La prière du Gomel: exprimer sa gratitude à l’Éternel

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La prière du Gomel…

par Maurice Ruben Hayoun le 16.03.2020

 

Louez Dieu ! De tout cœur j’exprime ma gratitude à Dieu, dans le cercle des intègres et au sein de l’assemblée.

Rendez grâce à Dieu car il est bon et car Sa grâce dure éternellement.

Prenez conscience de Sa grâce et de Ses miracles en faveur des fils de l’homme.

Béni sois Tu Éternel, roi de l’univers, qui gratifies de Ses bienfaits les coupables (la-hayyavim) et qui m’a prodigué Ses bienfaits intégralement

Réponse de la communauté :

L’Éternel qui t’a accordé Ses bienfaits, Sa grâce et Son amour et Ses actes miséricordieux, qu’Il soit béni et exalté, Lui qui est au-dessus de toute bénédiction et de toute louange, puisse-t-Il, en vertu de Son infinie bonté, te prodiguer Ses bienfaits, à tout jamais.

Commentaire

Cette prière, véritable oraison jaculatoire individuelle, exprime de la part du fidèle toute sa gratitude à la divinité qui étend sa main protectrice sur tous, même su ceux qui ont quelque chose à se reprocher (hayyavim).

J’ai un peu hésite sur la traduction exacte de mot hébreu HAYYAVIM qui me semble placé au mauvais endroit. Si la prière avait choisi un autre ordre syntaxique, cela aurait évité moult contresens. On aurait pu dire ha-gomel tovot la hayyavim ; c’eût été plus clair…

Au plan philologique, la racine G M L sature notre texte. Cette racine fait partie du corpus biblique où elle est maintes fois attestée sous différentes formes. D’où le titre sous lequel cette oraison est passée dans l’histoire religieuse. Pour dire les actes de bienveillance on
dit en hébreu, guemilout hassadim.

Il m’est difficile de donner la liste complète de ces occurrences dans le corpus biblique ; il suffit de se limiter au chapitre 31 des Proverbes où il est dit de la femme vertueuse qu’elle rend (guemalathou) à son époux le bien et non le mal (tov we lo ra’)…

Mais on trouve aussi la même racine dans l’expression qui consiste à rendre le mal pour le bien. La même racine a aussi pu avoir un tout autre sens, comme celui de sevrer un enfant : Abraham donne un grand festin lorsque son fils tant attendu, Isaac, grandit (be-higammel lo et Itzhaq).

Comme toutes les prières de ce type, les liturgistes ont inséré un passage des Psaumes, au tout début du texte. Rappelons nous que la piété du Psalmiste et son abandon confiant à Dieu sont devenus proverbiaux. L’ancien Grand Rabbin Jacob Kaplan (ZaL) disait que le
Psalmiste fut l’homme le plus religieux que la terre ait jamais porté.

La divinité est présentée ici comme l’amie de l’être humain, même lorsque celui-ci se rend coupable d’une inconduite ou d’un délit quelconque. C’est ainsi que j’interprète cette référence inattendue aux Hayyavim*, les convaincus d’une faute ou d’un délit Mais l’usage
de ce terme, au pluriel, e est assez rare.

Peut-être a-t- on cherché à montrer que même ceux qui ont quelque chose à se reprocher, Dieu, dans son infinité bonté et miséricorde, ne leur retire pas sa protection, lors qu’il se trouvent dans une situation périlleuse.

En effet, il y a ici un appel récurrent à la miséricorde divine qui n’a pas de fin. Tout comme sa bonté. Car, comme le dit ailleurs ce même Psalmiste : qu’est-ce que l’homme pour que Dieu s’en soucie ? On a affaire ici non pas à un Dieu vengeur et jaloux, mais plutôt à une
divinité compatissante qui accompagne le voyageur, le malade ou l’étranger loin de chez lui, et leur évite des désagréments et parfois même une maladie grave, voire la mort.

En effet, il faut dire un mot de ceux et de celles qui sont astreints à réciter cette prière en présence d’un quorum religieux (dix adultes mâles, âgés de 13 ans révolus). Quand on prend connaissance des multiples, des innombrables persécutions qui jalonnent l’histoire
juive, on comprend l’utilité et la nécessité absolues de cette prière.

Aucune loi ne protégeait vraiment les communautés juives, dont le sort dépendait du bon vouloir du potentat local ou même de l’évêque du lieu. Et c’est ainsi que du jour au lendemain, les membres des communautés se voyaient voués à l’exode avec tous les dangers inhérents à cette situation.

Expulsés après avoir été dépouillés de leurs biens, ces pauvres hères étaient vogelfrei, en allemand livrés pieds et poings liés à l’arbitraire du premier venu.

Enfin, les voyageurs juifs, loin de chez eux, étaient heureux, une fois de retour dans leur demeure, de réciter cette prière qui consacrait leur retour, indemnes, dans leur communauté.

Cela vaut aussi de ceux qui prenaient le bateau pour rallier des contrées
lointaines ou, tout simplement, guérissaient d’une maladie grave. Tous les cas de détresse sont donc concernés par cette récitation liturgique.

Quand il est question de liturgie dans le judaïsme, il convient aussi de poser la question du statut des dames. Alors qu’elles sont affranchies ou dispensées (petourot) de bien des devoirs religieux, dans ce cas précis, elles peuvent réciter la prière du gomel, dissimulées derrières un rideau ou un paravent. Elles peuvent aussi, dans certains cas, être remplacées par leurs maris qui demande l’intercession en leur nom…

Il ne faut pas omettre que le Talmud considère, à tort ou à raison, que la voix d’une femme est une nudité (kol ba isha erwa)

Maurice-Ruben HAYOUN

* On peut aussi comprendre ce terme autrement. Traduction conjecturale.

 

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