Chine : défilé de la victoire — démonstration de force ou réelle volonté impérialiste ?
Ce mercredi 3 septembre 2025, la République populaire de Chine a organisé un grand défilé militaire pour commémorer la victoire sur le Japon ainsi que les 80 ans de la fin de la Seconde Guerre mondiale. L’événement s’est tenu en présence de plusieurs chefs d’État non occidentaux. Une question se pose alors : s’agit-il d’un simple coup de communication ou d’un avertissement sérieux ? Décryptage.

Un défilé grandiose sous haute surveillance internationale
À 9 heures du matin, heure de Pékin, les présidents Vladimir Poutine, Xi Jinping, Kim Jong-un, ainsi que le Premier ministre indien Narendra Modi étaient réunis pour assister au défilé militaire organisé par la Chine, hôte de l’événement. Ce dernier se déroulait sur la célèbre place Tian’anmen.
Chaque année, la Chine célèbre la « Journée de la Victoire », mais cette année, le pays dirigé par Xi Jinping a vu les choses en grand. Il a clairement voulu en mettre plein la vue au monde occidental, avec des avions et drones de cinquième génération, des missiles hypersoniques et des dizaines de milliers de soldats. L’ambiance rappelait presque les grandes démonstrations de force de l’ex-URSS.
Dans un monde où la communication et les images prennent souvent le pas sur les analyses, le régime communiste chinois a frappé fort en organisant un sommet à l’allure « anti-occidentale », diffusant des images impressionnantes des répétitions et du matériel militaire dernier cri. Une question légitime se pose alors : quel est l’intérêt stratégique et militaire de ce type de manifestation ?
Montrer sa force dans un monde instable

Il y a un certain paradoxe à tout cela : la victoire contre le Japon, à laquelle fait référence cette « Journée de la Victoire », a été rendue possible grâce à l’aide américaine. Si le but était d’envoyer un message aux États-Unis — et à Donald Trump, récemment revenu sur le devant de la scène — on peut dire que c’est, sur ce point, un peu raté.
En géopolitique, il est important de « montrer ses muscles », même si on ne les a pas forcément. Ces images spectaculaires véhiculent une forme de « contre-nouvel ordre mondial », une coalition de puissances prêtes à défier la domination occidentale. Elles montrent une capacité de frappe et une puissance militaire qui pourraient faire trembler certaines chancelleries occidentales.
Dans son livre L’Empire et les Cinq Rois (2017), le philosophe Bernard-Henri Lévy décrivait déjà un monde marqué par l’émergence de puissances impérialistes et totalitaires, et la chute d’un empire (les États-Unis) qui ne jouait plus pleinement son rôle de gendarme du monde.
La propagande ayant toujours été une composante des guerres, ce type d’événement est une manière, non seulement de s’affirmer vis-à-vis de ses partenaires et alliés présents sur place, mais aussi d’envoyer un message clair : la Chine est prête.
De réelles visées impérialistes sur ses voisins ?
Ce message est résumé par une déclaration marquante du président Xi Jinping : « La Chine est inarrêtable. »
S’il ne faut pas sombrer dans la paranoïa, il est important de rappeler que deux guerres sont actuellement en cours : le conflit entre la Russie et l’Ukraine, ainsi que celui opposant Israël à l’Iran et ses alliés. Sans compter les multiples tensions territoriales sur plusieurs continents.
Des défilés de cette ampleur ne sont donc pas de simples démonstrations de force : ils peuvent être interprétés comme une répétition générale d’une manœuvre militaire à grande échelle. C’est un secret de Polichinelle : la Chine considère toujours Taïwan comme faisant partie intégrante de son territoire et n’a jamais exclu « le recours à la force contre les séparatistes ».
Selon plusieurs experts de la Chine et de la géopolitique asiatique, c’est paradoxalement l’enlisement des conflits actuels qui freinerait Pékin dans ses velléités expansionnistes. Toujours d’après ces spécialistes, l’Armée populaire de libération pourrait se contenter, dans un premier temps, d’une « opération spéciale » afin d’éviter une invasion totale de l’île, trop coûteuse en hommes et en argent. S’il y a bien une chose que ce début de décennie nous a apprise, c’est qu’il ne faut négliger aucune hypothèse.
Yohan Souffir
jforum.fr
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