Islamisme à l’école: les vérités sans fard d’un ancien principal de collège

Par Marie-Estelle Pech

Source : Le Figaro

INTERVIEW – Dans un livre coup de poing Principal de collège ou imam de la République ?, Bernard Ravet décrit l’emprise du religieux dans les établissements scolaires des quartiers nord de Marseille.

Retraité de l’Éducation nationale depuis 2013, ancien principal dans trois des collèges les plus «difficiles» de Marseille, Bernard Ravet livre un témoignage sur la montée du religieux (1). Et sur la réponse peu efficace de l’institution: «Il faut en finir avec la loi du silence qui pèse sur l’impact du religieux dans certains établissements», écrit-il. Le fanatisme «frappe à la porte de dizaines d’établissements, (…) imposant ses signes et ses normes dans l’espace scolaire, dans les cours de récréation, les cantines, les piscines».

LE FIGARO. – Pourquoi avez-vous attendu d’être à la retraite pour décrire votre quotidien dans des collèges difficiles?

Bernard RAVET. – Je me suis longtemps tu en raison du devoir de réserve du fonctionnaire. Désormais, je suis libre. On a beaucoup de théoriciens de l’éducation qui parlent des difficultés des établissements, mais peu de documents décrivent notre quotidien. Je n’aurai pas été à l’aise, en poussant ce coup de gueule, d’être encore en fonction dans l’institution. Je ne souhaitais pas stigmatiser les établissements que je dirigeais, en aggraver la réputation peu flatteuse. J’avais le souci de protéger les élèves et les familles qui résistaient majoritairement aux coups de boutoir du fanatisme. Je craignais, aussi, d’être accusé d’islamophobie ou de racisme.

«Dans les collèges où 90 % des élèves sont musulmans, de plus en plus de filles arrivent voilées, des élèves contestent la théorie de l’évolution. La fracture grandit entre garçons et filles»

Bernard Ravet

Alors que vous étiez surtout confronté à des problèmes de violence, un nouvel adversaire s’ajoute, peu après le 11 septembre 2001: Dieu.

La première difficulté dans ces collèges d’éducation prioritaire, c’est l’immense misère et l’inégalité qui y règnent. La mixité sociale y est absente. Peu à peu, on a assisté à un retour à la religion, via certaines associations d’accompagnement social dans les quartiers sensibles. La nature a horreur du vide. Dans la majorité des établissements, mixtes socialement, cela ne pose pas de problèmes. Mais dans les collèges où 90 % des élèves sont musulmans, de plus en plus de filles arrivent voilées, des élèves contestent la théorie de l’évolution. La fracture grandit entre garçons et filles. On doit les séparer en cours d’éducation sexuelle. Certaines filles ne participent plus aux cours de natation. Il ne s’agit pas pour moi de dénoncer l’islam en tant que tel mais de tenir bon quand le discours d’un certain islam le rend incompatible avec les valeurs de la République. Comme avant 1905, l’école doit affirmer sa laïcité. En cela, je me définis comme un imam de la République.

Votre lieu d’observation le plus significatif, c’est la cantine…

Elle se situe à l’intersection entre ma fonction de directeur d’ONG pédagogique et cette fonction d’imam de la République. Pour beaucoup d’enfants en très grande pauvreté, le repas de midi est le seul de la journée. Les collectivités locales font d’ailleurs alors un effort financier important pour que les repas ne coûtent presque rien aux familles. Pourtant, on se rend compte, peu à peu, que certains ne mangent rien parce que la viande n’est pas abattue rituellement. Vers 2005, les élèves qui ne font pas le ramadan se font malmener!

J’ai même le cas d’une professeure issue de l’immigration, non croyante, houspillée par des élèves car durant le jeûne, elle continue à manger à la cantine. Si en 2000, la moitié des élèves respectaient le ramadan, en 2013 nous étions à 90 % ou 95 % de pratique. En conseil d’administration, un parent d’élève en vient à me demander, en toute bonne foi, pourquoi on ne peut pas mettre à la cantine de la viande halal, comme à l’hôpital! Marginal en 2000, ce refus de manger de la viande non halal était devenu la norme en 2013, lorsque j’ai quitté le collège Izzo. Il n’a jamais été question de proposer de la viande halal mais nous tenions compte de cette contrainte. Lorsque nous servions de la viande, nous prévoyions donc aussi des œufs, du poisson, des féculents. De quoi composer une assiette nourrissante qui n’allait pas finir à la poubelle…

«À l’époque, je demande à une mère d’excellentes élèves, très impliquée dans la vie du collège, pourquoi elle s’est mise à se voiler: “Pour ne plus être embêtée dans le quartier”, me dit-elle»

Bernard Ravet

Autre symptôme de cette montée des signes religieux, le voile chez les jeunes filles devient plus courant.

