La dictature du beau, en politique aussi !

La beauté et la séduction sont des tabous en politique. Pourtant une  nouvelle étude vient démontrer que l’apparence et le « charme » des candidats sont des critères de vote plus importants que le programme.

En juin 2017, alors qu’Emmanuel Macron se baignait dans la foule, à Paris, deux femmes s’accordaient dans le métro pour dire qu’il était difficile « de ne pas voter pour ce beau gosse ». Presque cinq ans plus tard, François Hourmant, maître de conférences en sciences politiques à l’Université d’Angers, dresse le même constat dans son livre intitulé Pouvoir et beauté : le tabou du physique en politique (PUF, 2021) : l’esthétique structure désormais, de façon inavouée, le champ politique.

Qu’importe le programme, dans le fond pour être élu, il faut être beau. C’est en tout cas la thèse avancée dans le livre de François Hourmant, professeur en sciences politiques.

Pour qui voter ? À quelques mois de l’élection présidentielle de 2022, beaucoup d’électeurs se questionnent. François Hourmant, professeur de sciences politiques à l’université d’Angers, qui vient de publier « Pouvoir et beauté : le tabou du physique en politique » (PUF), répond simplement : pour le plus beau. Dans son livre, il indique que le poids des normes physiques joue énormément, lorsque le citoyen glisse son bulletin dans l’urne.

Alors, éplucher les programmes des différents candidats à l’élection présidentielle ne servirait-il à rien ? « Lors de la campagne, les électeurs font face à une multiplicité de programmes. Il leur est difficile de faire le tri entre tous les projets. L’apparence d’un candidat peut faire office de raccourci pour effectuer un choix »,résume-t-il.

« L’effet de halo » contre la démocratie

Selon le chercheur, « les différentes études qui ont été menées depuis les années 1970 montrent que les personnes qui répondent aux critères de beauté sont associées à des valeurs valorisées en politique : l’empathie, l’authenticité ou la sociabilité ». Parmi ces vertus : la crédibilité.

En 2009, deux chercheurs américains, John Antonakis et Olaf Dalgas ont publié les résultats d’une étude à ce sujet. Ils ont proposé à 684 volontaires suisses, loin des considérations politiques françaises, de deviner à partir de photos des candidats, celui qui avait remporté le second tour des suffrages. Résultat : 72 % d’entre eux ont deviné le vainqueur.

Dans son livre, François Hourmant décrit cet « effet de halo » produit par cette expérience. « Aujourd’hui, les candidats cherchent à se créer ce qu’on appelle une image. Cette image est associée à un positionnement sur l’échiquier idéologique, mais aussi à un corps. Tout cela est mêlé. »

Dans nos démocraties, fondées sur la confrontation des idées, valoriser l’apparence c’est contrevenir à ces idéaux, « se soucier de quelque chose de futile, à l’éthique du désintéressement popularisé par les candidats à l’élection présidentielle » conclut-il.

 

L’apparence des candidats influence-t-elle vraiment notre vote ?

Entretien avec François Hourmant, maître de conférences en sciences politiques à l’Université d’Angers, qui répond aux questions de Ouest-France

 

François Hourmant, comment l’apparence des candidats à une élection influe-t-elle sur le vote des électeurs ?

Un certain nombre d’études anglo-saxonnes ont souligné le poids de l’apparence à tous les stades de la vie sociale et personnelle des individus, que ce soit à l’école, dans la vie professionnelle ou sur le marché matrimonial. Il n’y a pas de raisons que le champ politique échappe à cette prime qui existe partout ailleurs. Une étude finlandaise de 2010 souligne par exemple que cette « prime à la beauté » peut représenter une plus value de 15 à 20  % selon la nature des élections. Lors de la campagne, les électeurs font face à une multiplicité de programmes. Il leur est difficile de faire le tri entre tous les projets. L’apparence d’un candidat peut faire office de raccourci pour effectuer un choix politique.

De plus, ceux ayant une belle apparence sont portés par l’effet halo. C’est un biais cognitif qui consiste à créditer certaines personnes d’un certain nombre de compétences, mélioratives, valorisantes, même si ces personnes n’en sont pas nécessairement détentrices. La beauté participe activement à la création de cet effet, puisque ce qui est réputé beau est aussi dans l’imaginaire collectif ce qui est bon.

Pourquoi l’apparence est-elle décisive pour les candidats à l’élection présidentielle ?

On dit souvent de la politique que c’est le temple du verbe. Mais au-delà de cette vision un peu classique, stéréotypée, elle est surtout le règne des émotions et des images. C’est d’autant plus vrai dans nos sociétés, marquées par les médias audiovisuels, internet et les réseaux sociaux. Il y a un primat de la vue parmi tous les sens.

