D’une politique assertive de Trump à une gesticulation floue?

Les derniers gestes de Mike Pompeo sur le Golan, à Psagot et tout au long de ses échanges avec le Ministre des affaires étrangères du Bahrein tracent les grandes lignes d’une politique générale qui a osé aller de l’avant, dans le sens d’une vision intégrative et affirmative d’Israël au Proche et Moyen-Orient.

Si rien n’est jamais acquis, les observateurs imaginent mal la future administration Biden prendre l’exact contre-pied de tout ce qu’a fait Trump pour poser un futur plan (avec bon sens). Mais certains acteurs, notamment palestiniens, pourraient n’envoyer de signes moins négatifs que sous la houlette d’un gouvernement américain prétendu plus amical envers eux. Les quelques gestes concédés par l’Autorité Palestinienne : reprise de la coordination sécuritaire (qui n’a jamais vraiment cessé), modifications des conditions d’allocation aux « prisonniers » sécuritaires (terroristes) sur des critères sociaux et non en fonction du crime commis, œuvrent en ce sens au déblayage d’un terrain d’abord « miné ».

Ce faisant, Abbas préfère récupérer l’argent manquant, retenu par Israël sur ces « salaires de la haine » et se protéger lui-même en discutant avec la Coordination israélienne qu’aggraver proportionnellement une situation déjà critique. D’autre part, les négociations entreprises avec le Hamas de Gaza ne perdurent que parce que le mouvement islamiste est dans une situation encore pire, à cause de la Covid et du chômage endémique… Malgré le ton guerrier de rigueur, le Hamas n’a pas les moyens d’un affrontement contre Tsahal.

Si on fait le bilan, l’Ambassade des Etats-Unis restera à Jérusalem -merci qui, merci Trump – le Golan sous l’égide de la souveraineté israélienne, seul Etat capable d’assurer la dissuasion au Liban comme en Syrie, et on verrait mal l’intérêt de l’Administration Biden de remettre en cause ces acquis résultant du fait accompli de guerres anciennes – 1967 et 1973-1974 (guerre de harcèlement). Les Accords de recherche récemment signés par l’Ambassadeur Friedman avec la Judée-Samarie pourraient se maintenir par routine et surtout, parce qu’ils sont déjà validés par les Emirats Arabes Unis (échanges récents avec Dubaï), ce qui peut les inscrire dans le cadre de la normalisation et du développement économique bénéfiques aux Juifs comme aux Arabes palestiniens locaux. De fait, et personne n’ose le dire, mais il s’agit d’une forme d’exercice de « souveraineté » par la porte dérobée des accords d’Abraham… L’étiquetage « made in Israel  » des produits de Zone C de Judée-Samarie peut s’attirer les foudres de l’aile dite « progressiste » pro-Boycott, formé par Alexandria Ocasio Cortez, Rachida Tlaib Ilhan Omar et alii, et sa pérennité reste à évaluer, dans les changements d’approche d’une administration à l’autre.

Le ticket Biden-Harris s’est promis de restaurer le consulat palestinien à Jérusalem-Est, comme une forme de compensation symbolique à la conservation « démocrate » de l’héritage de l’Ambassade « Trump » à Jérusalem. Il devrait remettre de l’argent dans les caisses de l’UNRWA et diverses autres organisations à prétention « humanitaire » couvrant de possibles activités terroristes. On l’a noté, le maintien du Taylor Force Act oblige les Palestiniens à modifier leur approche de la rémunération terroriste en prison. Les Démocrates vont donc essayer de « compenser » ce qu’ils pensent être des inconvénients de l’approche de Trump, mais n’ont pas l’intention de toucher aux avancées et points forts de cette politique comme, par exemple, les Accords d’Abraham, qui sont bénéfiques à toutes les parties, en particulier, à l’appui (voire à la substitution éventuelle) aux forces américaines au Moyen-Orient.

