« Nous prendrons tout » : la taxation de l’héritage, le retour de ce totem de la gauche.

Ces derniers jours, de Raphaël Glucksmann à La France insoumise en passant par la CFDT, la gauche s’est mobilisée pour proposer des hausses des droits de succession sur les hauts patrimoines

Il existe un impôt plus impopulaire que ceux sur le revenu (IR), sur la fortune immobilière (IFI), sur les sociétés (IS), la TVA ou la CSG : les droits de succession. Selon un sondage Odoxa pour Challenges, 84 % des Français estiment qu’il faudrait alléger l’impôt sur l’héritage, quand bien même une très large majorité en demeure exonérée : en ligne directe (parents-enfants), seuls 13 % des ménages sont soumis au paiement de droits de succession. Malgré cette défiance quasi unanime, la gauche continue plus que jamais d’y voir une ressource fiscale insuffisamment exploitée par l’État.

Fraîchement déclaré candidat à l’élection présidentielle, Raphaël Glucksmann a dévoilé, dimanche soir sur le plateau du 20 heures de TF1, l’une des mesures phares de sa campagne, que son équipe a précisée à L’Opinion : abaisser les cotisations sociales des salaires jusqu’à 3 smic, afin de « rendre » 1 300 euros par an aux travailleurs au salaire médian (2 115 euros), le tout financé en « taxant davantage les méga-héritages, les 1 % les plus gros – 99 % des héritages ne seront pas affectés – ça nous permettra de récupérer 15 milliards d’euros ».

« Ce sont des mesures de justice sociale »
Pour y parvenir, le candidat entend actionner trois leviers. Le premier porterait sur le taux marginal, fixé à 45 % à partir de 1,8 million d’euros. Ce taux serait relevé à 50 % à partir de 2 millions d’euros de succession, ce qui rapporterait deux milliards d’euros, selon Simon Bernard, coordinateur de la campagne de Raphaël Glucksmann, ce qui en réalité concerne moins de 1 % des ménages.

Le deuxième levier consisterait en un recalibrage du pacte Dutreil, ce dispositif d’abattement fiscal de la valeur d’une entreprise lors d’une transmission. Tout en préservant les PME, cette mesure prévoit de redéfinir la notion de biens professionnels, pour élargir l’assiette, selon un modèle proposé par la Cour des comptes en novembre 2025. Gain fiscal escompté : trois milliards d’euros.

Enfin, pour les dix derniers milliards, Raphaël Glucksmann entend maintenir la plus-value latente dans le calcul des successions, qui est aujourd’hui « effacée ». Concrètement, selon les règles en vigueur, pour une action acquise 50 euros, valant 100 euros au moment de la succession et revendue 150 euros, l’héritier n’est imposé que sur une plus-value de 50 euros, et non de 100. Raphaël Glucksmann propose de revenir sur ce principe. « Ce sont des mesures de justice sociale : nous annonçons une augmentation du salaire net des travailleurs qui en ont le plus besoin, intégralement compensée, à l’euro près, par un relèvement de la fiscalité sur les très grandes successions », soutient Simon Bernard.

LFI veut instaurer un plafond d’héritage
Le fondateur de Place publique n’est pas seul sur ce terrain. Ce mardi matin sur RTL, Marylise Léon, secrétaire générale de la CFDT, qui effectuait sa rentrée politique, a remis sur la table une proposition de longue date défendue par le syndicat : taxer les héritages et donations dès le premier euro, à hauteur de 1 %. « Une mesure de justice sociale et fiscale », selon elle. La CFDT propose également de supprimer « les exonérations dont l’efficacité économique n’est pas démontrée ». Selon les calculs du syndicat, une telle mesure rapporterait 2,5 à 3 milliards d’euros, qui financeraient la perte d’autonomie.

Ces débats surviennent à un moment charnière sur le plan générationnel : les baby-boomers transmettront, dans les prochaines années, un patrimoine estimé à plus de 9 000 milliards d’euros à leurs enfants et petits-enfants. À l’heure où le gouvernement et les candidats recherchent des leviers pour réduire le déficit, certains souhaiteraient capter une part de cette « grande transmission ». Un constat vient étayer la légitimité de certains à vouloir davantage taxer l’héritage : en 1970, l’héritage représentait environ un tiers du patrimoine des Français, contre deux tiers issus du travail. En 2026, la tendance s’est inversée, puisque deux tiers de la richesse des Français sont hérités, ce qui nourrit, pour certains, une « société d’héritiers » où l’ascenseur social serait en panne.

Les positions les plus absolutistes demeurent néanmoins celles de La France insoumise : relever les droits de succession sur les plus hauts patrimoines, en comptabilisant l’ensemble des dons et héritages perçus tout au long de la vie, et instaurer un plafond d’héritage à 12 millions d’euros.

« À partir de 12 millions d’euros, nous prendrons tout », a lancé ce mercredi la députée LFI Mathilde Panot sur le plateau de BFMTV et RMC, qui a par ailleurs estimé que « la plupart des riches n’ont pas mérité d’être milliardaires, ils ont juste eu le mérite d’être bien nés avec une cuillère d’argent (dans la bouche) et ce sont en immense majorité des super-héritiers ».

Ainsi, cette mesure rapporterait entre 9 milliards d’euros selon l’Institut Montaigne et 10 milliards selon LFI. Cependant, le risque d’inconstitutionnalité d’un tel dispositif demeure très élevé, celui-ci pouvant être assimilé à un impôt confiscatoire.

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