On commence avec trois ou quatre filles voilées et on finit avec une trentaine. Cela reflète ce qui se passe dans le quartier. À l’époque, je demande à une mère d’excellentes élèves, très impliquée dans la vie du collège, pourquoi elle s’est mise à se voiler: «Pour ne plus être embêtée dans le quartier», me dit-elle. La pression sociale est forte. Si la plupart des jeunes filles se découvrent avant d’arriver à la porte, une poignée tente de forcer le passage, de retarder au maximum le moment d’enlever leur voile, de pénétrer d’un mètre dans l’enceinte du collège. C’est une bataille quotidienne. Mais le problème, ce ne sont pas ces seuls voiles visibles mais surtout ceux qui sont transparents: les frères, même cadets, considèrent qu’ils doivent contrôler leurs sœurs aînées et les éduquer. Et ces dernières sont convaincues d’être inférieures aux garçons!

Vous avez pris la décision de refuser l’inscription d’un élève juif et de l’envoyer dans un établissement confessionnel. N’est-ce pas un aveu d’échec?

Resté une semaine dans mon établissement, un journaliste s’était entendu dire par les élèves qu’il ne risquait pas de rencontrer des Juifs dans l’établissement «parce qu’ils se cachent». Des propos qui frisent l’antisémitisme. J’ai conseillé à cette mère qui venait d’Israël et dont le fils parlait français avec un accent à couper au couteau de le mettre dans un collège juif. J’aurais pu l’accepter. Il en aurait souffert inutilement. Obligé de dire d’où il vient, il se serait fait laminer. Pour moi, le laïc, c’était une décision très difficile à prendre. J’ai pris mon téléphone pour trouver une place dans un collège juif marseillais qui était déjà plein.

«Merci de nous avoir informés, répondra le rectorat, mais ce monsieur a signé un contrat pour six ans, on ne peut rien faire»

Bernard Ravet

Pis encore, vous vous rendez compte que votre «meilleur surveillant» est aussi un prosélyte.

Pendant un cours d’instruction civique en cinquième, le jeune Mustapha, un bon élève, soutient face à la professeure d’histoire-géographie médusée que l’homme et la femme ne sont pas égaux, qu’il est normal de lapider une femme adultère, tout comme de couper la main d’un voleur. Il affirme l’avoir lu dans un livre distribué à la mosquée. Ce livret de vingt pages qui promeut la charia et détaille les crimes des «mécréants» vient de la mosquée d’Abdel, un surveillant du collège très efficace, qui sait tenir une permanence avec 50 élèves sans que ça bronche.

Toujours partant pour remplacer un collègue absent. C’est mon meilleur surveillant, un homme intelligent, méritant qui avait une maîtrise de sciences physiques. C’est lui qui distribue à la mosquée ce livret publié en Arabie saoudite et interdit en France par la loi de 1948. «Merci de nous avoir informés, répondra le rectorat, mais ce monsieur a signé un contrat pour six ans, on ne peut rien faire.» Les RG, que je contacte, me révéleront que l’individu est sous surveillance depuis six mois. Cet homme, à l’influence importante, serait aujourd’hui fiché S. Il a fallu que je me débrouille seul. J’ai organisé une réunion sur l’égalité entre les hommes et les femmes lors de laquelle nous avons distribué le livre aux professeurs qui sont tombés de haut. Méfiant, le surveillant a fini par partir de lui-même.

Vous avez manqué de soutien de la part de votre hiérarchie…

Le rectorat est démuni en 2004 car il découvre, comme nous, cette réalité. Les seuls qui savent, ce sont les gens des renseignements généraux. Mais rien ne se passe car à l’époque, l’ambiance, c’était «surtout pas de vagues». Face à ces problèmes récurrents, je demande à un ami inspecteur, Jean-Pierre Obin, de venir dans mon collège. Il écrivait un rapport sur «les signes et manifestations d’appartenance religieuse dans les établissements scolaires» et m’a largement cité. J’ai fait mon travail en le sollicitant. Pourtant, localement, ce qui préoccupait surtout l’inspection d’académie, c’était que je sollicite l’inspection générale sans passer par l’échelon intermédiaire. Quant à ce rapport, il a été longtemps ostracisé, dénigré ainsi que son auteur, qui a quasiment été accusé d’islamophobie! L’institution préférait mettre la poussière sous le tapis alors que dès 2004, Jean-Pierre Obin décrit fort bien la montée du fait religieux dans les écoles.

«Quel sens a notre travail sur la laïcité alors que les politiques, par banal clientélisme électoral, manifestent une telle complaisance à l’égard du religieux?»

