Chabbat Vayehi: Jacob bénit ses 12 fils (R. Draï z’l)

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Jacob bénit Ephraim et Ménasshé, Benjamin West, 1820-1738

Jacob assembla ses fils et dit: « Rassemblez vous (héassphou) et je vous dirai ce qui vous arrivera dans l’en-suite (béah’arith) des jours. Regroupez vous (hikabetsou) et écoutez ô fils de Jacob et écoutez Israël votre père” ( Gn, 49, 1).

“Tous ceux-là forment les tribus d’Israël, douze, et c’est là ce que leur père leur dit et il les bénit, chacun selon sa bénédiction il les bénit”(Gn, 49, 28).

Le livre de la Genèse se conclut spirituellement avec la bénédiction de Jacob-Israël à l’adresse de l’ensemble des fils qui lui furent donnés par quatre épouses, et tandis que tous se trouvent encore en Egypte, une Egypte hospitalière mais qui se veut au dessus de toute autre appartenance. Cette bénédiction présente trois traits particuliers.

Bien sûr elle est propre au fils d’Isaac et ne se contente pas de répéter les bénédictions qui l’ont précédées.

Abraham eut deux fils, Isaac également, mais Jacob, lui, est père de douze fils et d’une fille, Dinah.

Douze fils qui constituent désormais douze tribus appelées chacune pour sa part, mais collectivement aussi, à une mission qui les projette, pour chacune d’elles et pour l’ensemble qu’elle constitue à présent liée aux autres, dans un à-venir, ce que le récit biblique précise par la locution ah’arit yamim qui ne veut pas dire « la fin des temps », leur terminus, mais bien l’en-suite des jours, leur continuité, leur incessante révélation.

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Il faut alors rappeler la généalogie de cette bénédiction, telle que Jacob-Israël l’actualise au moment de quitter cette vie.

Elle remonte à la création de l’Humain, Haadam, et à sa projection, là encore, dans ce que l’on appellera par commodité de langage une Histoire: «Dieu les bénit (vaybarekh otham) et dit: « Croissez et multipliez.. » (Gn, 1, 28).

Très tôt l’Humain n’assuma guère cette bénédiction primordiale. D’où le Déluge lequel n’empêcha pas non plus la catastrophe babélique au point de donner à penser que la création de l’Humain avait été une erreur, sanctionnée par un échec sans rémission.

Jusqu’au moment où apparurent Abram et Saraï qui entreprirent selon l’invite divine de rétablir l’humanité en ses assises et de la restituer à cette bénédiction générique.

C’est bien ce fil que Jacob, béni dans les conditions conflictuelles que l’on sait par son propre père, ne lâche pas.

Seulement à la différence des patriarches qui l’ont précédé il doit le tisser entre une progéniture nombreuse et tumultueuse qui s’est parfois dangereusement approchée du fratricide.

L’ombre de cette tentative ne la quitte toujours pas.

Une fois Jacob décédé, les frères de Joseph auront besoin que celui-ci les rassure sur ses intentions pacifiques et réellement réconciliées à leur égard.

Le livre de la Genèse qui avait commencé au plan humain par cette bénédiction première s’achève donc par celle que Jacob-Israël délivre à chaque fils, nommément désigné, mais aussi à l’ensemble qu’il forme avec ses autres frères, un ensemble qualifié par deux verbes dont les racines sont respectivement ASsaPH et KBTs.

Ces deux verbes ne sont pas redondants. Le premier se rapporte à un ensemble constitué par une addition; le suivant à un ensemble formé à une échelle plus intériorisée, au sentiment d’une intime appartenance.

Jacob-Israël les emploie tour à tour parce que, s’agissant du premier, il est bien placé pour savoir ce que l’on éprouve lorsque, une fois devenu père de douze fils, un seul vient à manquer; et pour le suivant parce qu’il n’ignore pas non plus qu’un peuple en formation – car c’est de cela qu’il s’agit – ne peut se constituer durablement si cette addition initiale reste strictement quantitative, si elle ne se prolonge pas dans la commune conscience que l’un n’est rien sans les autres.

C’est pourquoi la mention de ces deux verbes précède dans le verset précité chacune des bénédictions qui seront délivrées personnellement à tous les fils.

Ils en conditionnent l’union et ils la pérennisent afin que l’aîné effectif, Ruben, puisse vivre et agir par exemple avec Juda et Joseph lesquels peuvent faire prévaloir bien des titres à la prééminence spirituelle.

On observera enfin que cette bénédiction qui met en évidence les points forts mais également les vulnérabilités de chaque fils est une bénédiction d’étape.

L’histoire du peuple hébreu commence tout juste. Les quatre livres suivants de la Thora en relateront les péripéties.

