L’Esprit Olympique est mort à Munich mais ressuscité aux Jeux Paralympiques de Londres.
C’est presque par hasard que j’ai assisté à la retransmission en différé des «meilleurs moments du jour» des Jeux Paralympiques de Londres.
C’était aux alentours de 23 heures sur FR3.Quelle différence avec la dernière édition des JO qui vient à peine de s’achever dans la cité londonienne : peu ou pas de direct, absence de battage médiatique ou de surenchère publicitaire, des plages horaires rédhibitoires et peu de grandes chaines semblent avoir fait l’honneur de leurs plateaux à cette compétition sportive hors norme.
Et pourtant !


Tout à commencé par un zapping pour atteindre mon programme préféré. Apparut alors à l’écran un homme, en plan américain, se préparant à une course d’athlétisme et que rien à première vue ne distinguait du commun des mortels. Très concentré sur sa course, on le voit sauter sur place pour s’échauffer, puis s’installer dans les starting-blocks.
C’est alors que l’on s’aperçoit que ce grand gaillard est amputé des deux membres inférieurs.
Il a été appareillé pour l’occasion avec deux prothèses spécialement conçues pour la haute compétition.
Les autres athlètes sur la ligne de départ ont, tout comme lui, été victimes des vicissitudes de la vie.
Puis soudain, le signal du départ retentit. Le héros du jour s’élance alors comme une fusée, propulsé par l’effort avec une foulée rapide et harmonieuse devançant tous les autres jusqu’à la ligne d’arrivée.
J’en ai eu le souffle coupé, et le stade tout entier exultait.
Quelle émotion, un exploit extraordinaire !
J’en avais la chair de poule.
Alors j’ai décidé de regarder les autres compétitions.
Tous les sports ou presque étaient représentés : triple saut, pingpong, tennis, judo, natation et bien d’autres encore.

Revenons quelques instants sur les deux dernières disciplines. Le judo tout d’abord, où deux femmes se font face.
Elles sont non voyantes et l’arbitre les aide à se positionner et à saisir le kimono de l’adversaire.
Puis le combat commence.
Dès cet instant les deux judokas se réapproprient totalement ce sport, alors qu’elles sont plongées dans l’obscurité, privées de cet organe si essentiel qu’est la vue.
C’est à un spectacle d’exception auquel nous assistons.
Elles enchainent les mouvements et les prises, en n’ayant pour tout repaire que leurs propres sensations.
C’est au sol, grâce à une immobilisation que la victoire sera finalement obtenue par l’une d’entre elle, mais aucune n’aura démérité, bien au contraire.
Ensuite la natation.
Des concurrentes, souffrant de divers handicaps, vont rivaliser d’adresse en pratiquant la nage papillon, rien que cela !
Dans l’eau elles sont mobiles telles des sirènes.
A peine le départ lancé, tout va très vite, déjà deux nageuses se détachent nettement : une ancienne militaire paraplégique et une personne de petite taille.
On comprend que la course va se jouer entre ces deux superbes athlètes qui enchainent les longueurs au coude à coude.
A ce moment là, il est impossible de prédire qui va l’emporter.
Puis tout à coup, dans la dernière longueur, la petite nageuse produit un effort colossal.
Alors que sa compétitrice nage toujours d’une manière régulière à une vitesse déjà fort rapide, la première comme transcendée par l’occasion, accélère creusant un écart important entre les deux athlètes.
A l’annonce de sa victoire, on voit apparaître un sourire qui illumine son visage, un instant rare de bonheur contagieux et de sincérité qui vous marque durablement.

Je ne suis pas un grand amateur de sport et je ne regarde plus de manière régulière les Jeux Olympiques depuis la tragédie de Munich.
Ma position a encore été renforcée par le récent refus du CIO (Comité International Olympique) de rendre hommage aux 11 athlètes israéliens assassinés lors de la prise d’otages de la cité Bavaroise en 1972.
Quarante ans après les faits, plusieurs nations s’étaient jointes à Israël pour demander que soit respectée officiellement une minute de silence et de recueillement en souvenir des victimes du terrorisme.
Cet acte odieux avait profané le «Temple de la paix» que sont les Jeux Olympiques.
Un sanctuaire, où toutes les nations sont sensées s’affronter pacifiquement à travers le sport.
Pourtant, une minute de silence, c’était bien peu au regard d’un tel drame et de ces vies gâchées.
Mais visiblement pour certains, c’était déjà beaucoup trop.
Je me rappelle, à l’époque, les compétitions avaient continué presque comme si de rien était.
Un athlète français spécialiste du 110 mètres haies, et futur ministre, était venu nous dire qu’il fallait respecter le travail acharné des sportifs qui s’étaient entrainés des années durant pour les Jeux.
Le respect, dû à ces autres sportifs qui venaient de perdre la vie, est lui passé au second plan.
Puisque tous les idéaux de l’Olympisme avaient été battus en brèche, on aurait dû tout arrêter pour dire haut et fort, au monde entier, que tout n’est pas possible et qu’il existe des limites à ne pas franchir.
Pourquoi cette attitude hier et à nouveau aujourd’hui ?
Politique, argent, couardise, égoïsme ?
Peut-être un peu de tout cela.
A la place, il y a eu des initiatives individuelles tant au niveau des délégations sportives qu’au niveau politique, mais rien d’officiel organisé par le Comité Olympique en 2012.
Citons la jeune américaine médaille d’or de gymnastique qui a tenu à rendre un hommage courageux à sa manière en dansant sur la musique du célèbre «Hava Naguila» lors de son concours au sol.

Après cet amer constat, on aurait pu craindre que l’esprit olympique mort une première fois à Munich, ne l’ait été à nouveau à Londres.
Par grâce, il semble avoir ressuscité lors des Jeux Paralympiques.
Cela ne veut pas dire que tout est idyllique.
L’être humain est ainsi fait qu’il est capable de grandes et de petites choses.
Mais en voyant ces êtres blessés par la vie, tombés, parfois brisés, se relever avec une telle volonté et arriver à de tels sommets, c’est une leçon pour nous tous.
Ce sont des symboles. C’est la raison pour laquelle, je n’ai pas voulu donner de noms à ceux dont j’ai parlé.
Qu’ils montent sur le podium ou non, ils sont tous vainqueurs.
Dans la rue pour certains, on ne remarque pas leur handicap.
Mais pour d’autres, il est impossible de le dissimuler et les valides détournent souvent leur regard, comme gênés, ou pour conjurer le sort.
Le sort justement, ces athlètes exceptionnels, ils s’y sont mesuré et l’ont conjuré. Ce sont des êtres libres qui ont dépassé leurs limitations.
Ils peuvent montrer avec fierté leur visage et leurs fêlures car ce sont des héros.
Alors j’espère que désormais une plus grande place sera faite à ces jeux qui ne devraient pas s’appeler Paralympique, mais être de nouvelles disciplines aux prochains jeux Olympiques.
Pr Hagay Sobol/ Benillouche Blog Article original
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