En politique, l’image au sens large est devenue décisive dans les campagnes électorales. Elle englobe bien sûr le positionnement politique d’un candidat, mais également toutes les qualités associées à une personnalité : le courage, la sincérité, l’authenticité, l’expertise, le dévouement, la stabilité psychologique, l’autorité, etc.

Ce sont autant de caractéristiques qui peuvent être associées à une image et qui sont déterminantes dans la construction de la position présidentielle. On attend du président de la République qu’il incarne à la fois une certaine autorité, l’image de la verticalité du pouvoir, mais aussi une certaine image de proximité, par exemple. Donc, l’impact de l’image est jugé systématique et essentiel en politique. C’est devenu la variable majeure dans les analyses de la sociologie électorale. Les travaux du Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof) ont par exemple montré que lors de la campagne de 2007, la probabilité de voter pour Nicolas Sarkozy était multipliée par 4 lorsqu’il était crédité d’une qualité supplémentaire et seulement de 1,5 lorsqu’il y avait une adhésion à un point de son programme.

Les personnalités politiques essayent-elles d’ajuster leurs corps à la fonction présidentielle ?

Aujourd’hui, la plupart des hommes politiques ont des conseillers en image. Ce n’est pas neuf, François Mitterrand lui-même bénéficiait des conseils de Jacques Séguéla et d’autres conseillers en communication. On raconte que c’est à l’instigation de ce dernier que François Mitterrand s’est fait limer les incisives latérales pour offrir un sourire plus enjôleur.

On l’a vu avec Nicolas Sarkozy, qui s’adonnait à la pratique du jogging. Il courait à la fois pour offrir une plastique plus affermie, mais aussi pour présenter aussi une image de détermination, de volontarisme, d’endurance, de résistance. Des qualités aisément transposables à l’échelle politique. On a beaucoup glosé aussi sur sa taille, sur ses talonnettes, sur sa volonté de se grandir aussi par rapport à ses rivaux, notamment sur la scène internationale.

On peut également citer François Hollande qui, pour la campagne présidentielle de 2012, se livre à une cure d’amaigrissement. Peut-être par narcissisme, mais sans doute davantage pour marquer aux yeux des électeurs sa capacité à maîtriser son corps, ses désirs et faire preuve de détermination. Là où Nicolas Sarkozy faisait du sport, François Hollande envoie le même message : « Je suis maître de mon corps et de mes passions. »

Le contrôle est crucial au sommet de l’État. Le président de la République doit savoir maîtriser ses émotions dans les situations de crise. On l’a vu par exemple lors des attentats du Bataclan, ou lors de la crise des subprimes. On attend de lui cette capacité à garder le cap, la tête froide. Cet autocontrôle mis en scène par le corps participe aussi à l’ajustement au rôle présidentiel.

Est-ce que cette règle de l’apparence s’applique-t-elle pareillement aux hommes et aux femmes ?

Il y a une nuance importante, car l’apparence n’est pas un critère qui est souvent utilisé pour juger les hommes politiques, alors qu’il l’est encore, dans une certaine mesure, pour les femmes politiques. Souvenez-vous de Cécile Duflot lorsqu’elle apparaît dans l’hémicycle avec une robe à fleurs, et que des sifflements émanent des travées. C’est révélateur d’une forme de machisme ou de sexisme qui n’a pas disparu du champ politique. Cela montre bien que le corps des femmes politiques est un corps qui n’est pas neutre. Les femmes peuvent également être considérées comme des séductrices, des courtisanes ou des intrigantes. C’est un reproche qui a été adressé à Rachida Dati, par exemple.

Le risque pour ces dernières est d’être enfermées dans leur corporéité c’est-à-dire d’être réduite à leur apparence. On voit bien l’opération de réduction qui peut s’opérer, et qui tendrait à dénier à ces femmes politiques une expertise, une compétence. De ce point de vue, on peut dire que l’effet beauté n’est pas tout à fait le même pour les femmes et les hommes. Il existe toujours une lecture genrée de l’apparence.
Sources : Sud-Ouest  &  Ouest France

1 COMMENTAIRE

  1. Oui, Eric Zemmour aurait du etre le directeur de campagne de Sarah Knafo, pour donner des chances a l’equipe. Plaisanterie mise a part, sans doute ferait-il mieux, quand meme, de renoncer a sa candidature eventuelle des maintenant: il a atteint son sommet, et vouloir continuer ne pourrait que lui nuire.

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