Le Yahrzeit d’Eliezer Ben-Yéhouda, décédé le deuxième jour de Hannoukah 5683 (1922), il y a tout juste 95 ans, est l’occasion de revenir sur la figure exceptionnelle du père de l’hébreu moderne.
En Israël, l’anniversaire de Ben-Yéhouda est devenu aujourd’hui le « Yom ha-Safa ha-ivrit », le Jour de la Langue hébraïque.
En France, l’œuvre de Ben-Yéhouda est malheureusement un peu oubliée, aussi je voudrais attirer l’attention du lecteur sur un livre paru il y a quelques années et passé quelque peu inaperçu. Il s’agit de la traduction de l’autobiographie de Ben-Yéhouda et d’autres textes essentiels par Maurice Adad, publiée aux éditions L’Harmattan en 2004.
Je suis tombé sur ce livre un peu « par hasard », il y a quelques années, lorsque Georges Bensoussan m’a proposé de traduire en français « Le rêve et sa réalisation », l’autobiographie de Ben-Yéhouda, dont une partie avait déjà été publiée il y a plus de vingt ans dans une traduction de Gérard Haddad (malheureusement accompagnée d’une longue introduction psychanalytique qui orientait la lecture du texte d’une manière très réductrice, et disons-le, assez insupportable).
Cette traduction partielle a été depuis rééditée, en 1998, aux éditions Desclée de Brouwer.
Mais c’est Maurice Adad, juif algérien et enseignant d’arabe, d’abord au Maroc puis en France, qui prit l’initiative louable de traduire l’intégralité de l’autobiographie de Ben-Yéhouda, publiée en hébreu par l’institut Bialik en 1978 avec d’autres textes importants et une préface du linguiste israélien Réuven Sivan.
Cette traduction est parue en français en 2004 aux éditions L’Harmattan, avec l’aide de la fille de Maurice Adad, Anne-Marie Adad, qui relate les circonstances de cette publication dans sa présentation de l’ouvrage.
Il est un peu regrettable qu’un livre aussi important pour le public francophone ait été publié chez L’Harmattan et pas chez un éditeur plus prestigieux et mieux diffusé… On aurait pu imaginer par exemple que Ben-Yéhouda figure dans la collection Présence du Judaïsme d’Albin Michel, aux côtés de Ben Gourion. Mais les livres les plus importants ne sont pas toujours publiés chez les plus grands éditeurs, comme j’en ai fait l’expérience en publiant L’Histoire de ma vie de Jabotinsky).
Plutôt que d’évoquer la vie de Ben-Yéhouda, que l’on trouvera aisément sur Internet, je voudrais reproduire quelques extraits significatifs de son fameux texte « Une question importante », article paru en 1879 dans la revue hébraïque Ha-Shahar, qui expose les conceptions du jeune Ben-Yéhouda (alors âgé de 21 ans seulement!) et permet surtout de comprendre comment la renaissance de l’hébreu s’articule avec la renaissance de la Nation juive.
« Cependant, s’il est vrai que chaque peuple ou nation a le droit de défendre et de protéger son caractère spécifique afin que son nom survive et se perpétue sous les cieux, n’aurions nous pas, nous aussi, les Hébreux, selon une saine logique, le même droit ? Car pourquoi notre part serait-elle moins belle que celle des autres peuples ? En quoi leur sommes-nous inférieurs ?
Hélas ! Ce qui est juste selon le simple bon sens ne l’est pas aux yeux de la philosophie et, cette fois encore, touchant cette question, nous sommes condamnés à la voir s’opposer au sens commun. « Les Hébreux ont cessé d’être un peuple », affirme-t-elle par la voix de ses grands maîtres, « la nation juive n’est plus, seuls la religion juive et ses adeptes survivent, c’est pourquoi seule l’assimilation assurera dans l’avenir le bonheur des fidèles de cette religion ».

