Monstre écrasant ?
Les rangs de l’Etat Islamique augmentent aussi vite que les frappes
Le groupe islamiste a conservé toute sa force d’attraction auprès de nouveaux adhérents – en dépit de la guerre aérienne menée par les Etats-Unis. « Les chiffres ne changent pas en notre faveur », a déclaré un Sénateur important au Daily Beast.
La campagne de bombardements dirigée par les Etats-Unis continue d’avoir des effets marginaux pour endiguer les flux de combattants étrangers rejoignant la guerre en Irak et en Syrie. Quatre mille de ces combattants ont rejoint le conflit depuis le début des frappes aériennes alliées, ont affirmé des responsables des renseignements américains au Daily Beast.
Cela représente presque autant de combattants que le nombre que les forces de la coalition affirment avoir éliminé, ce qui ne manque pas de soulever des craintes que si l’Etat Islamique continue à résister à une campagne aérienne soutenue, il pourrait très bien réapprovisionner ses rangs durant des années, sinon les décennies à venir.
« Ces chiffres n’évoluent pas en notre faveur », a déclaré le Sénateur Bob Corker (Rép- Tenessee), Président de la Commission des Relations Extérieures du Sénat, au Daily Beast, la semaine dernière, en sortant d’une réunion secrète au Capitol, avec le Général à la retraite John Allen, envoyé présidentiel dirigeant la campagne contre Daesh.
Corker a ajouté que lorsqu’on compare les forces des rebelles syriens soutenus par les Etats-Unis au nombre de combattants qui soutiennent l’Etat Islamique, « Il est clair que nous perdons nettement, en termes de recrutement ».
Le Pentagone a affirmé avoir tué 6.000 combattants, depuis le début des bombardements, il y a cinq mois ; la communauté du renseignement estime que 4.000 combattants étrangers sont entrés dans la danse depuis septembre. (Une estimation plus élevée, faite par le The Washington Post, pointe que 5.000 combattants étrangers ont afflué vers ces deux pays depuis octobre).
Quoi qu’il en soit, ce pointage intermédiaire ne prend pas en compte les milliers de combattants locaux irakiens et syriens que l’on soupçonne d’avoir rejoint le conflit.
Aussi, en additionnant les deux sources de recrutement, les tableaux décrivent un paysage très sombre et inquiétant : même sans compter le nombre de combattants recrutés sur place, l’Etat Islamique est substantiellement en mesure de faire le plein de ressources humaines sur le champ de bataille et de couvrir ses « besoins ».
« A moins de faire effectivement effectivement quelque chose pour endiguer l’afflux de combattants étrangers, ce conflit dispose du potentiel pour pouvoir durer indéfiniment », a déclaré le Député Adam Schiff, le chef de file des Démocrates à la Commission du congrès chargée des renseignements, au cours d’une interview au Daily Beast.
Schiff a dit qu’il n’était pas en mesure de discuter des configurations spécifiques qui sont établies, mais il a insisté sur le fait que « le facteur-clé reste de savoir comment tant d’individus continuent de rejoindre les rangs de l’Etat Islamique. Parce que, si nous ne sommes pas en mesure d’y mettre un terme, ce conflit est parti pour ne jamais se terminer ».
Les chefs du Pentagone reconnaissent, en privé, que, malgré le nombre de Jihadistes qu’ils ont éliminé, ils ont aussi observé que l’Etat Islamiste s’adapte à ces frappes, en se déplaçant, en particulier, vers les régions où ils ne rencontrent pas de troupes terrestres en force pour s’opposer à leur avancée ezt les combattre. Les responsables américains ont refusé d’estimer combien de nouveaux combattants ont pu traverser la fro,tière turque pour entrer en Irak et en Syrie, mais il existe des préoccupations évidentes que ce groupe terroriste n’est pas significativement diminué ni affaibli que lorsque les frappes aériennes de la coalition ont commencé. Il se peut même qu’il ait augmenté.
