‘Chad Gadya’, première chanson pour enfants?

Le but de la Haggadah est d’accomplir l’important commandement «et tu raconteras à ton fils» (et à ta fille, pourrions-nous ajouter) l’histoire de l’Exode.

Pour la plupart des lecteurs profanes modernes peu familiarisés avec le style énigmatique midrashique de nos Sages, la Pâque Haggadah est un texte plutôt enigmatique.

La décision de conclure l’ouvrage par un poème liturgique obscur sur une étrange petite chèvre ne fait qu’accroître le sentiment de confusion chez les lecteurs. Il est possible que la source de cette chanson étrange réside dans le désir de maintenir l’intérêt des plus jeunes participants jusqu’à la fin du Seder, qui est traditionnellement une longue affaire.

Le but de la Haggadah est d’accomplir l’important commandement «et tu raconteras à ton fils» (et à ta fille, pourrions-nous ajouter) l’histoire de l’Exode.

Ainsi, les jeunes garçons et filles sont au centre du texte de la Pâque Seder et la Haggadah est remplie de divers rituels et passages visant à garder les plus jeunes participants du Seder alertes et intéressés: ce sont les enfants qui posent les quatre questions traditionnelles en se renseignant sur les coutumes étranges de la soirée.

Ce sont eux qui recherchent l’Afikoman et surveillent l’arrivée du prophète Élie. Chad Gadya, la chanson finale, avec ses animaux et autres personnages fantastiques, représente quelque chose que les enfants attendent avec impatience.

Pour cette raison, certains érudits ont couronné Chad Gadya comme la première chanson pour enfants connue – ou au moins l’une des plus anciennes.

Nous n’avons évidemment aucune information sur des chansons qui n’ont pas été consignées par écrit et qui ont été chantées par les parents à leurs enfants au cours des milliers d’années d’histoire humaine – il doit y en avoir beaucoup.

Mais dans «Chad Gadya», nous rencontrons, probablement pour la première fois, une chanson qui a été spécifiquement écrite et imprimée dans un souci d’édification des enfants.

Vous pouvez très bien connaître la chanson par cœur et peut-être même fredonner en lisant, mais examinons de plus près ses attributs.

Chad Gadya est ce qu’on appelle une chanson cumulative, ce qui signifie que dans chaque verset progressif, un nouvel élément est ajouté à la liste des éléments du verset précédent. Vous connaissez probablement des chansons de ce type.

Par exemple, «Old MacDonald Had a Farm», «The Twelve Days of Christmas», et la chanson qui précède «Chad Gadya» dans la Haggadah, «Echad Mi Yodea?» (« Qui en connaît un? »). La répétition et le refrain familier rendent ce genre de chansons particulièrement populaire auprès des enfants.

Que pouvons-nous apprendre d’autre d’un rapide coup d’œil à la chanson? Bien que la langue semble être l’araméen, la chanson est en fait pleine d’erreurs grammaticales, et elle contient également des mots hébreux, suggérant que l’auteur ne parlait pas couramment l’araméen et qu’au moment de son écriture, l’araméen était n’est plus une langue parlée.

C’est peut-être aussi un indice sur le moment où la chanson a été écrite. L’apparition de la chanson dans la Haggadah remonte au 15e ou 16e siècle, et des versions antérieures de celle-ci peuvent avoir été écrites dès le 14e siècle.

La chanson est apparue pour la première fois dans la Haggadah de Prague au XVIe siècle. Une première version du poème liturgique (piyyut), en araméen impeccable, a été retrouvée dans un manuscrit qui a ensuite été ajouté au livre de prières de la communauté provençale en France.

La formulation est quelque peu différente de la version que nous chantons aujourd’hui (par exemple, une souris apparaît dans certaines des versions trouvées dans la région de la France moderne).

On suppose que les Juifs qui ont fui la France après la grande expulsion de 1306, ont apporté le poème liturgique avec eux dans les communautés de la région d’Ashkenaz (Allemagne moderne et Europe du Nord), et de là, il a trouvé son chemin dans la Haggadah. Ce n’est que plus tard que la chanson a également atteint les Haggadot des communautés séfarades en Espagne et au Moyen-Orient.

Mais quelle est l’origine du poème? Les motifs sont-ils une invention juive? Comme on pourrait s’y attendre dans le cas d’une chanson folklorique ancienne, nous n’avons pas de réponse définitive à ces questions.

Des motifs similaires apparaissent dans de nombreuses chansons du monde entier. Dans son article sur Chad Gadya, Uriel Ofek mentionne des motifs similaires dans des histoires du Japon, de la Grèce et jusqu’en Amérique du Sud.

On peut trouver des contes comparables en russe et en français, et certaines versions en langue allemande utilisent même la formule «Chad Gadya». Fait intéressant, une chanson de conte de fées des frères Grimm, «La poire ne veut pas tomber», a une ressemblance remarquable.

Dans cette chanson, un propriétaire foncier envoie un paysan nommé Jockli secouer une poire d’un arbre. Après le refus de Jockli, un chien est envoyé pour le mordre. Lorsque le chien refuse, un bâton, de l’eau, un taureau et un boucher sont envoyés successivement,

LES SECRETS DE HAD GADYA

le 08.04.2020

Le soir du Seder de Pessah, après avoir lu le récit de la sortie d’Egypte, après avoir répondu aux questions posées par les enfants et les convives et être venus à la rencontre de ceux pour lesquels tous ces signes – évoqués pendant le récit – restent énigmatiques, après avoir bien mangé et bien bu, vers les dernières pages de la haggada figure le texte que tous les assistants ont coutume de chanter avec entrain bien que son sens ne soit pas forcément compréhensible puisqu’écrit en araméen.

