Johnny Hallyday: la fin d’un culte, le début d’une religion ?

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Comme Jésus et Elvis, il était un prénom. Johnny Hallyday fait l’objet d’un culte, qui, tout à la fois, force le respect et effraie un peu.

Pour preuve, l’immense ferveur lors de son « hommage populaire » qui a rassemblé entre 800.000 et 1 million de personnes, selon la préfecture de police, ce samedi. Une dernière « communion » entre les fans et l’artiste, commentera en direct sur France 2, l’éditorialiste Franz-Olivier Giesbert. Johnny a été et restera probablement le seul artiste français à avoir suscité une telle dévotion. Johnny, la fin du culte, ou le début d’une religion ?

>> «Croyant mais pas pratiquant», retour sur Johnny et la religion

Sur RTL, mercredi 6 décembre, son ami, le réalisateur Claude Lelouch a fait part de sa conviction : « Si le public s’est jeté sur lui, c’est qu’il y a, chez lui, du divin ». Celui que l’on surnomme rapidement « l’idole des jeunes » a quelque chose de la « figure christique », comme l’a rappelé Franz-Olivier Giesbert sur France 2 ce samedi.

Une sorte de Christ un peu rock’n’roll

Johnny est une sorte de Christ un peu rock’n’roll, à l’image de l’imposante croix avec un Jésus portant une guitare électrique qu’il arborait autour du cou. Comme Jésus, Johnny a transmis un message d’amour. « Amour » et « aimer » sont les mots les plus fréquents dans sa discographie.

« Dans le répertoire, le mot amour revenait sans cesse. J’avais parfois la sensation d’être dans un groupe de rock chrétien. Les gens venaient le voir pour se faire du bien. Lui souffrait sur scène pour eux. Il y avait quelque chose de christique dans ces shows ; ce qui l’embarrassait sans doute. Il n’était pas cynique ; il avait d’ailleurs un trac terrible avant de monter sur scène », confiait mercredi dernier Fred Jimenez, bassiste de Johnny Hallyday de 2011 à 2015, à La Tribune de Genève.

Johnny est une sorte de martyr. « C’est un héros qui en a pris plein la gueule », a pour sa part résumé Franz-Olivier Giesbert sur France 2 ce samedi, un enfant abandonné, « pas aimé, mal aimé, abandonné, trahi ».

Le chanteur, qui va « foutre le bordel au paradis »

Cette cérémonie « raconte qu’il y a avec Johnny, un homme qui a su dépasser les clivages, qui a su rassembler […] C’est l’homme qui a donné, à plusieurs générations maintenant, ce symbole de l’unité, du rassemblement, là où il y a affrontement, il y a un homme qui prône la paix, le rêve, l’amour, c’est ça Johnny », a enchaîné Jean-Louis Debré. « Cet homme est très pur, très bon, très malheureux et très modeste », a lancé en direct sur ce même plateau Colombe Pringle, ancienne directrice de la rédaction de Point de Vue. Le chanteur, qui va « foutre le bordel au paradis », « allait vers les plus pauvres », a confirmé devant l’église de la Madeleine le prêtre catholique et rockeur Guy Gilbert.

Ce n’est pas un hasard si Johnny inspire à Philippe Labro la chanson Jésus Christ en 1970 qui disait « S’il existe encore aujourd’hui/il doit vivre aux Etats-Unis/Il doit jouer de la guitare ».

« Je suis mort et ça ne m’a pas plus », plaisante Johnny ressuscité

« Je suis mort et ça ne m’a pas plus », disait Johnny Hallyday, après son coma en 2009. Johnny a frôlé la mort à plusieurs reprises, comme lors de sa tentative de suicide le 10 septembre 1966. Et Johnny a même en quelque sorte ressuscité pour ses fans. « Laeticia m’a raconté tout l’amour que les gens m’avaient donné pendant ce moment d’absence et ça m’a donné la force, l’envie de revenir. J’avais écrit une lettre pour remercier mon fan-club de son soutien, sans lui j’aurais eu beaucoup plus de mal à m’en sortir, je le remercie, il a été pour beaucoup dans ma guérison* », raconte le chanteur au 20 heures de TF1 le 27 février 2011 à propos de son coma en 2009.

C’est pourquoi le jour de sa mort, Line Renaud dira au micro de RTL : « On a l’impression qu’il était immortel ».