« Les combattants étrangers continuent d’affluer, même si nous en tuons beaucoup », rappelle le Sénateur Bob Menendez, le chef de file Démocrate à la Commission des relations extérieures. « Aussi, l’un des problèmes fondamentaux reste de trouver la réponse pour arrêter l’arrivée de nouveaux combattants étrangers ».
Le Pentagone a déclaré que les frappes aériennes ne pouvaient pas vaincre une idéologie et que cette guerre ne peut être mesurée uniquement en chiffres. Mais dans une guerre opaque comme celle-ci, beaucoup se reposent sur de telles statistiques pour évaluer l’impact de la campagne aérienne.
Certains interrogent la fiabilité du comptage du Pentagone. Christopher Harmer, un analyste collaborant à l’In,stitut d’Etude de la Guerre, affirme que les drones et d’autres genres d’engins de la puissance aérienne ne sont pas capables de permettre l’estimation correcte du nombre de combattants de l’EI qui ont été tués, à l’heure qu’il est.
« Il n’y a, tout simplement, aucun moyen disponible, pour les Etats-Unis, de le faire avec exactitude… Quand vient le temps de liquider ce genre d’individus, la seule façon de réellement le confirmer, c’est d’avoir des hommes sur le terrain ou une paire d’yeux, des globes oculaires sur la cible pour le constater », dit Harmer. « Aussi longtemps que l’Etat Islamique démontre sa capacité à continuer de recruter des combattants étrangers, et de régénérer ses ressources humaines perdues, cela reste alors des paramètres non-pertinents. Je ne sais pas combien de temps Daesh est capable de faire face aux dégâts qui lui sont infligés sur le champ de bataille… mais, pour autant qu’on le sache, ils sont encore loin de s’être effondrés ».
Harmer a aussi souligné que les Etats-Unis n’ont pas la capacité de retracer combien de nouvelles recrues locales, l’Etat Islamique est capable d’attirer dans ses rangs.
« Bien, nous sommes en train d’éliminer des combattants de l’Etat Islamique », dit-il. « Ne nous déboîtons pas l’épaule à nous taper dans le dos. Ce qui importe vraiment, c’est : avons-nous broyé leur volonté ou leur capacité à combattre ? … Quoi qu’on disent ils n’ont pas encore plié ni rompu ».
Certains prétendent que si Daesh rallie de nouveaux combattants à une cadence identique à laquelle il perd des combattants, il s’agit d’un probable scénario du pire : les frappes aériennes ont pour effet de retourner l’opinion locale contre la coalition conduite par l’Amérique, au même rythme qu’elle échoue à réduire significativement la puissance nette de l’Etat Islamique.
« Si les combattants de Daesh sont simplement tués au même rythme qu’ils sont remplacés par des combattants étrangers, alors vous vous trouvez dans une situation où l’Etat Islamique n’a pas perdu de force numérique, mais où il a aussi empoché un peu plus de la sympathie du public », propose Evan Barrett, conseiller politique auprès de la Coalition pour une Syrie Démocratique, une coordination de groupes de l’opposition américano-syrienne.
Si on doit corriger le problème du flux de combattants étrangers, disait le Républicain Schiff, deux choses doivent nécessairement se produire : la Turquie doit prendre un rôle de leader dans cet arrêt net des flux – le plus grand nombre de combattants étrangers voyagent en passant à travers sa frontière poreuse et particulièrement « accueillante ». Et les Etats-Unis ont besoin de renforcer ceux, dans le monde musulman, qui s’expriment contre le radicalisme.
« Nous devons démultiplier les pressions contre la Turquie pour qu’elle fasse preuve d’un peu de sérieux dans le contrôle de ses frontières… et redoubler nos efforts pour empêcher les gens de se radicaliser dans leurs pays d’origine », affirme Schiff au Daily Beast. « L’idée fondamentale, c’est que, quoi qu’il en soit de la brutalité et de la violence démonstrative de Daesh, et sans doute à cause d’elle, des combattants étrangers continuent d’affluer dans la région. Nous ne sommes même pas parvenus, avec suffisamment de succès, à endiguer cet afflux ».
Par Tim Mak & Nancy A. Youssef
Adaptation : Marc Brzustowski.
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