Juifs d’Afrique du nord: les origines (P. Mamou)

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Les origines des juifs d’Algérie, du Maroc et de Tunisie

MARRANE OU EXIL l’ANNEE 1391: L’apport judéo-espagnol et judéo-portugais en Afrique du Nord par Pierre Mamou pour Coolamnews.

L’année 1391 marque un tournant pour le judaïsme sépharade.

C’est l’année où des persécutions et des massacres organisés par des moines fanatiques, dont le sinistre Vincent Ferrier dans plusieurs régions d’Espagne, en Castille, en Aragon et aux Baléares obligent plusieurs dizaines de milliers de Juifs à se convertir au catholicisme ou à s’exiler en Afrique du nord, principalement au Maroc et en Algérie, deux des principales destinations pour ceux qui choisirent de partir cette année-là.

Alger voit alors arriver des sommités religieuses dont le RIBAH et le RACHBACH qui permirent au judaïsme Nord-Africain éprouvé et meurtri par l’épisode Almohade de se régénérer et de se revigorer.

En effet en 1140, des tribus Berbères Almohades islamisées et fanatisées dirigées par Abd el-Moumin ne laissent aux Chrétiens et aux Juifs dans toute l’Afrique du Nord et une partie de l’Espagne que le seul choix entre l’apostasie ou le martyr avec interdiction faite aux Juifs convertis de ne se marier qu’entre eux !

Le traité d’Omar instituant la dhimmitude qui tolérait les gens du livre à vivre en terre d’Islam moyennant de lourds impôts et un statut d’infériorité est abrogé sous prétexte que le Messie n’étant pas revenu 5 siècles après Mahomet pour les Chrétiens et pas apparu pour les Juifs, rendait ainsi caduque le pacte d’Omar.

Et un crypto-judaïsme apparut, comparable au marranisme qui devait apparaitre deux siècles plus tard dans la péninsule ibérique.

Les Chrétiens disparaissent

A la chute des Almohades, la présence Chrétienne avait complètement disparu en Afrique du Nord, alors que la plupart des anciennes communautés Juives revinrent au judaïsme à l’exception d’une partie de celle de Fès au Maroc et celle de Sfax en Tunisie.

Les conquêtes des Almohades accompagnées par des persécutions éprouvèrent durement le judaïsme nord-africain. L’apostasie et le martyre blessèrent gravement les corps mais plus encore fut la blessure des âmes.

Suivant le conseil de Maimonide, de nombreux penseurs rabbins et des familles influentes quittèrent alors le Maghreb pour s’installer en Italie, en Egypte et en Orient.

Privées de cet encadrement les populations Juives se trouvèrent ainsi démunies de leurs guides spirituels, une ère de décadence commençait, même si une majorité d’apostats revinrent par la suite à leur foi ancestrale.

Mais heureusement, ces communautés Juives du nord de l’Afrique, grâce aux expulsions des Juifs d’Espagne au 14ème et 15ème siècle furent renforcées par les influences Espagnoles déjà présentes depuis des siècles par les liens étroits cultuels et culturels, des chants des traditions fort semblables, mais aussi linguistiques et économiques existant entre ces deux contrées voisines l’Espagne et le Maghreb.

Les étudiants maghrébins allaient depuis toujours suivre leurs études dans les yeshivot espagnoles, de même que les maîtres espagnols, comme le fit Maimonide, venaient apprendre ou enseigner dans les écoles nord-africaines.

L’arrivée des Juifs Espagnols devait faire de ces communautés juives d’Afrique du nord les héritières naturelles du judaïsme sépharade.

Le décret d’Isabelle la catholique

Quand en 1492, Isabelle la catholique acheva la reconquête de toute l’Espagne après la chute de Grenade et du dernier royaume musulman d’Andalousie, elle institua le 31 mars 1492 le décret de l’Alhambra qui laissait aux Juifs d’Espagne 4 mois jusqu’au 31 juillet pour choisir entre la conversion ou l’exil, car selon elle ,la présence du judaïsme en Espagne empêchait les Juifs convertis après 1391 d’être de bons chrétiens car beaucoup de ces marranes pouvaient être tentés de revenir au judaïsme par la présence de Juifs, d’où l’installation des tribunaux de l’inquisition et l’expulsion de tous les Juifs refusant le baptême.

