Qu’est-ce qu’un écrivain?
Un passeur? Un raconteur? Un veilleur?
Un humain, en somme…
Cette nuit, alors que je cherchais en vain à communier avec les mots, je les ai ressentis.
Ils étaient tous là, tous, invités une fois encore à sortir de leur assourdissante absence par ma détermination à ne pas les laisser oublier.
Eux, ces ombres surgies d’un passé qui, comme la tache sur la clé de Barbe Bleue, ne peut, ne doit s’effacer, malgré la volonté de certains, de la mémoire de l’Humanité. Ils furent, nos chers absents.
Certains d’entre nous sont devenus les garants de leur existence d’alors.

Encore et toujours revenir sur ces traces anciennes que jamais rien n’efface.
Inlassablement se poser la question de l’utilité de cette volonté mémorielle.
Plonger dans l’oubli fut, je l’avoue, une tentation cent fois effleurée, cent fois repoussée.
Je me souviens…
Je, est dans ce cas précis un Autre, englobant tous ces chers autres, en leur nom.
Mes propres souvenirs s’arrêtent à la frontière du silence de mes parents, gardiens inconsolables de l’au-delà de cette frontière.
Alors, pèlerin d’un impossible voyage, je suis partie un jour en Pologne.
J’ai cherché, de Cracovie à Lublin, de Wlodawa à Belzec, le temps d’avant, mythifié, forcément mythifié.
J’ai désespérément tenté d’imaginer, dans cette Pologne d’aujourd’hui, ma mère, petite fille du ghetto, préparant les halot de Shabbat avec sa propre mère.
Je n’ai entendu que le cri des corbeaux moqueurs.

Puis je me suis frayée un chemin, mon stylo en guise de canne, vers la parole oubliée de dizaines de survivants.
Persuadée d’accomplir un devoir, j’ai continué obstinément, au fil des années, en hésitant parfois, en me répétant souvent, de tenter de dire l’innommable, l’indicible.
J’ai essayé de donner des contours à cette catastrophe qui bouleversa l’ordre du monde et le nôtre, à jamais.
J’en ai oublié l’essentiel…
Le message que venaient me souffler ces ombres si chèrement présentes, au cœur de la nuit :
«N’oublie pas de Vivre !»
Ainsi je vous transmets le message, quoi qu’il se passe, quels que soient les bouleversements de nos existences, politiques, sociétaux, familiaux, tentons d’être présents dans cette existence-là, d’en être des acteurs, autant que faire se peut.
Sarah Oling/ Benillouche Article original Blog
Tags : Pologne Oubli Vie Ghetto Warsaw Varsovie Oling Belzec Lublin
Shoah
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