Cette doctrine détestable et perverse a déjà été combattue par Smolenskine (P.I.L le rédacteur du journal Ha-Shahar) dans ses inestimables ouvrages et c’est en des termes brûlants d’un amour ardent pour son peuple qu’il montra, de la façon la plus claire, le mal qu’elle nous a fait en Allemagne, pays de celui qui en fut le père (P.I.L Eliezer Ben-Yéhouda fait ici apparemment allusion au philosophe Moïse Mendelsohn), et le mal qu’elle continuera à nous faire, si nous ne lui barrons pas la route…
…Pourtant nous avons un grand avantage, nous les Hébreux, car nous avons une langue dans laquelle nous pouvons écrire dès maintenant tout ce qui vient à l’esprit et dont nous pourrions nous servir même pour parler, si seulement nous en avions le désir. Et si beaucoup d’entre nous dédaignent la langue de ‘Ever, si nombre d’entre les fils de notre peuple ne savent même pas lire l’hébreu, à qui la faute ?
Certes, ce n’est la première fois que notre peuple vit dans l’exil… Déjà à Babylone, nombreux étaient ceux – qui se plaisaient pourtant dans leur terre d’exil – qui s’écriaient « Nos os sont desséchés, notre espoir est perdu, tout est fini » (Ezéchiel, 37-11). Mais les prophètes d’Israël, comme le Second Esaïe et Ezéchiel, portés par une inspiration puissante et un ardent amour pour leur pays et leur peuple, lancèrent ces paroles pleines de flammes : ces ossements connaîtront à nouveau la vie, Israël, à nouveau, reviendra et il fleurira comme le lis ! »
(…)
Si nous accomplissons notre tâche et si nous savons tenir bon, alors le salut d’Israël ne tardera pas à poindre. Eretz-Israël sera le centre vital du peuple tout entier, et ceux-là mêmes qui resteront en dehors du pays sauront que « leur peuple » vit sur sa terre et qu’il y possède une langue et une littérature ; une langue qui, elle aussi, fleurira et une littérature qui verra naître une foule d’écrivains, parce que, dans ce pays, la littérature saura honorer ceux qui la servent et devenir un art dans leurs mains, comme cela se voit partout dans le monde ».
On ne peut lire ces dernières lignes sans émotion, en percevant le caractère prémonitoire et quasiment prophétique du programme annoncé par Ben-Yéhouda, âgé de seulement vingt ans, à l’aube de sa vie et de sa carrière d’écrivain, de linguiste et de rénovateur de l’hébreu. A l’instar de Herzl, « Hozé ha-Médina » (le Visionnaire de l’Etat), Ben-Yéhouda fut bien « Hozé ha-Safa ha-Ivrit », le Visionnaire de la renaissance de l’hébreu, qui fut le préalable et l’instrument de la renaissance nationale juive en Terre d’Israël. יהיה זכרו בּרוך Que sa mémoire soit bénie !
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Comme l’avait annoncé le prophète
Dès son origine Israël entend cette parole: « Si… vous ne m’écoutez pas… Je vous disperserai parmi les nations… Votre pays sera désolé, et vos villes désertes » (Lév 26:14-33).
Les romains ont détruit la ville de Jérusalem et brûlé le temple, les habitants exilés et dispersés parmi toutes les nations. Le nom du lieu changé en « Palestine » pour enlever toute réalité à l’espérance d’Israël. La Parole est accomplie.
Les peintres, la photographie, la littérature… Nous ont laissé des témoignages concernant le pays dévasté. Jérusalem n’était qu’une bourgade abandonnée et pitoyable, elle n’était que ruines et désolation. Mark Twain en 1867 : « Pas un seul village dans la Vallée de Jezréel, rien sur 30 miles dans les 2 sens. 2 ou 3 petits groupes de tentes bédouines, mais pas une seule habitation permanente. On peut voyager pendant 10 miles sans rencontrer 10 êtres humains. Déserts sans âme qui vive, collines vides, ruine mélancolique de Capharnaüm, stupide village de Tibériade, enterré sous six palmiers. Nous arrivâmes à Tabor sans rencontrer âme qui vive tout au long du chemin. Nazareth est désolée, Jéricho est en ruine, Bethléem et Béthanie, dans leur pauvreté et leur humiliation, ces endroits n’abritent pas une créature vivante. Un pays désolé, dont la terre serait peut-être assez riche si elle n’était abandonnée aux mauvaises herbes. Une étendue silencieuse, triste. À peine y a-t-il un arbre ou un arbuste, çà et là. Même les oliviers et les cactus, ces fidèles amis d’un sol sans valeur, ont quasiment déserté le pays ».