Eux mêmes se concluront par une autre bénédiction simultanément individuelle et collective délivrée cette fois par Moïse au peuple éprouvé quarante années durant, sur le point de franchir le Jourdain.

Raphaël Draï zatsal, 31 décembre 2014

 

 

 

 

 

 

Cette portion hebdomadaire nous montre Jacob descendant avec toute sa  famille vers le pays de Goshen où ils vont s’établir.

Cependant,  plusieurs points éveillent nos questions : la première est celle-ci : Jacob se trouve à Hébron, pourquoi se rend-il à Beer Shéva ?

Le Pharaon envoya ses chars pour transporter toutes les personnes de la famille, pourquoi Jacob ne se rendit-il pas à Beer Shéva depuis Hébron dans les chars de Pharaon au lieu d’utiliser ses propres chars ? D’autre part, pourquoi Juda va-t-il en reconnaissance vers Goshen ?

Pourquoi  la Torah nous apprend-elle qu’après la mort  de Jacob l’Egypte se retrouve-t-elle dans un très lourd deuil ?  Que représentait donc le vieux patriarche pour ce peuple idolâtre et à un tel degré d’impureté ?

Nous allons tenter de répondre à toutes ces interrogations bien que leur lien soit  commun.

Les Sages du Talmud nous enseignent que Jacob  qui n’avait jamais cessé d’étudier depuis qu’il avait été conçu[1] et, il avait envoyé Juda à Goshen pour y aménager un beith midrash où il pourrait aller étudier car, rien ne peut être conçu ou construit solidement sans que la première pensée n’ait un but sacré à la clé.

Pourquoi Jacob s’est-il rendu à Beer Shéva avant d’aller en Egypte ? Cette action vient rejoindre une partie du serment que Jacob demande à ses enfants de prêter : de ne pas l’enterrer en Egypte mais, à Hébron dans le caveau familial et aussi, il leur fit promettre que lorsque les Bené Israël seraient sur le point de sortir d’Egypte pour retourner en Canaan, qu’ils n’oublient surtout pas de prendre avec leurs « bagages » les arbres de « shitim ».

De quoi s’agit-il ? Pour comprendre ceci nous devrons nous reporter au séjour d’Abraham à Ber Shéva : le patriarche, par prophétie sut que lors de la construction du Temple, il faudrait des arbres de « shitim » et il en avait planté en quantité.

Avant de partir à Goshen, Jacob, se rendit sur le lieu qui servit de point d’attache à Abraham.

Arrivés à Goshen, il les y replanta et fit donc promettre que ces arbres seraient déterrés et transportés en Canaan où ils devraient être replantés pour servir aux employés de Salomon le moment venu.

La Torah nous enseigne encore que Jacob vécut en Egypte pendant dix-sept ans mais, qu’à sa mort, les Egyptiens « prirent le deuil » véritablement et on peut se poser la question de savoir pour quelle raison se sont-ils tant affligés ?

En prenant en considération le rêve de Pharaon par rapport aux 7 vaches grasses et maigres et aux sept épis gras et maigres, nous pouvons déduire des faits survenus que lorsque Jacob et tous les membres de sa famille arrivèrent en Egypte, les sept années de richesse étaient passées et l’Egypte était dans la deuxième année de famine.

Or, dès l’arrivée du patriarche, la famine cessa  car, là où résidait Jacob devait régner l’abondance[2], mais, dès lors où Jacob, Prince d’Israël, n’était plus, la famine sévit à nouveau, pour cinq années qui furent ressenties avec encore plus d’affliction et de gravité que précédemment. Ce qui motiva l’expression  אבל כבד un deuil  très lourd.

L’Egypte s’affligea de ce deuil  et nombreux furent ceux qui prirent part au voyage vers Hébron. Cependant, Pharaon ne donna l’autorisation de se rendre au caveau patriarcal qu’à Joseph et ses frères, ordonnant que tous les petits-enfants de Jacob et leurs familles restent sur place.

Ceci donna aux Talmudistes l’indice du début de l’esclavage : en effet, l’atmosphère avait changé en Egypte, sinon, Joseph qui était considéré comme Roi d’Egypte aurait-il dû demander au Pharaon « l’autorisation » de se rendre à  Hébron ?

La Torah  désigne un lieu  en chemin dont le nom laisse pensif : en traduction française il est appelé : « l’aire du buisson » car il s’agit d’un lieu que l’on veut rendre inaccessible à l’homme en y semant des broussailles épineuses.

Le premier mot du  terme hébraïque גורן האטד  vient du mot grain[3] dit le « KeliYakar »[4] car, explique-t-il, lorsque sévit la famine, pour qu’une récolte ne soit pas volée on l’entoure de broussailles.

