en ligne par l’entreprise montre les V3 MenteeBots dans un décor plus proche d’Amazon que d’Hollywood : des piles de cartons à différentes hauteurs, des étagères, des trajets à optimiser. Les robots identifient les boîtes, les saisissent, les déplacent et les rangent sur des racks, en coordination, sans intervention humaine visible. L’enjeu n’est plus de prouver qu’un robot sait marcher sans tomber, mais qu’il peut tenir un vrai poste de travail dans une logistique moderne, des dizaines de minutes d’affilée.

Cette performance n’est pas sortie de nulle part. Mentee Robotics a été fondée en 2022 par trois poids lourds de l’intelligence artificielle : le professeur Amnon Shashua, fondateur de Mobileye, le professeur Lior Wolf et le professeur Shai Shalev-Shwartz. L’entreprise emploie déjà environ 70 personnes, dont une majorité de spécialistes de l’IA, et a levé plus de 40 millions de dollars en quelques tours de table. Sa philosophie : marier des capacités mécaniques solides avec une véritable « embodied AI », une intelligence embarquée capable de percevoir, décider et apprendre dans le monde réel.

Pendant que MenteeBot range des cartons en Israël, la course aux humanoïdes bat son plein ailleurs. Tesla pousse son robot Optimus à coups de vidéos virales, où on le voit pratiquer le kung-fu, plier des vêtements ou se dandiner dans un laboratoire bardé de caméras. Le constructeur affirme viser des milliers d’unités pour ses propres usines avant une commercialisation plus large. De son côté, la société 1X commence à accepter des précommandes pour Neo, un humanoïde « doux » destiné au grand public, vendu autour de 20 000 dollars pour faire le ménage et aider à la maison.

Mais derrière le vernis marketing, une différence majeure apparaît. Chez 1X, on assume une approche « human-in-the-loop » : pour les tâches complexes, un expert peut prendre la main à distance et guider Neo, afin de lui apprendre progressivement de nouvelles compétences. Chez Tesla, plusieurs démonstrations impressionnantes ont été confirmées comme téléopérées ou fortement assistées, même si l’entreprise met de plus en plus en avant des séquences prétendument entièrement autonomes. Autrement dit, beaucoup de robots d’aujourd’hui apprennent en regardant… des humains qui font le travail à leur place.

Mentee Robotics, elle, joue une carte différente : montrer un scénario de travail complet où l’on peut raisonnablement croire que personne ne tient la manette en coulisses. L’entreprise insiste sur le fait que ses MenteeBots exécutent la mission logistique de bout en bout sans téléopération, avec planification de trajet, vision, prise de décision et coordination intégrées. L’important n’est pas qu’un robot fasse un geste spectaculaire pendant trois secondes, mais qu’il répète des centaines de gestes ordinaires sans s’arrêter, sans se tromper et sans mettre l’entrepôt sens dessus dessous.

Pour Israël, cette avancée s’inscrit dans une tradition déjà bien installée : celle d’un écosystème de haute technologie qui sait transformer de la recherche pointue en produits exportables. Après les puces de Mobileye dans les voitures, voici MenteeBot dans les entrepôts, avec la promesse, à terme, de robots capables d’assister dans l’industrie, la logistique, puis peut-être la santé ou les services à domicile. Dans un pays où la pénurie de main-d’œuvre touche aussi certains secteurs, l’idée de confier les tâches les plus répétitives à des machines n’a rien d’abstrait.

Bien sûr, rien ne garantit que Mentee Robotics dominera le futur marché des humanoïdes. Tesla, 1X, Figure et des dizaines d’acteurs chinois ou américains sont eux aussi lancés à pleine vitesse, avec des moyens parfois colossaux. Mais la démonstration israélienne change le ton : elle montre qu’un acteur agile, appuyé sur une expertise d’IA de très haut niveau, peut non seulement suivre le rythme, mais aussi fixer la barre en matière d’autonomie réelle.

Au final, la question n’est peut-être pas de savoir qui a le robot le plus photogénique, mais qui livrera d’abord un humanoïde capable de faire, jour après jour, ce que l’on attend de lui dans un entrepôt, une usine ou un hôpital. Pour l’instant, MenteeBot vient de marquer un point important : dans la bataille entre la télécommande et la véritable autonomie, le petit robot bleu et blanc a prouvé qu’il savait travailler sans qu’on lui tienne la main.

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1 Commentaire
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David

Sommes nous arrivés à la porte de l’aire des loisirs où l’homme n’aura plus à travailler pour gagner sa vie