Des salafistes dans l’armée belge

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Lettre de Bruxelles. La Belgique, qui « fournit », proportionnellement à sa taille, le plus de combattants aux groupes terroristes de Syrie et d’Irak – 440 selon les derniers chiffres de l’International Center for the Study of Radicalization, à Londres –, a découvert avec stupéfaction que certains de ces militants sont passés par son armée.

L’un d’eux, apparu dans une récente vidéo de l’Etat islamique (EI), menaçait avec l’un de ses compagnons, poignard à la main et kalachnikov en bandoulière, de commettre des attentats à la voiture piégée et des égorgements à Paris et à Bruxelles. Originaire de Verviers, où une tentative d’attentat a été récemment déjouée après un assaut de la police qui a tué deux combattants islamistes, le jeune Lotfi Aoumeur se serait radicalisé après des études de médecine ratées et un passage, en 2012, par les forces armées. Ambulancier dans la marine, il aurait notamment été initié au montage d’armes et à leur usage. Il a depuis gagné l’Algérie, puis la Syrie, où il a tenté de faire venir son épouse et son bébé, stoppés en Hongrie.

Un converti dans une unité d’élite

D’autres anciens militaires européens ont rejoint l’EI. Parmi eux, une dizaine de Français et trois Néerlandais, dont l’un a été vu, vêtu de son ancien uniforme, entraînant des combattants. Les Belges, qui s’estimaient à l’abri, ont découvert qu’à la fin de 2012 déjà un rapport interne du ministère de la défense évoquait la surveillance étroite, par la sûreté militaire, d’une quinzaine de recrues d’origine musulmane. Une porte-parole confirme que des salafistes sont, actuellement, tenus à l’œil. Et les contrôles au moment de l’embauche auraient été renforcés, avec un examen, décrit comme « systématique », des postulants par le renseignement militaire.

Cet examen n’existait pas, ou a manifestement été inefficace dans le cas de Lotfi Aoumeur, qui a subi un entraînement militaire approfondi, ou celui d’Olivier Dessy, un converti qui a servi quinze mois au sein du régiment des chasseurs ardennais, une unité d’élite actuellement mobilisée pour assurer la protection d’une série de bâtiments officiels et de lieux de culte dans le pays… Membre d’une filière radicale, le jeune homme a été condamné en 2013 pour le recrutement de combattants.

« Que voulez-vous faire ? », objectent ensemble un responsable syndical et un gradé, lorsqu’on les interroge sur la possibilité de réduire le risque d’infiltration de l’armée. L’ancien ministre de la défense, le chrétien-démocrate Pieter De Crem, avait certes affirmé que le fait d’avoir des convictions salafistes était un motif d’exclusion, mais les choses se sont révélées un peu plus complexes. Le successeur de M. De Crem, le nationaliste flamand Steven Vandeput, a dû convenir qu’il fallait un motif juridique pour écarter des soldats aux convictions suspectes, mais que la proximité éventuelle avec un groupe radical, non reconnu comme une organisation terroriste, n’était pas une cause suffisante. Devant une juridiction, les intéressés auraient à coup sûr obtenu gain de cause en invoquant la liberté d’opinion ou la liberté de croyance, garanties par une Constitution dont le caractère laïc reste flou.

« Pas de temps, pas de moyens »

Si quatre soldats ont pu être renvoyés en 2009, c’est parce qu’ils étaient membres d’un groupe néonazi, Blood & Honour, qui planifiait des attentats. D’autres sympathisants d’extrême droite, ou membres de clubs de motards aux activités douteuses, font actuellement l’objet d’une « observation » approfondie. Mais aucun ne semble avoir jusqu’ici commis d’infraction, et ne peut donc être inquiété. Quant aux musulmans radicaux, il faudrait qu’ils distribuent des pamphlets, critiquent ouvertement la démocratie, insultent des personnes ou appellent à la lutte armée pour qu’ils s’exposent à une incrimination, résume un juriste.

L’affaire embarrasse, quoi qu’il en soit, les autorités, d’autant plus que la police pourrait, elle aussi, avoir été infiltrée par des radicaux : le parquet de Bruxelles mène actuellement une information judiciaire sur certains services, où des agents entretiendraient « des liens douteux » avec des groupes islamistes, selon la presse. Les éléments ne semblent pas liés, mais le gouvernement vient, en tout cas, de prolonger pour deux semaines au moins un niveau d’alerte antiterroriste élevé, qui implique le maintien de la présence de militaires armés dans des lieux stratégiques.

L’évaluation de la menace est effectuée par une instance officielle, l’OCAM, qui n’est pas non plus à l’abri des critiques. Le maire de Vilvorde, une ville du Brabant flamand d’où sont partis des combattants de l’EI, se plain….

Jean-Pierre Stroobants

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