Porte Saint Louis des XIIe-XIIIe siècles communiquant avec la rue des Juifs. Ancien bourg de Posquières inclus dans la partie haute de la ville de Vauvert, Gard. ©A. Gioda, IRD.

L’ Ecole kabbaliste de Provence

Nous avons abordé ces dernières semaines le livre de la Création (sefer Yetsirah) je vous propose donc aujourd’hui une petite ouverture sur la région où grandirent le Ravad III et son fils Isaac l’Aveugle.
Bonne semaine à tous..
Caroline Elishéva REBOUH le 23.12.2020

Dès le XIème siècle, des Talmudistes et des Kabbalistes installés dans le sud de la France1, se rendent célèbres par la publication de livres halakhiques très appréciés par les rabbins de l’époque et même à une époque plus tardive.

Nous commencerons cette petite « étude » par RABBI ABA MARI BEN ISAAC né apparemment à St Gilles près de Lunel vers la fin du XIème siècle. Il fut l’auteur d’un ouvrage et fut remarqué par le comte de Toulouse Raymond V qui le nomma bailli ou magistrat en d’autres termes.

En 1122, lui naquit un fils dont le nom fut –retenez le bien – RABBI ISAAC BEN ABA MARI, né en 1122 et mort à Marseille en 1193. Son père lui sert de Professeur et il est si brillant qu’à 17 ans il signe un premier ouvrage axé sur les lois de casherouth et de shehita !!

Toute sa vie, sa position et son avis comptent et sont pris en considération. Il est un éminent Talmudiste et il devint décisionnaire tant son avis était important sur de nombreuses questions de halakha. Il compose2 vers l’âge de 55 ou 57 ans un ouvrage important composé de trois parties : ITOUR SOFRIM qu’il écrit en judéo-provençal3.

Chaque partie est dédiée à un sujet d’importance : le mariage et le divorce, la deuxième partie porte sur les tsitsioth (le talith), les tefilines et la circoncision, et tous ce qui concerne la casherouth en commençant par les interdits alimentaires et enfin il consacra la dernière partie de son livre aux fêtes.

Cette œuvre étant la principale on a coutume de le désigner comme le « baâl HaItour » ou encore « baâl hadibroth » à cause d’un autre volume qui fut intitulée « assereth hadibroth ».

Par la suite il écrivit un autre livre « Méa Shéârim » qui contient en fait cent observations sur un commentaire composé par le RIF 4 sur les « ordres » talmudiques consacrés aux femmes et aux dommages. Il convient de signaler que ce livre est si important qu’il fut imprimé à la fin de chacun des ordres « nashim » ou « nezikin » du Shass de Vilna.

Les œuvres d’Isaac ben Aba Mari5 furent consultées par de nombreux rabbins d’Allemagne ou d’Espagne.

Pour sa part, il entretint d’excellentes relations avec les Rabbins de sa génération et c’est environ un siècle plus tard que le « arbaa Tourim »6 ancêtre du Shoulhan Aroukh parut et détrôna le Sefer HaItour.

Parmi les relations d’Isaac ben Aba Mari se trouvait le petit-fils de Rashi : Rabbénou Tam, également un cabaliste déjà célèbre ; le RABAD III ou RABBI ABRAHAM BEN DAVID7. Il y eut quatre RABAD le premier étant Abu Itshak Ibn Daoud HaLévy (vers 1110 à Cordoue-vers 1180 à Tolède) médecin et historien et le fils de celui-ci.

Il fut l’auteur d’un livre intitulé SEFER HACABALA et un livre sur la foi (HaEmouna) en arabe AL AQIDA L RAFIYA qui fut traduit en hébreu sous le titre de Emouna Rama.

LE RABAD II (le deuxième) fut un rabbin qui fut Président du Tribunal Rabbinique d’où l’abréviation Rav Av Beith Din son nom fut en réalité Rabbi Abraham Ben Itshak de Narbonne. Il fut le beau-père du RABAD III que nous avons évoqué quelques lignes plus haut.

Il fut un très grand Talmudiste et exégète. Il est considéré comme l’un des « pères » de la Cabale. Entre autres écrits, le Rabad conta l’histoire de sa famille qui habitait en Judée lorsque Titus y débarqua.

L’un des officiers de l’empereur romain qui était chargé de l’administration des territoires espagnols pria le dictateur de lui envoyer des captifs de Jérusalem et si possible des « nobles » de Jérusalem parmi lesquels furent les membres de la famille Baroukh qui s’installèrent à Mérida. Parmi ces personnes se trouvaient les membres de la famille maternelle de Ben David (Rabad).