Dans les récents propos de mise en garde de l’Ambassadeur israélien Dermer aux Etats-Unis, suivis de ceux de l’Arabie Saoudite et du Bahrein, à propos du retour dans l’accord nucléaire iranien, on sent l’empreinte d’une même voix, sur les conseils et avertissements préliminaires. Les pays de la région veulent compter dans les réflexions et décisions prises à Washington, dans une forme de lobbying commun et renforcé. Si Barack Obama n’en avait fait « qu’à sa tête », Biden-Harris ont -ils, là encore, intérêt à affaiblir et rompre la digue anti-iranienne au Moyen-Orient pour parvenir à un accord à tout prix avec Téhéran? Ou, plutôt à s’appuyer sur cette alliance pour faire réfléchir à deux fois les Mollahs? D’autre part, pendant le retrait de l’accord, l’Iran en est arrivé à décupler son uranium enrichi, au point d’en être à quelques mois de la fabrication de la bombe : on parle du mois de mars, soit un peu plus d’un mois après l’entrée en fonction probable de Joe Biden…. Le délai de négociation est réellement très, trop court et on peut croire qu’il n’aura pas lieu d’ici là. Un peu plus tard ensuite, les élections présidentielles iraniennes mettront vraisemblablement sur la touche l’équipe Rouhani-Zarif à l’origine de l’accord de 2015. Les durs du régime semblent en mesure de faire leur retour, en tout cas, à ce stade Khamenei garde la main. Il est persuadé que le faible Biden et son  entourage « progressiste » reviendront lui manger dans la main, prêts à toutes les concessions « pacifistes »… Cela ne peut que renforcer les résistances du camp israélo-sunnite, face aux menaces hégémoniques, terroristes et nucléaires sur la région.

Quels que soient les calculs et projections, les retours aux années Obama semblent improbables, là où existait encore un effet de surprise, de la part d’un homme redoutable, souvent choquant, mais qui, d’une certaine façon, la sienne, « innovait » (y compris dans le mauvais sens). Reprendre les mêmes cartes, comme s’il ne s’était rien passé en 4 ans devient hautement improbable et s’oppose, non plus à des Etats isolés, comme Israël face à « son problème palestinien », ou l’Arabie Saoudite face à sa menace existentielle au Yémen, mais à un véritable bloc concertatif, qui pèse, y compris dans l’économie interne des Etats-Unis (pétrole, armement…).

L’Iran de son côté, tâche d’intégrer le bloc Chine-Russie-Turquie (qui se détache inéluctablement de l’OTAN et de l’Europe) et n’a pas tant besoin des « largesses » de la nouvelle administration, mais veut parvenir au stade de puissance régionale affirmée et à la préservation de son régime autoritaire, islamo-nationaliste (comme la Turquie). Dans ce cadre, envisager de se créer de nouveaux alliés, au-delà des amitiés traditionnelles, devient difficilement imaginable. Le jeu des négociations se figent et les rapports de force se durcissent. Il n’est pas évident d’avancer sur ce terrain miné avec des roses à la main et de se remettre à courtiser les ennemis anciens et nouveaux… Biden-Harris auront, malgré les aspects présomptifs de leurs « plans » pour la région, intérêt à prêter même une oreille distraite aux conseils prodigués, par un prompt renfort, il y a peu par Ron Dermer et les Saoudiens.

De fait, tout au long de cette campagne présidentielle américaine, on a dit que les Démocrates n’avaient pas réellement de programme, autre que de bric et de broc autour du regret des années Obama et du désir inextinguible de sanctionner Trump. Arrivant aux affaires, ils trouvent une dynamique déjà en place et qu’ils ne peuvent entraver, entre le Golfe et Israël, voire d’autres velléités de progresser, du côté du Maroc, Oman, Mauritanie… Surtout, trop de gesticulations imprudentes et sanctions vis-à-vis de l’Arabie Saoudite qui devient un peu le vilain canard de cette Administration à cause du Yémen, pourrait n’obtenir que le mouvement inverse de consolider une alliance qui se fait actuellement à travers des tiers comme le Bahrein et les Emirats Arabes Unis. De plus, reste l’hypothèque de savoir dans quel camp va basculer le Sénat en janvier : s’il reste républicain, la future autre Administration sera pour ainsi dire pieds et poings liés ou devra tout renégocier avec les Républicains, même si au Congrès, tel groupe hyper-remonté contre Israël ou l’Arabie Saoudite, admettons la fameuse Squad, tente de passer des textes anti-israéliens et anti-saoudiens.