Il y a encore les témoignages de Chateaubriand, Churchill, qui entre autres, ont visité cette terre, ils témoignent tous d’un paysage désert, incapable de soutenir une population.
Pour se faire entendre, les prophètes se sont donnés la vie dure. Ils ont soufferts et lutté en solidarité avec leur peuple puis, ils ont réconforté, annoncé un horizon meilleur… Quelques 700 ans avant notre ère, Le Dieu d’Israël fait une promesse par Esaïe: « En ce jour (l’expression se rapporte toujours au temps de la fin), le Seigneur étendra une seconde fois la main pour reprendre possession du reste de son peuple… Il rassemblera… et recueillera les dispersés de Juda des quatre coins de la terre » (Esaïe 11:11-12)
« Ainsi parle l’Eternel qui t’a créé Ô Jacob ! Celui qui t’a formé, Ô Israël ! Sois sans crainte car… Je ramènerai de l’Orient ta descendance et Je te rassemblerai de l’Occident. » (Es. 43:1 et 5)
« Je rassemblerai le reste de mes brebis de tous les pays où Je les ai chassées…» (Jérémie 23:3) « Je vous rassemblerai du milieu des peuples, je vous recueillerai des pays où vous êtes disséminés et Je vous donnerai le territoire d’Israël (Ezéchiel 11:17). « La Parole de l’Eternel me fut adressée en ces mots : Je les ai disséminés parmi les nations… Je vous retirerai d’entre les nations, Je vous rassemblerai de tous les pays et Je vous ramènerai sur votre territoire. » (Ez 36:19 et 24)… « Ainsi parle le Seigneur, l’Eternel : voici que j’ouvre vos tombes, Ô mon peuple, et je vous fais revenir sur le territoire d’Israël » (Ez 37:11-12).
Au lendemain de la déclaration d’indépendance d’Israël, six nations arabes sont en guerre pour détruire le peuple d’Israël. La plupart des observateurs pariaient sur le décès d’Israël dans les six mois. Le 14 mai 1948, l’Etat d’Israël est proclamé: « Qui a jamais entendu rien de tel ? Qui a jamais rien vu de semblable ? Un pays peut-il naître en un jour ? Une nation est-elle enfantée d’un seul coup?» dit le prophète plus de 700 ans avant notre ère (Es. 66:8). (Des rouleaux de ce livre d’Esaïe ont été trouvé cachés dans les cavernes de Qumran au moment où Israël déclarait son indépendance. Ces rouleaux ont été daté de plus de 200 ans avant notre ère.
Après 2000 ans d’exil, le peuple Juif est de retour! Jamais dans l’histoire des nations et des civilisations antiques cela ne s’est vu! On ne verra jamais la civilisation de l’Égypte antique, et autres: les Hittites, les Assyriens, les Mèdes, les Phéniciens, les Scythes, les Sumériens, les Séleucides, etc., refaire surface, se reconstituer et revenir sur leur propre terre, avec leur langue ancienne. Le peuple hébreu, a traversé les siècles et est de retour sur sa terre ancestrale! La reconstitution s’est fait à partir des Juifs issus de plus de cent nations !…
Le prophète annonce qu’une coalition de nations doit se liguer pour attaquer Israël! Zacharie: « En ce temps-là, Je ferai de Jérusalem un bloc de pierre impossible à soulever par les peuples. Ceux qui essaieront se blesseront. Alors les nations de la terre s’uniront contre la ville » (12:3). Puis: « voici quels maux Le Seigneur leur fera subir : leur chair se décomposera alors qu’ils seront encore vivants, leurs yeux pourriront dans leurs orbites, de même que leur langue dans leur bouche» (Zacharie 14:2, 12). Le prophète pouvait-il connaître les effets des radiations et de l’arme atomique sur les corps ? L’Iran menace avec de nouvelles armes dangereuses… et, moi, non juif, citoyen européen, j’observe que les nations, surtout occidentales, avec en tête la France, la Belgique… ces anciens pays qui retournent à leur antisémitisme politique en menacent Israël pour la politique et le commerce!
