Mohamed Morsi s’est autoproclamé vainqueur de la présidentielle lundi matin à l’heure où vingt pour cent à peine des bulletins avait été dépouillés.

Ses partisans se sont empressés de célébrer une victoire que Shafiq dispute encore. Les résultats officiels ne seront publiés que jeudi. Situation chaotique

Jamais la situation n’a été aussi chaotique, aussi dangereuse. Le parlement est dissous ; la constituante qui s’apprêtait à rédiger, enfin, la nouvelle constitution est dissoute aussi.

Bien malin donc celui qui sait quels seront les pouvoirs du président.

D’autant que la junte militaire – le Conseil Suprême des Forces Armées – a publié le 18 juin une «déclaration constitutionnelle» attribuant de nouveaux pouvoirs à l’armée, établissant un calendrier et définissant les prérogatives des institutions civiles – amendant en cela plusieurs dispositions de la constitution temporaire que ladite junte avait elle-même rédigée et qui avait été ratifiée par referendum en mars 2011.


Manifestation de jeunes égyptiens

Inutile de dire que les Frères Musulmans s’y opposent avec véhémence, y voyant, non sans raison, une mesure destinée à limiter leur influence.

Pendant ce temps, des attentats terroristes visant Israël à partir du Sinaï et dont le Hamas ou les organisations palestiniennes sont responsables montrent bien que ces mouvements misent sur la victoire de Morsi, une victoire qui signifierait un nouveau durcissement du régime contre Israël.

Déclaration constitutionnelle


L’armée veille

La «déclaration constitutionnelle» rogne sérieusement les ailes du président et renforce l’armée.

Rien dans le texte ne dispose qu’elle est limitée dans le temps. Bien au contraire, son influence va perdurer sous le futur nouveau régime car elle donne à la junte le droit de prendre part à la rédaction de la constitution, même lorsque le président aura pris ses fonctions.

Par ailleurs, si le président continue à être le chef des armées comme dans le régime précédent, il n’a plus le droit de déclarer la guerre sans l’autorisation préalable du Haut État-Major. La junte sera seule habilitée à promouvoir les officiers et continuera à établir et à gérer son propre budget.

Ce n’est pas tout.

Le parlement étant dissous, la junte s’attribue à nouveau le pouvoir législatif ; c’est elle aussi qui nommera les membres de la nouvelle assemblée chargée de rédiger la constitution qui devra être ratifiée par référendum.

Si la constituante ne termine pas cette tâche dans les délais fixés par la junte, c’est cette dernière qui rédigera la constitution !!! En tout état de cause, l’élection d’un nouveau parlement ne pourra se tenir qu’après la ratification de la constitution.

C’est donc l’âme en paix que l’armée a annoncé benoitement qu’elle transmettra le pouvoir au président élu à la fin du mois, quand il aura prêté serment devant la cour constitutionnelle.


Les femmes impliquées dans les élections

Programme réalisable ?

Ce beau programme est-il réalisable ?

Première question, que se passera-t-il si en fin de compte Shafiq est élu ?

Les Frères proclament haut et fort qu’ils descendront dans la rue pour défendre leur champion et la révolution.

Que feront les salafistes et les jeunes révolutionnaires ?

L’armée pourrait-elle réprimer les manifestations sans un nouveau bain de sang ?

D’un autre côté, si Morsi a gagné, la Confrérie des Frères Musulmans fera bloc derrière lui pour combattre «le coup d’état militaire» selon leur terme – de la dissolution du parlement à la rédaction de la constitution.

Les Frères savent qu’ils seraient bien en peine de retrouver leur majorité miraculeuse lors de nouvelles élections ; ils sont aussi déterminés à peser de tout leur poids pour que la nouvelle constitution soit essentiellement islamique et ne veulent pas laisser la junte nommer, seule, les membres de l’assemblée chargés de la rédiger.


Morsi en première page des journaux

La «déclaration» a un autre objectif, peut-être essentiel : protéger l’armée en cas de victoire des Frères et assurer l’impunité aux généraux de la junte, tant pour la répression des manifestations après la révolution que pour les actes de corruption dont ils se seraient rendus coupables durant les années Moubarak.

Il est bien évident que Morsi et les Frères ne ménageraient pas leurs efforts pour faire partir à la retraite ces généraux et les remplacer par des officiers nouvellement promus – et acquis à leur cause.

Partie de poker

La partie de poker entre la Junte et les Frères est suivie de près en Israël où l’on est conscient de l’importance des enjeux.

L’armée égyptienne ne voit ni la nécessité, ni l’intérêt de provoquer une confrontation avec Israël.

Là est sans doute l’explication de ce curieux article de la «déclaration constitutionnelle» spécifiant que le président ne peut déclarer la guerre sans l’autorisation préalable de l’État-Major.

Il est en effet difficile d’imaginer une situation où l’Égypte serait amenée à déclarer la guerre à ses autres voisins – le Soudan et la Libye.

Il ne fait pas de doute que l’armée compte bien continuer à être «le partenaire silencieux» du régime comme ce fut le cas du temps de Moubarak.

Réussira-t-elle ?

À voir. En ce qui concerne les relations entre les deux pays, Shafiq serait sans doute plus enclin à les préserver et peut-être à les développer dans l’intérêt de l’Égypte.

D’un autre côté, rien n’indique que Morsi annulerait le traité de paix – pendant la campagne il s’est contenté de dire qu’il voudrait le réviser – ou enverrait des troupes au Sinaï en violation de l’accord, ce qui pourrait constituer un casus belli.


Infiltration en Israël d’un commando depuis le Sinaï

Cependant il est clair que sous son impulsion les relations seraient réduites à leur plus simple expression ; il est probable que la frontière entre Égypte et Gaza serait largement ouverte, laissant passer hommes, marchandises et bien entendu armes et munitions.

Le Hamas serait alors considérablement renforcé et serait en mesure d’obtenir des armements de pointe lui permettant d’intensifier ses attaques contre le sud d’Israël.

Les attentats de ce début de semaine ne sont peut-être que le signe annonciateur d’une nouvelle vague terroriste.

On est bien loin du soulèvement populaire de janvier 2011…

Zvi Mazel / Benillouche Article original Blog

(Mr Mazel est Ancien ambassadeur d’Israël en Égypte

Fellow of the Jerusalem Center for Public Affairs )

TAGS : Egypte Morsi Chafiq Politique Elections Frères Musulmans

Mazel Benillouche Hamas Terrorisme

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Armand Maruani

Les frères musulmans au pouvoir en Egypte serait l’annonce d’une guerre contre Israël . N’ont ils pas assassiné Sadate qui a eu le courage de se rendre en Israêl et signer une paix qui dure encore aujourd’hui? Je préfère 1000 fois l’armée au pouvoir que ces nazis . Ce pays , malheureusement risque de tomber dans l’anarchie s’il n’est pas pris d’une main de fer . Il ne faut pas raisonner en occidental , nous sommes dans un pays arabe . Chez eux il n’y a que la force qui compte . Ils pourront faire toutes les révolutions qu’ils veulent , le naturel reviendra toujours au galop .