Kofi Annan a été secrétaire général des Nations unies de 1997 à 2006 puis médiateur de l’ONU et de la Ligue arabe en Syrie de février à août 2012. Il est membre du groupe Global Elders qui promeut la paix et les droits de l’homme dans le monde.

Gro Harlem Brundtland a été ministre d’État du Royaume de Norvège puis directrice générale de l’OMS de 1998 à 2003. Elle a ensuite intégré le groupe des Nations unies pour les crises, défis et changements. Elle est également membre du groupe Global Elders.


Il y a soixante-dix ans, les Nations unies ont été créées dans le but de «préserver les générations futures du fléau de la guerre».

Si l’on observe ce qu’il se passe dans le monde aujourd’hui, le moins que l’on puisse dire est qu’elles n’ont pas complètement atteint cet objectif. Du Nigeria à l’Afghanistan et à l’Ukraine en passant par le Moyen-Orient, des millions de personnes meurent de ce fléau ou en subissent la menace imminente, et l’ONU semble impuissante à les sauver.

Nous avons quatre propositions pour rendre l’ONU plus forte et plus efficace.

Une grande partie du problème est liée au fait que le Conseil de sécurité, qui est censé préserver la paix et la sécurité dans le monde au nom de tous les États membres, n’impose plus le respect, que ce soit assurément aux insurgés armés menant des opérations transfrontalières, mais aussi aux propres membres de l’ONU.

Dans le monde entier, et en particulier dans l’hémisphère Sud, des personnes s’efforcent de comprendre pourquoi, en 2015, le Conseil est toujours dominé par les cinq puissances qui ont remporté la Seconde Guerre mondiale. Elles sont de plus en plus enclines à remettre en cause son autorité et la légitimité de ses décisions.

Nous ignorons cette menace à nos risques et périls. Les temps ont changé depuis 1945 et le Conseil doit s’adapter.

Tout le monde ou presque réclame un élargissement du Conseil de sécurité pour inclure de nouveaux membres permanents. Cependant depuis des décennies, les États sont incapables de se mettre d’accord sur le choix de ces nouveaux membres ou de décider si, à l’instar des membres existants, les nouveaux membres doivent avoir le droit d’opposer leur veto aux accords conclus par les autres membres.

Notre première idée vise à sortir de cette impasse. Au lieu de nouveaux membres permanents, adoptons une nouvelle catégorie de membres ayant un mandat bien plus long que celui des membres non permanents et qui seraient éligibles à une réélection immédiate. Autrement dit, ils seraient «permanents», à condition de conserver la confiance des autres États membres. Ne serait-ce pas plus démocratique?

En second lieu, nous appelons les cinq membres permanents actuels à prendre un engagement solennel: ils ne doivent plus laisser leurs désaccords déboucher sur une absence d’action du Conseil, qui plus est lorsque les populations sont menacées de crimes atroces, comme c’est le cas actuellement en Syrie.

Les cinq membres permanents devraient s’engager à ne jamais utiliser leur veto simplement pour défendre leurs intérêts nationaux, mais uniquement lorsqu’ils craignent sincèrement que l’action proposée soit plus néfaste que bénéfique pour la paix dans le monde et les populations concernées. Dans ce cas, demandons-leur d’expliquer pleinement et clairement la solution alternative qu’ils proposent, comme moyen plus crédible et plus efficace de protéger les victimes. Et lorsque l’un ou plusieurs d’entre eux utilisent leur veto de cette manière, demandons aux autres de s’engager à ne pas abandonner la recherche d’un accord commun et à travailler encore plus dur pour aboutir à une solution efficace acceptable par tous.

En troisième lieu, le Conseil devrait écouter plus attentivement ceux qui sont touchés par ses décisions. Lorsqu’un accord est possible, les membres permanents délibèrent trop souvent derrière des portes closes, sans écouter ceux qui sont directement affectés par leurs décisions. À partir de maintenant, faisons en sorte que les membres permanents et le Conseil entier donnent aux groupes représentant les populations dans les zones de conflit une réelle possibilité d’apporter des informations et d’influencer leurs décisions.

Enfin, le Conseil et, en particulier, ses membres permanents devraient s’assurer que l’ONU désigne le type de chef dont elle a besoin. Demandons-leur de respecter l’esprit ainsi que la lettre de la charte quant au choix du nouveau secrétaire général, et non plus de le nommer par le biais de négociations à huis clos.

Effectuons une recherche approfondie et transparente des candidats les mieux qualifiés, indépendamment de leur sexe ou de leur région. Laissons ensuite le Conseil recommander plusieurs candidats pour que l’Assemblée générale puisse faire son choix et nommons le candidat retenu pour un mandat unique, non renouvelable, de sept ans. Il ou elle (après huit hommes, il est certainement temps de voir une femme à ce poste) ne doit subir aucune pression l’obligeant à offrir des postes ou des concessions à tout État membre en échange de son soutien. Ce nouveau processus devrait être adopté sans délai, afin qu’il puisse être appliqué pour trouver la meilleure personne pour prendre le relais en janvier 2017.

Ces quatre propositions sont décrites plus en détail dans une déclaration (publiée par The Elders). Nous pensons qu’elles constituent un point de départ essentiel pour que l’ONU rétablisse son autorité. Et nous appelons les populations du monde entier à insister auprès de leurs gouvernements pour que ces propositions soient acceptées, à l’occasion du 70e anniversaire des Nations unies.

FIGAROVOX

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