Bernard Ravet

Ce déni a-t-il toujours cours aujourd’hui?

Je pense que les attentats de 2015 ont constitué un vrai tournant. Le refus de respecter la minute de silence en hommage aux victimes, dans de nombreux établissements, a dessillé les yeux des responsables politiques. Les incidents remontent de façon plus systématique, des formations ont été lancées. Ceci dit, quand je vois la mairie de Marseille inaugurer une mosquée d’obédience tabligh, qui a pour finalité la réislamisation du peuple, je déchante. De même quand l’État accepte de mettre sous contrat un collège privé musulman créé pour permettre aux familles d’y mettre leurs filles voilées. Quel sens a notre travail sur la laïcité alors que les politiques, par banal clientélisme électoral, manifestent une telle complaisance à l’égard du religieux?

«Nous avons besoin de professionnels hybrides qui se vivent autant comme des travailleurs sociaux que comme des enseignants»

Bernard Ravet

Faut-il former différemment les professeurs?

J’avais les moyens en ZEP. Ce sont les compétences qui nous faisaient défaut. J’expliquais au directeur de l’IUFM local qu’il m’offrait des «dermatologues» alors que j’avais besoin de «médecins du Samu». Il faut une reconnaissance de ce métier particulier, certainement un recrutement spécifique en ZEP. Recrutons des enseignants, non seulement pour ce qu’ils savent mais pour ce qu’ils savent faire, pour leur sens de l’engagement. Nous avons besoin de professionnels hybrides qui se vivent autant comme des travailleurs sociaux que comme des enseignants.

Où réside l’espoir?

Il passe beaucoup par les filles. Devenir bonne élève constitue leur seul moyen d’émancipation. Or, on a beaucoup de mal à faire comprendre aux familles qu’une fille puisse aller au-delà du bac ou faire une seconde générale alors que le frère s’est arrêté au bac professionnel ou au CAP. Lorsqu’on se bat et qu’une première fille part à la fac, cela a un effet d’entraînement très positif pour toute la fratrie. Et l’espoir c’est aussi et surtout tous ces enseignants ultramotivés que l’on rencontre dans ces collèges, ces hussards noirs de la République sans qui je n’aurai rien pu faire.

(1) Principal de collège ou imam de la République?, de Bernard Ravet avec Emmanuel Davidenkoff. Éditions Kero. Parution le 23 août 2017.

Cet article est publié dans l’édition du Figaro du 31/08/2017

4 Commentaires

  1. Monsieur, ce témoignage d’un principal de collège à la retraite, est sans intérêt.
    Pourquoi?
    Il essaie de cacher sa lâcheté, sous couvert de  » devoir de réserve » d’un fonctionnaire.
    Autrement dit, pendant toutes ces années où il fallait avoir le courage de dénoncer l’islamisation dans les collèges et lycées de France,
    ce M. Ravet a laissé faire, s’assurant ainsi la tranquillité d’esprit des conformistes, un avancement régulier d’échelon en échelon ( avec l’argent qui
    va avec), et l’intégrité physique qui aurait bien pu se voir atteinte, s’il avait résisté.
    Je me permets de vous expliquer cela, car, dans ce milieu, j’ai fait l’inverse. Il faut se représenter que , dans ce cas, vous avez, contre vous:
    principaux, parents d’élèves ( pas tous), des élèves manipulés qui intimident et menacent les autres.; Et vos collègues gauchistes.
    Les conséquences se paient pendant, et après! financières, bien sûr, en santé, aussi.
    Du moins avez-vous la conscience d’avoir agi dans l’honneur, pour le bien du plus grand nombre, et pour votre pays.

  2. Surveillant d’externat au debut des années 80, j’ai abandonné l’idée de devenir enseignant car déjà on pouvait prévoir tout cela avec une volonté politique de détruire ce joyau que la France avait: « l’education nationnale ».
    Sur le pupitre devant la synagogue de Carpentras, la plus vieille de France est ecrit: » leur religion les oblige a s’instruire…… », aujourd’hui, malheureusement, le fossé entre l’education juive et l’ecole se creuse.
    Place a la médiocrité, l’ignorance et le revisionniste, les fachistes veulent nous refaire du monde leur enfer.

  3. Tant mieux! qu’ils demeurent dans l’obscurantisme le plus total, c’est tout benef pour nous.

    1400 ans de consanguinité, de maladie congénitale, cela se respecte.

    • Il y a de quoi être sidéré par « l’obscurantisme » dans le cerveau de certains intervenants sur ce site, qui sont d’une indigence à pleurer et ne comprennent rien aux sujets évoqués. Et d’emprunter le totem d’une lumière du Judaïsme pour se croire pousser des ailes…

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