Tout ne va pas  « pour le mieux dans le meilleur des mondes », mais on peut aller à la table de poker-menteur avec quelques atouts décisifs dans la manche… L’idée est plutôt d’exploiter le patrimoine post-Trump pour faire avancer des dossiers statiques depuis 70 ans :

Par Marc Brzustowski

Ancien ambassadeur américain Shapiro, pressenti à un poster important au Département d’Etat : un accord de normalisation pourrait «  générer une dynamique  »

Selon l’ancien ambassadeur, «les États-Unis devront dialoguer avec les Israéliens et les Palestiniens», notamment les partenaires arabes. Ceci, à la lumière de la proximité de l’Iran avec l’armement nucléaire.

Dan Shapiro (crédit photo: MARC ISRAEL SELLEM / THE JERUSALEM POST)
Dan Shapiro
(crédit photo: MARC ISRAEL SELLEM / THE JERUSALEM POST)

WASHINGTON – Les accords de normalisation entre Israël et les pays arabes « ouvrent de nombreuses opportunités différentes« , a déclaré Dan Shapiro, ancien ambassadeur en Israël.

Shapiro a pris la parole lors d’un webinaire organisé par Ron Halber, le directeur exécutif du JCRC du Grand Washington. Il a déclaré que la Jordanie et l’Égypte maintiennent une paix froide avec Israël qui repose principalement sur une relation de gouvernement à gouvernement et de sécurité, mais qui pourrait changer grâce aux accords récemment signés.

«Imaginez le genre de dialogue que les Émirats arabes unis ou Bahreïn ou d’autres [qui pourraient suivre], qui essaient activement d’avoir un échange culturel et une vraie chaleur et avec une réelle profondeur», a déclaré Shapiro. L’ancien ambassadeur a noté que les pays arabes pourraient jouer un rôle déterminant dans la promotion du dialogue entre Israël et les Palestiniens, en soutenant la construction économique et institutionnelle conjointe. « Il me semble qu’il recèle un potentiel important pour générer une dynamique positive. »

Shapiro a suggéré que «les Palestiniens se sont d’abord sentis lésés» que les pays arabes aient initié des liens de normalisation avec Israël avant que le conflit israélo-palestinien ne puisse trouver une solution.

Les États arabes, d’un autre côté, « étaient fatigués d’attendre cela, et un peu fatigués aussi de certaines des décisions des dirigeants palestiniens de poursuivre leurs intérêts qui, selon eux, étaient renforcés par la normalisation avec Israël », a-t-il ajouté.

Mais cela ne signifie pas que ces deux objectifs ne puissent pas avancer en parallèle, a fait valoir l’ancien ambassadeur. «Ce que les États-Unis devront faire, c’est être également en dialogue avec les Israéliens et les Palestiniens et impliquer ces partenaires arabes dans ces discussions.»

Shapiro a également déclaré que l’Iran était plus proche maintenant de se lancer dans une arme nucléaire qu’il ne l’était lorsque le président américain Donald Trump a pris ses fonctions.

«Le JCPOA a établi une série de restrictions qui, selon la plupart des observateurs, – tant qu’elles seraient respectées – maintiendraient l’Iran à environ un an [éloigné] de la capacité de se lancer dans une arme nucléaire», a-t-il poursuivi. «Et après que l’administration Trump s’est retirée du JCPOA en 2018, au fil du temps, l’Iran a enrichi de l’uranium et installé des centrifugeuses, et aujourd’hui il en est beaucoup plus proche. Selon la plupart des estimations, [l’Iran a] quelque part entre trois et six mois d’écart plutôt qu’un éloignement d’un an, s’il s’y lançait.  »

Il a également évoqué la nécessité de conserver l’avantage militaire qualitatif d’Israël, alors que trois sénateurs américains ont présenté quatre résolutions visant à arrêter les ventes d’armes de 23 milliards de dollars aux Émirats arabes unis.