Pour sa part, le Rabad III naquit en France et mourut à Posquières de l’époque ou Vauvert d’aujourd’hui. Il exerça en tant que Rabbin à Montpellier, à Nîmes où il enseigna de nombreuses années puis, il vécut à Posquières.

Lunel et Posquières furent des centres d’études juives remarquables à un tel point que le célèbre voyageur juif Benjamin de Tudèle consigna dans ses carnets qu’existaient dans ces villes un nombre considérable de « hakhamim » (savants).

Dans les diverses études sur la vie « rabbinique » en Provence on relève des noms tels que :Rabbi Ytshak HaCohen de Narbonne qui fut le premier commentateur du Talmud Yéroushalmi, Abraham ben Nathan qui écrivit un livre intitulé HaManhig (le dirigeant), Rabbi Méïr ben Ytshak de la ville de Carcassonne auteur du livre Sefer HaEzer, et notamment aussi Rabbi Asher ben Meshoulam de la ville de Lunel auteur de plusieurs ouvrages rabbiniques.

Il fut le père d’Ytshak l’Aveugle ou Ytshak Sagué néhor (signifiant aveugle en araméen) ou encore HéHassid (le Pieux) qui naquit en 1160 dans cette belle communauté de Posquières et y mourut en 1235.

Le Ravad III, prit soin d’enseigner à son fils, né aveugle, tout un enseignement oral pour forger la personnalité de ce garçon dont il perçut la force d’âme très tôt, lui transmettant, non seulement des secrets transmis de père en fils depuis la Révélation de la Torah sur le Mont Sinaï, mais encore, tout le travail qu’il avait fait lui-même sur le Sefer HaBahir ou Livre de la Clarté et leSeferHaYetsirah ou Livre de la Création ; le Ravad ayant lui-même développé largement cet enseignement auprès de ses contemporains créant, de la sorte, la première école Cabaliste en Provence.

Son fils devenu Ytshak HéHassid (HaSagué Néhor) se concentre sur le sujet des dix séphiroth.

Ces dix séphiroth sont connues sous l’appellation de : ets HaHayim ou Arbre de vie. Dans certaines éditions au-dessus de la première séphira on lit l’inscription « eyn sof » ou infini en français qui désigne l’immensité caractérisée par HaShem puis, au lieu de « keter » (couronne) symbolisant la Royauté divine, « MAHSHAVA » ou Pensée symbolisant la Toute Puissance de la Royauté Divine, le fait que même si HaShem n’est pas visible, la pensée donne naissance aux mots et les mots aux prières, les mots au langage divin et par la suite au langage humain qui, de la sorte peut créer un lien indéfectible avec D. à travers les mots qui expriment tous les sentiments humains.

Ytshak l’Aveugle forma à sa suite deux disciples : Asher ben David (vers 1160-vers 1250 à Posquières) qui serait en quelque sorte le Ravad IV mais qu’on n’a pas désigné ainsi et son second disciple Azriel de Gérone (né en 1160 à Gérone et mort en 1238). Ce dernier fut le fondateur de l’école cabaliste de Gérone.

Asher ben David écrivit notamment un commentaire détaillé sur les 13 midoth (attributs divins) et le Sefer HaYihoud qui est un commentaire sur le Tétragramme et les dix séfiroth).

Azriel de Gérone composa des textes cabalistiques et un commentaire sur les prières quotidiennes.

Caroline Elishéva REBOUH

1 Provence, Languedoc, Roussillon et même jusqu’à Toulouse.

2 En fait il écrivit cette œuvre pendant de longues années : vingt ans ou plus.

3 Langue shouadith. Judéo-occitan ou judéo-comtadin ou judéo-provençal. Cette langue bien qu’utilisant des caractères hébraïques était intelligible par les non-juifs.

4 Rabbi Itshak Elfassi 1013 en Algérie-1113 Espagne.

5 Certains affirment que le nom « Aba Mari » signifie en réalité « Avi Mori » soit Mon Père et Maître.

6 Yaakov ben Asher ou Baâl HaTourim (1269 à Cologne-1343 à Tolède)

7 Rabbi Abraham ben David ben Rabbi Itshak né à Narbonne en 1125 et décédé à Posquières (aujourd’hui Vauvert) en 1198, père d’Isaac l’Aveugle et grand père d’Asher ben David.

Lire aussi http://www.sagesse-marseille.com/lhomme-sage/philosophie-et-esoterisme/la-kabbale-hebraique-2.html

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