Du 3 au 5 août 1934 : le Pogrom de Constantine (vidéo)

Par Joëlle Allouche Benayoun  dernière mise à jour : 07/08/2016 

Le 5 août 1934, un pogrom exécuté par une foule musulmane fanatisée, déferle sur le quartier juif de Constantine, alors chef-lieu d’un département français.

La foule égorge, pille impunément pendant toute une journée. On dénombrera 27 morts, dont 25 citoyens français de religion juive : : parmi eux 5 enfants (âgés de quelques mois à 10 ans), 6 femmes, 14  hommes.

Que s’est-il passé ? Le 3 août des rumeurs incontrôlables mettent en cause un soldat juif ivre qui aurait uriné contre une mosquée, et diffusent la nouvelle de l’assassinat d’un chef nationaliste arabe par des juifs : le chef en question, le Dr Bendjelloul était en fait absent de la ville, mais bel et bien vivant….

Entre le 3 et le 5 août, une foule d’émeutiers arabes, venus des environs de Constantine, déferlent sur le quartier juif de la ville, pillent un grand nombre de magasins, cambriolent des logements, assiègent et égorgent dans leur maison des familles juives et blessent à l’arme blanche des dizaines de juifs qui tentent d’échapper au massacre.

Pendant tout le temps de l’émeute, l’administration française n’intervient pas, ou peu.

Soldats et officiers, en nombre plus faible que d’habitude (beaucoup étaient en permission) munis d’armes dépourvues de cartouches, jouèrent les spectateurs…

L’officier le plus gradé pendant la durée de l’émeute, est un sous-officier, qui ne peut donner l’ordre de tirer, cela relevant, dans l’armée française, du pouvoir des seuls officiers. Le maire, Émile Morinaud, était fort opportunément absent de la ville, ainsi que le commissaire principal. Le carnage ne s’arrêta qu’après le retour du maire et la reprise en main de la situation par l’armée.

L’administration mit en cause des “provocations juives” (des groupes d’autodéfense juifs avaient tenté de s’interposer entre les émeutiers et la population), le gouverneur général de l’Algérie n’assista pas aux obsèques des victimes (dont plusieurs enfants en bas âge), le pouvoir colonial ordonna à la population juive de “s’abstenir de toute provocation et de montrer moins de morgue”.

Très rapidement, dès le lendemain du 5 août, quelques notables musulmans condamnèrent vigoureusement ce qui venait de se passer, désapprouvant publiquement le pogrom. Avec des notables juifs, ils unirent leurs efforts pour éviter de nouveaux affrontements. Au plus fort de l’émeute, nombre de juifs furent sauvés par des arabes, qui les cachèrent. Cette émeute a profondément marqué les juifs d’Algérie.

À Constantine, pendant plusieurs mois, les relations entre les juifs et les arabes restèrent tendues. Pourtant, en 1940, lorsque les dirigeants pétainistes appliquèrent avec un zèle tout particulier les lois raciales liées “au statut des juifs” en Algérie : abrogation du Décret Crémieux (les juifs d’Algérie redevenaient “indigènes”), renvoi des élèves et des enseignants juifs des établissements publics, mise sous tutelle des biens juifs, ils ne rencontrèrent pas l’enthousiasme attendu des populations musulmanes.

On aura compris l’ambiguïté des relations entre juifs et arabes en Algérie : non seulement en raison du passé au cours duquel des périodes de coexistence, inégalitaire mais sans affrontement, ont alterné avec des périodes d’affrontements violents, mais encore à cause de la situation coloniale.

Aux yeux du colonisateur, juifs et arabes sont des “indigènes” : ils parlent quasiment la même langue, portent des vêtements de même type, partagent une même cuisine, ont des comportements et des coutumes proches.

Mais sur le plan juridique, le décret Crémieux délivrera les juifs de leur statut d’indigène, qui plus est dhimmi, pas de la haine, “qui conduisit une population musulmane exaspérée par la sujétion coloniale à succomber à l’intoxication anti-juive”.

Pour l’Algérie, ce pogrom n’est en rien fortuit. Il est le résultat de l’histoire de l’Algérie, avant et après la conquête : pour lui “l’ histoire de l’Afrique du Nord est éclaboussée de sang juif…la conquête arabe avec sa religion triomphante, a relégué le juif dans une position subalterne, non exempte de violence. La France, du moins dans sa projection outre-mer, n’a pu empêcher les communautés juives d’être en butte à l’hostilité et à la discrimination”. Le pogrom, conclut-il dans cet ouvrage passionnant et lucide, “s’inscrit dans le droit fil de cette double tentation”.

Joëlle Allouche Benayoun.