Si la période est à l’abondance, nul n’est à la recherche d’une graine perdue au contraire d’une période de famine où tout est bon à prendre.

A la mort de Sara, les exégètes ont trouvé l’explication au fait que l’âge de la défunte est détaillé et ici, ils ont trouvé aussi comment commenter l’âge auquel était parvenu le patriarche.

Il était âgé de 130 ans lorsqu’il est arrivé en Egypte où il a vécu  17 ans. Pendant ces 17 années, Jacob et Joseph ont étudié ensemble non seulement la Torah mais aussi 5 sur les 6 sidré  Mishna.

Cet enseignement nous parvient de Rabbi Yéhouda HaNassi  à propos duquel il est dit qu’il était l’essence de l’âme de Yaakov Avinou.

Se pose la question de savoir sur quoi étaient écrits les textes à étudier ? Rabbi Hiya a déclaré qu’au début (« beréshit »)  des graines de lin furent plantées pour que soient récoltées les plantes et que puissent être tissées les fibres et en faire des filets avec l’aide desquels furent capturées des chèvres qui furent élevées puis, abattues et leur chair distribuée aux indigents et leurs peaux traitées en parchemin pour l’écriture de la Torah puis de la Mishna et, l’on dit de ceux qui eurent le privilège d’étudier sur ces parchemins qu’ils n’oublièrent jamais un mot de ce qu’ils étudiaient.

Si, à présent, nous faisions un essai ? Celui de savoir quel est le point commun à toutes ces questions, nous verrions qu’en fait, tous ces sujets tournent autour de la même idée : celle de définir d’emblée l’intention initiale, ou, l’intention primaire de chaque acte que l’être humain envisage d’effectuer et de vouer chaque acte de sa vie à une motivation interne et sacrée :  si, par exemple, un quidam doit acheter un logement faire en sorte qu’il ait un endroit pour y construire chaque année sa soucca, ou bien que son futur logement soit proche d’une synagogue ou d’une maison d’études de manière à ce que la situation de l’appartement lui permette d’étudier ou de prier plus facilement etc…

C’est pour cela que Juda est allé en reconnaissance à Goshen, pour y établir un lieu d’études, qu’Abraham a planté des cèdres : pour que leurs planches puissent servir à la construction du Temple de Salomon beaucoup plus tard, car chaque chose doit pouvoir se projeter dans l’avenir qu’il soit plus ou moins proche et il en est de même pour le jeûne du 10 Tévet (qui a lieu mardi 18 Décembre 2018) car de tous les jeûnes du calendrier juif (en dehors de Kippour) il est le seul à ne jamais tomber un shabbat et même si cela était,  il ne serait pas repoussé pour une simple raison : il  s’agit d’un jeûne qui, s’il tombait un shabbat, n’annulerait pas le kidoush du vendredi soir ni le repas du vendredi soir, il serait permis de boire et manger avant le lever du jour et il ne durerait pas au-delà de 25 heures mais durerait bien moins.

La raison donnée pour ce jeûne est qu’il vient avertir d’une catastrophe à venir pour laquelle il est encore possible de faire teshouva et de revenir en arrière………

Il faut, en conséquence, toujours considérer la projection d’un acte, d’un fait, d’un événement pour pouvoir modifier les conséquences. Éventuellement.

Caroline Rebouh (Jérusalem)

[1] La Tradition nous enseigne que tout le temps où le fœtus est en gestation, un ange lui enseigne la Torah et, nous savons car la Torah nous l’a appris, qu’à chaque fois que Rebecca passait devant le Beith HaMidrash de Ever, Jacob s’agitait car il voulait étudier et savoir et certains exégètes affirment qu’Esaü s’est précipité le premier hors du ventre de sa mère pour ne pas avoir à entendre encore des paroles de Torah !!!

[2] Ainsi, lorsque Jacob arriva chez Lavan, il n’y avait pas d’eau. C’est pourquoi les habitants de Haran avaient bouché les puits et il aurait fallu dix hommes pour bouger cette pierre. Pourtant, à l’arrivée de Jacob à Haran, Au départ de Jacob de chez Lavan, la sécheresse et la famine sévirent à nouveau.

[3] Les  mots grain/graine – bien que les étymologistes (qui ne sont pas hébraïsants) disent que la racine vient de granus en latin – viennent de l’hébreu guimel-resh-âyine-noun.

[4]KliYakar, ou Rabbi Shlomo Ephraïm de Lunschitz, qui vécut au XVIIème siècle  (1550-1619) et qui, après une très longue maladie, prit la décision de rédiger son commentaire sur la Torah.

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