A Disraéli. La prononciation des voyelles n’a aucune importance en hébreu. Et d’ailleurs leur notation est très tardive. D’autre part, l’existence du tav non accentué est aussi tardive. L’hébreu biblique ne connaît pas cette prononciation th du Tav ! Et si les Juifs du Yémen le prononcent th (et non s), c’est suite à l’influence de la langue himyarite, ou même de la diacritisation erronée du Coran.
La prononciation originelle, tout comme la restauration de l’écriture paléo-hébreue authentique de la langue hébraïque, n’est pas une « querelle vaine », mais un point crucial pour le devenir du peuple hébreu et de son Etat souverain.
C’est pour des articles comme celui-ci -entre autres ! – que les sites juifs-francophones sont indispensables pour les amis d’Israël non juifs.
Surtout continuez à nous informer et à ouvrir notre vision du judaisme, par-delà nos divergences qui sont moins importantes que la permanence d’une pensée, et d’une communauté franco-juive.
A David Belhassen je ferai remarquer que les yémenites prononcent le Tav non accentué S, et le kamatz ..O et non A.
Je ne tire aucune conclusion sinon que certaines prononciations se retrouvent chez les uns et les autres ; qui a raison ? Considérez les juifs italiens ou les romaniotes qui ont encore une prononciation différente et très ancienne..
Cette querelle est vaine et l’essentiel est que tout le peuple juif parle la même langue et se comprenne.
A Lior ! Dire que « la prononciation réelle de l’hébreu, est ashkénaze », est la plus grande blague de l’Histoire !
D’autre part, et « pour info », l’hébreu était et est resté une langue vivante toute la période du « second exil » !
Faire usage de l’expression yiddish « Yahrzeit » dans un article sur Ben Yehoudah est une insulte à sa mémoire. Il doit se retourner dans sa tombe !
oui, que sa memoire soit benie, car la langue est un element primordial d’une culture, le ciment essentiel d’une nation. peu importe si l’hebreu etait comme dit Lior, une langue religieuse.
Cette langue est devenue la langue parlée partagée par nos autres juifs, et c’est ce qui compte. Il m’est arrivé d’entrer dans une synagogue et Chine et de m’adresser aux fidèles en hebreu moderne. Quelle emotion de constater que j’etais compris ! j’ai alors senti que nous etions liés par quelque chose de magique: le sentiment d’appartenance à la meme nation.
Je suis amoureux de cette langue et l’etudie et l’enseigne quotidiennement.
J’espere que vers la fin de ma vie, c’est la seule langue que j’aurai l’occasion de parler au milieu de mes freres en Israel.
=>C’est certainement un des pères fondateurs qui prouve par son action même l’inanité des dits « religieux » ne les reconnaissant pas comme tels.
Cela dit, il porte aussi les stigmates des occidentaux modernes qui se complaisent dans l’autodestruction, ici celle de leur langue maternelle : le Yiddish, langue parlé par 90% du monde juif avant la shoah.
Autodestruction occidentale allant même jusqu’à l’hébreu dont la prononciation réelle était ashkénaze et datait du premier exil. En effet les inscription des synagogues trouvées en irak et donc datant réellement des hébreux étaient de type hébreu-ashkénaze (donc les ashkénazes descendent de ceux de l’exil de babylone).
Pour info l’hébreu était déjà une langue religieuse à l’époque du deuxième exil et n’était déjà plus une langue vivante.
Mon peuple a toujours eu un train d’avance même vers ce qu’il y a de problématique actuellement en occident donc ce qui nous est arrivé préfigure ce qui va leur arriver.
Désolé pour autant d’infos en si peu de mots.