Constantine pogrom 1934 3

Les emeutres de constantine 1

Témoin et victime du drame, Robert Attal reconstitue l’implacable dialectique de la haine qui conduisit une population musulmane exaspérée par la sujétion coloniale à succomber à l’intoxication anti-juive.

Robert Attal : Les Émeutes de Constantine. 5 août 1934.
Paris, Romillat, 2002, 215 p. (bibliogr., cartes,photos) (coll. « Terra Hebraïca »).

 

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6 Commentaires

  1. Mes parents comme ceux de mes prédécesseurs nous ont raconté dans le détail ces tristes journées, que l’article de Joëlle Allouche Benayoun résume très correctement. J’ai bien connu Robert Attal, auteur du livre « Les émeutes de Constantine ». Il habitait comme ma grand-mère, l’ex rue du 26ème de ligne particulièrement visée par ces journées. Je ne mets nullement en doute ni la probité ni la valeur intellectuelle de Robert Attal, homme d’une grande rigueur, mais je ne comprends pas qu’il ait titré son livre « les émeutes » et non pas les « pogroms », alors qu’il s’agissait bien d’un horrible pogrom, fomenté par les musulmans avec la bénédiction des autorités coloniales de l’époque si bien décrit dans l’article présenté ici.

  2. Ma mère et mon père nous ont raconté le déroulement de cette journée.
    Mon grand-père, orfèvre, a été agressé dans son magasin par une foule haineuse, venue pour piller et tuer du juif.
    Il s’en est sorti grâce à l’acide sulfurique qu’il avait sous la main et grâce à son associé musulman qui se tenait à ses côtés.
    Parmi les victimes, une femme enceinte égorgée, éventrée pour en sortir le bébé, sous les yeux de sa fille cachée dans un placard légèrement entre-ouvert.
    Mes parents ont souligné l’inaction volontaire des forces de police et de l’armée qui ont laissé les arabes perpétrer leurs crimes avec une sauvagerie qui leur est habituelle.

  3.  » l’infâme Décret Crémieux « : c’est ce que disent les chtreimels les plus arriérés, ulcérés de voir leurs fidèles quitter leur enseignement obscurantiste pour entrer dans le monde moderne

    • @Ratfucker
      Avant de prétendre interpréter ce que j’ai écrit, peut-être serait-il utile de prendre la peine de chercher à en comprendre le sens.

      Il est évident que nous les Séfarades sommes des arriérés. Nous n’avons jamais connu de rupture avec l’Antiquité, et à côté de l’Europe médiévale restée plus de 10 siècles dans « la lumière », nous avons produit des kyrielles de mathématiciens, philosophes, médecins, grammairiens, linguistes, astronomes, juristes, etc.. au point qu’à la « Renaissance » les Français, comme Sylvius et Rabelais, devaient apprendre l’Hébreu des Séfarades « obscurantistes » pour connaître la Grammaire, la Médecine, les Mathématiques, le Droit, etc.. Je comprends qu’en 1492, l’Université de Paris ait félicité le Roi d’Espagne pour son expulsion des Juifs. Il fallait bien jeter ces chiens obscurantistes hors d’Europe pour préserver les « lumières » de la France savante, qui, elles, étaient dans le « Monde Moderne ».

  4. 6 ans après ce pogrom, dès le 7 octobre 1940, les Juifs d’Algérie n’ont plus rien à attendre de la France antijuive. Dès le 11 novembre 1942, les Juifs s’engagent dans le CFA et partent combattre, en uniforme Anglo-Saxon, contre la France alliée de l’Allemagne, dont le Président Roosevelt fait annoncer l’Amgot dès le 1er mai 1943 à Alger. Après la campagne de Tunisie, et la dissolution du CFA, des Juifs refusent à la fois l’Armée Giraud et les FFL de De Gaulle, et préfèrent rester avec les Américains. Les Français ne libèrent les Juifs internés dans les camps du Sahara qu’après avril 1943. De Gaulle arrivé à Alger en Juin 1943 refuse de rétablir l’infâme Décret Crémieux jusqu’en octobre 1943. Et avec tout cela, la majorité des Juifs restent en Algérie après 1945, toujours sous tutelle française? Ils étaient drôlement malades!

  5. Mon père a vécu ce drame, il me l’a raconté de la même façon que Mme Benayoun, sa cousine sage femme qui eut accouché des femmes de toutes communauté fut assassiné, il me dit « les soldats gardaient le bout des rues le sabre à la main , ils avaient l’ordre de ne pas intervenir » , peu de commémoration de cet événement tragique , de toute façon il n’y a plus de témoin vivant de cette horreur

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