>> A lire aussi : VIDEO. Hommage à Johnny: Line Renaud, Bruel, Labro… Retour sur les phrases les plus fortes de la cérémonie

Pour ses fidèles, « Johnny est notre religion »

« Tout ce qu’il fait on le fait. Partout où il va on y va. On a des milliers d’articles sur lui. Il représente notre raison de vivre, sans lui on n’aurait aucun but dans la vie. C’est un dieu, c’est notre religion* », racontait un fan à l’ORTF dans l’émission Un roi triste en 1966.

Johnny Hallyday a été adulé par ses fans. « Je n’ai pas de religion, pas de croyance, mon Dieu à moi, c’est Johnny […] Ce regard bleu transparent, insoutenable, cette façon de prendre des risques, ça ne s’explique pas, c’est le héros sans tache, un phénomène étrange venu d’ailleurs* », racontait déjà au Parisien, Patrick, 15 septembre 1990.

« Pour un ultime moment passé avec celui qu’il appelle son dieu. Il a ce matin enfourché sa moto et va traverser la France braver la pluie le vent et peut être la neige. Mais il sera là samedi pour lui dire Adieu assister à sa dernière sortie de scène », écrivait encore Alain à 20 Minutes ce jeudi.

Le fan de Johnny ne fait pas qu’écouter Johnny, il vit Johnny

Les fans de Johnny sont prêts à tout pour leur idole. Pour assister à son concert à Las Vegas, ils se sont endettés. Le fan de Johnny ne fait pas qu’écouter Johnny, il vit Johnny, collectionnant les disques, les objets dérivés et les reliques.

« J’ai réussi à avoir une cravate à l’Olympia, il me l’avait donnée. Puis on me l’a fauchée… Je l’avais gardée et je ne l’avais pas lavée. Elle est restée mouillée pendant deux jours* », relate un fan à l’ORTF dans l’émission Un roi triste en 1966. « Il y a un côté sacré sur scène, l’artiste se donne au public, le costume fait parti du rituel. La mèche de cheveu et les éléments du costume sont des reliques », commente pour 20 Minutes Delphine Pinasa, directrice du Centre national du costume de scène.

Le jour de son hommage populaire, les fans achetaient des badges à l’effigie de l’icône, comme on achète des médailles en pèlerinage à Lourdes.

Ses apôtres, « les fans absolus vont vouloir témoigner »

« Une autre vie va commencer pour Johnny, celle de la postérité, celle de l’histoire, qu’est-ce qui va rester de Johnny ? », s’interrogeait samedi sur France 2 Jean-Louis Debré. « Il restera comme le marqueur d’une époque essentielle, le passage d’une civilisation à une autre civilisation », estimait-il. La « Johnny mania » pourrait bien devenir une nouvelle religion comme l’«Elvis mania », qui a encore rassemblé quelques 50.000 fidèles pour le quarantième anniversaire de sa mort.

« Elvis a vendu plus de disques depuis sa mort que de son vivant, rappelle Jean-Marc Folliet, responsable du label et de la boutique Culture Factory. Je pense que cela va être pareil pour Johnny. » « Ceux qui l’aiment bien vont continuer à perpétuer son culte et ceux qui sont passés à côté vont vouloir le découvrir. » Et l’idole des jeunes sacrifiée, devenue une entité supérieure, de gagner de nouveaux fidèles tandis que ses apôtres, « les fans absolus vont vouloir témoigner », et le prieront jusqu’à la mort, avec, pour signe de croix, les deux poings croisés.

* Cette citation est extraite de Paroles de Johnny de Stéphane Deschamps et Frank Margerin (Chronique Editions).

www.20minutes.fr

La Croix : De nombreuses tombes de célébrités sont devenues de véritables lieux de pèlerinage. Cela relève-t-il d’un phénomène proprement religieux ?

Gabriel Segré : La dimension religieuse est indéniable, mais pas exclusive. Graceland où est enterré Elvis Presley, aux États-Unis, Danemois où repose Claude-François, sont à bien des égards des lieux de pèlerinage, mais aussi de tourisme, de mémoire et d’histoire culturelle. On y observe des comportements et usages très variés : consommation, recueillement, visite touristique ou pédagogique, hommage commémoratif… Le divertissement de masse se mêle étroitement à la dévotion pieuse. On retrouve aussi toute la palette des émotions : du recueillement à la célébration festive, en passant par la frénésie, la tristesse, la joie… Lire la suite

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