Avant la découverte de l’Amérique par le Marrane Christophe Colomb, dont la famille Juive originaire du nord-ouest de l’ Espagne en Galicie se convertit en 1391 et s’exila ensuite en Italie à Gênes, le découvreur de l’Amérique sollicita les souverains espagnols Isabelle la catholique et Ferdinand, pour financer son expédition afin de découvrir une nouvelle route des Indes.

Quand ils refusèrent c’est le ministre de l’économie, le marrane Luis de Santangel et d’autres riches Marranes qui permirent ce voyage avec le secret désir que Christophe Colomb découvre un nouveau pays pour accueillir les marranes et les Juifs persécutés.

Afrique du Nord, le refuge pour les Juifs

C’est donc en Afrique du nord avant la découverte de l’Amérique, qu’affluèrent les réfugiés Espagnols qui n’avaient pu trouver un refuge provisoire au Portugal.

L’installation de « ces porteurs de bérets » n’alla pas sans heurt avec les communautés Juives locales installés depuis plus de 15 siècles au Maghreb.

Les nouveaux venus amenaient avec eux, une civilisation, une mentalité, des connaissances différentes de celles du milieu autochtone : d’un côté des influences chrétiennes, de l’autre une longue osmose avec le milieu musulman.

Ceci devait marquer les différences profondes entre ces deux éléments du judaïsme désormais juxtaposé.

La supériorité évidente des Judéo-espagnols qui se manifestait aussi bien sur le plan intellectuel que commercial, devait les inciter à beaucoup de prudence grâce à la sagesse des rabbins espagnols qui accompagnaient les nouveaux arrivants.

Cette sagesse permit d’éviter les affrontements avec les Juifs autochtones repliés sur eux-mêmes, pénétrés de mœurs orientales et africaines et qui regardaient avec stupeur ces Juifs sortis d’un autre monde.

Au MAROC, l’unité du judaïsme fut cependant maintenue, les « porteurs de bérets » surent revêtir le turban et leur action ne fut que plus féconde.

Leur influence pénétra partout. Ils inspirèrent une renaissance des études dans les synagogues et dans les cités. Aussi leur rôle commercial fut prépondérant dans les échanges avec l’Europe et la diaspora marrane.

Ils s’imposèrent à tel point qu’ils absorbèrent presque entièrement l’élément Juif indigène. Tout le nord du Maroc adopta progressivement les coutumes des MEGOURASHIM (immigrés Juifs expulsés d’Espagne), tandis que dans le sud, les TOSHABIM demeuraient fidèles à leurs coutumes locales.

L’arbitraire pour les Juifs

A travers les heurts et les malheurs de l’histoire, quelques familles amassèrent cependant des fortunes considérables, tissant d’utiles liens commerciaux et diplomatiques à l’intérieur du pays et hors des frontières.

Certains Juifs occupèrent des hauts postes dans l’administration du royaume. A différentes époques, ils furent chambellans, conseillers des sultans, intendants, collecteurs d’impôts, trésoriers, exerçant même parfois des pouvoirs proches d’un vizir, mais régulièrement des émeutes anti juives troublaient la vie juive et le statut de dhimmi censé les protéger n’empêcha pas l’incessante persécution dont les Juifs furent les victimes.

En plus de l’interdiction qui leur est imposé de porter des armes, de ne pouvoir monter à cheval mais uniquement sur des ânes, de ne pouvoir construire leurs synagogues qu’en demi sous-sol, les Musulmans leurs crachent à la figure dans les rues, les battent, ne leur permettent pas de porter des chaussures, sauf pour quelques privilégiés admis chez le sultan et qui sont alors autorisés à porter des sandales sommaires.

Car les Juifs doivent toujours se présenter aux autorités pieds nus. Ils sont également obligés de porter des turbans noirs, ainsi qu’une marque spécifique pour les distinguer des autres habitants.

L’arbitraire règne et le sultan peut à sa guise déposséder un Juif qui s’est enrichi ou attenter à sa vie si bon lui semble. A cela s’ajoutent les incursions espagnoles et portugaises qui en priorité s’attaquent aux Juifs encore plus gravement qu’a la majorité musulmane.

Et des Juifs sont ainsi massacrés ou réduits en esclavage en 1510 à Tripoli, en 1541 à Alger, en 1578 à Tétouan ou à Tunis lors de la prise de la ville par Charles Quint.

Lire la suite Pierre Mamou pour Coolamnews. Février 2020

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