HAD GADYA signifie : un agneau ou guedy ehad en hébreu…. Que signifie ce texte ? Nous nous proposerons ici de dévoiler le sens caché de ces paroles :
En résumé l’histoire est celle d’un enfant dont le père achète un agneau à son fils pour le prix de deux piécettes (en araméen : tré zouzey). Mais, voici que (à peine l’agneau acheté), survint un chat qui dévora l’agneau.

Le récit continue par une suite de fâcheux incidents : le chat qui dévora l’agneau fut mordu par un chien, lequel fut battu par un bâton, ce dernier fut brûlé par un feu et l’eau éteignit le feu mais l’eau qui éteignit le feu fut bue par un bœuf qui passait par là et le bœuf fut rattrapé par un shohet qui abattit le bœuf, et, le shohet fut confronté à l’ange de la mort lequel fut éliminé par le Saint Béni soit IL..

Il est clair que ce chant est allégorique et que son sens véritable est caché aux yeux de la plupart d’entre nous, sinon, ce chant aurait-il perduré et eût-il été transmis ainsi de génération en génération ?

Le Gaon de Vilna, écrivit ce qui, selon lui, serait le sens à donner à ce texte : chaque couplet ferait allusion à un personnage voire un événement de l’histoire du peuple juif. Ainsi :
L’AGNEAU ferait-il allusion au droit d’aînesse qui permettrait à son détenteur le droit/ devoir exclusif d’être le représentant devant le Créateur. Ce droit fut octroyé à Abraham qui le transmis à Itshak lequel droit d’aînesse devait appartenir à Jacob. Le rôle d’Abraham fut de construire un monde de hessed (bonté/vertu)et de justice et de foi en un Dieu Unique d’amour et de Paix.

       LE PERE : symbolise le père des 12 tribus : Jacob qui « récupéra » le droit d’aînesse d’Esaü.
LES DEUX PIECETTES (trey zouzey) : ce sont le plat de lentilles (haadom haadom hazé) et le pain qui l’accompagnait par lesquels la propriété du droit d’aînesse passa d’un frère à l’autre.
LE CHAT : cet animal symbolise la jalousie des frères par rapport à leur jeune frère Joseph. Jalousie qui entraîna la vente de Joseph par ses frères en tant qu’esclave à des Egyptiens ! Cette faute reviendra sans cesse au cours de l’histoire juive comme nous le verrons plus tard.
LE CHIEN : Le sens allégorique rattache le chien à l’Egypte où Joseph est arrivé en tant qu’esclave et lieu qui devint la terre d’exil des Enfants d’Israël terre dont ils ont été libérés par HASHEM au moyen de miracles et de prodiges.
LE BÂTON : C’est une allusion au bâton de Moïse…
LE FEU : Symbolise la soif des Bené Israël de paganisme et d’idolâtrie tant ils avaient été influencés par le milieu ambiant d’Egypte. Le feu peut aussi symboliser le mauvais penchant qui réside en nous et autour de nous.
L’EAU : Il s’agit ici des Hazal (Sages) qui ont réussi à lutter pour éliminer l’idolâtrie et avec elle cette tentation des cultes étrangers.
LE BOEUF : Allusion à l’empire romain (descendants d’Esaü) qui détruisit le deuxième Temple.
LE SHOHET : Il s’agit du Mashiah ben Yossef qui, d’après la Tradition, doit lutter contre nos ennemis de manière à nous permettre de gouverner dans notre pays sans l’ingérence de quiconque.
L’ANGE DE LA MORT : symbolise ici le fait que le Mashiah ben Yossef est mortel.
Et, lorsqu’il est écrit que le Saint béni soit IL détruit l’ange de la mort cela signifie qu’à la fin des temps, le Mashiah arrivera et tout sera tranquille.
Evidemment, on comprend mal au premier abord la présence d’une chanson mettant en scène un enfant, et une succession terrible d’évènements tels qu’ils jalonnèrent l’histoire du peuple juif. Le peuple juif relève parfois la tête et parfois il se trouve au tréfonds, mais en gardant un œil confiant vers un futur encourageant et prometteur pour peu que le peuple garde sa foi et sa loi.
Si l’auteur de ce texte est anonyme, d’après les « trey zouzey » il semble que la rédaction de ce texte remonte à l’un des exils (après le premier exil ou après le deuxième lorsque le peuple vivait à Babel et il est très clair que chaque mot est empli de secrets nous dépassant.

Il est important de rapporter ici une remarque faite par le Hida – Rabbi Hayim Yossef David Azoulay – à propos de ce chant qui est entonné dans toutes les communautés qu’aussi bien le Ari zal que le Ba’âl ha Rokeah qu’il est vivement recommander de considérer le texte de Had Gadya comme d’un texte d’une valeur cabalistique très importante et quiconque se gausserait de cette allégorie pourrait se trouver sous le coup d’un anathème car des générations entières l’ont chanté pour Pessah.

Caroline Elishéva REBOUH

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