«Il existe un précédent historique qui dit [que] lorsqu’un État arabe comme [les] Émirats arabes unis […] reçoit un système ou [est] en mesure d’acheter un système comme celui-ci, d’autres – et en particulier l’Arabie saoudite, finiront par le chercher également », dit Shapiro. «Peut-être que l’Égypte, qui a un traité de paix avec Israël, le cherchera. Et cela soulève des questions très différentes à cause de la géographie, à cause des questions de stabilité », a-t-il soutenu.

«Et c’est certainement autre chose dont il faut tenir compte lorsqu’une décision comme celle-ci est prise. Donc, vous pouvez voir qu’il y a une préoccupation du Congrès, il y a une nouvelle administration qui dit qu’elle va l’examiner, et de toute évidence, ces ententes de QME (Avantage Qualitatif militaire pour Israël) devront être étudiées », a-t-il ajouté.

«L’ensemble de la structure de cet arrangement à trois est un peu étrange d’une certaine manière», a-t-il noté. «Il est vrai que l’Égypte et la Jordanie ont également bénéficié de l’aide américaine lorsqu’ils ont signé leurs accords de paix avec Israël. Cela mine probablement un peu ce que nous pensons être la bonne chose en principe, à savoir que les nations arabes normalisent leurs relations avec Israël parce que c’est la bonne chose à faire. S’ils ne le font que s’ils sont récompensés par des ventes d’armes importantes, il y a des [autres pays] à qui il serait beaucoup plus dangereux de leur fournir cet avantage que ce ne l’est peut-être pour les EAU.  »

2 Commentaires

  1. Navré d’insister, mais il faut cesser de présenter comme couple Biden et Harris…
    S’il était confirmé dans la présidence, il en serait écarté en 6 ou 7 semaines…
    Ensuite, on voit mal comment Harris pourrait se mouvoir dans la succession avec un Sénat, ET une Chambre des Représentants, ET, accessoirement, une cour suprême acquise aux republicains !
    Même Pelosi, très récemment réélue dans son poste, va dégager…
    Ceci est la résultante (la preuve ?) que quelque chose a été manipulé, et que, donc, le curseur présidentiel n’est pas à la place_bleue_ qu’il mérite…
    On ne sait pas, extraordinairement, qui sera vraiment le président américain au 21 janvier, de Trump, Biden…
    Ou Harris, cette dernière éventualité n’étant plausible que si Biden, à l’annonce de son élection officiel, fait un arrêt cardiaque ou cérébral…

    Il y a encore beaucoup de possibilités, et d’eventualités pourque Trump, contre toute attente, même après tous les délais conventionnels, reste en poste ! Éventualités peu évoquées, bien entendu, par les merdias mainstream (réputés « officiels »)…
    Sans compter les casseroles _très bruyantes, que traîne Biden depuis que son défoncé de fils a abandonné son ordi chez un réparateur, et dont la compromission familiale dans le dark dépasse de loin la rétention d’une déclaration fiscale Trumpique !! ¡
    Shabbath Shalom à toutes et tous !

    • Vous êtes médecin? Vous avez personnellement ausculté Biden? Vous projetez votre propre incertitude sur une période intérimaire, où on a quand même les grandes lignes de ce qui doit se passer. Maintenant, aucun d’entre nous n’est prémuni contre un arrêt cardiaque et 78 ans est un âge à peine plus avancé que les 74 ans de Trump. Sans vouloir vous casser le coup, il y a autant de chance que Trump soit élu in fine que de gagner 3 fois de suite au Loto (sic un expert juridique américain)… Mais tout le monde peut rêver. Puis l’histoire du grand complot, avec Cuba, le Venezuela, Soros (que je hais), la Chine et je ne sais qui, il faut le réserver pour le prochain James Bond (en plus c’est une femme, ce qui ne gâche rien)…

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