Si Bachar al-Assad tombe, la Syrie pourrait bien se transformer pour Israël en un Gaza géant à hauts risques, alors que le Golan était jusqu’à aujourd’hui sa seule frontière relativement sûre.
Alors qu’il ne fait plus de doute pour personne que les rebelles Syriens, dans leur immense majorité, sont des islamistes radicaux souvent affiliés à Al-Qaïda, arborant le drapeau noir de ce mouvement terroriste, la ligue arabe à Doha vient de céder le siège de la Syrie à l’opposition « civile » dirigée par l’Imam sunnite démissionnaire Allkhatib.

Même ce dernier qui n’est plus dupe vient de quitter ses fonctions au sein du conseil national pour cause de mainmise des Frères musulmans qui lui ont imposé un « Premier ministre » en exil.

Lors de ce même sommet au Qatar, les pays membres ont décidés d’armer massivement les rebelles islamistes.

Des restes d’armes du conflit de l’ex-Yougoslavie pour une valeur approchant le milliard de dollars ont été achetés à la Croatie par l’Arabie Saoudite et le Qatar et sont en train d’être livrés via la Jordanie aux rebelles Syriens.

L’ouverture de ce couloir jordanien de transfert d’armes est une relative nouveauté ne datant que de mi-décembre dernier.

Il est estimé que presque 4500 tonnes d’armes ont été transférés aux rebelles par l’intermédiaire de 160 vols via la Turquie et maintenant la Jordanie depuis mi-2012.

Ces transferts d’armes sont de plus en plus inquiétants car personne ne sait l’usage qui en sera fait in fine par les bénéficiaires.

Certaines de ces armes se sont même retrouvées au Mali entre les mains des islamistes que la France combat en ce moment.

Les Nations unies ont par ailleurs diligenté une enquête dirigée par le scientifique suédois Ake Sellstrom sur l’usage d’armes chimiques par les rebelles dans la banlieue d’Alep.

De surcroît, des tirs de roquettes par les rebelles ont été effectué cette semaine au départ du territoire syrien sur Israël. Ils prenaient pour cible la garde-frontière du Tsahal et ont entraîné une riposte ferme de la part d’Israël.

A Jérusalem, les responsables israéliens s’interrogent de plus en plus sur l’insécurité ambiante qui commence à prévaloir sur sa frontière syrienne depuis le commencement de la guerre civile.

Ils se rappellent que pendant les quatre décennies du règne des Assad, père et fils, pas une balle n’a été tiré en leur direction et que le Golan représentait pour ainsi dire, la frontière la plus sure d’Israël.

Les choses changent et Israël se souvenant des 400 millions de dollars versés par l’Emir du Qatar lors de sa dernière visite au mouvement terroriste Hamas se rappelle la guerre éclair qui s’en suivit.

Si Assad tombe, la Syrie ne manquera pas de se transformer en un Gaza géant, avec les risques sécuritaires que cela engendrera pour la population civile israélienne.

Alors que les américains, qui ne souhaitent pas voir se répéter l’incident de Benghazi où leur ambassadeur est tombé sous les balles des rebelles anti-Kadhafi soutenu par l’Occident, refusent obstinément d’armer les rebelles, leurs « alliés » que sont les différentes gazo- ou petro- monarchies du Golfe persique persistent dans leur dessein de renverser Assad et de le voir se substituer par des Wahhabites irrédentistes.

Cette perspective n’est guère alléchante pour Israël qui verrait un régime totalitaire laïc syrien remplacé par un régime totalitaire wahhabite avec comme cerise sur la gâteau l’insécurité sur sa frontière du Golan et un nettoyage ethnique et religieux en règle en Syrie à l’encontre des Alaouites, Chrétiens, Druzes et Kurdes.

Entre deux maux, le moindre mal serait surement préférable. Après tout quel modèle social et de gouvernement proposent les rebelles en Syrie, si ce n’est un modèle imposé par leurs bailleurs de fonds ? Depuis quand une féodalité wahhabite à Damas serait la panacée ?

Et en quoi représenterait-elle un progrès démocratique par rapport à Assad ?

Hélas, face à Assad, le peuple syrien n’a pas l’alternative d’un pouvoir démocratique et respectueux des minorités.

Tout au contraire.

Souvenons-nous que l’opposition syrienne en exil n’exerce aucun contrôle sur les rebelles qui se battent sur le terrain.

C’est dans les rues d’Alep et de Damas que se joue l’avenir du Moyen-orient.

Si les rebelles islamistes prennent Damas, leur prochain combat sera Bagdad et le renversement du pouvoir irakien dominé par les Chiites.

Sans même parler de ce qu’adviendrait le Liban, où déjà des combats de rues font rage, du Yémen, voire de l’Afghanistan, à propos duquel des discussions ont lieu en ce moment au Qatar entre les Talibans et Hamid Karzaï pour le retour au pouvoir de ceux-là même que l’Amérique voulait chasser en 2001 !

C’est dans ce contexte qu’une seule et dernière carte reste entre les mains d’Assad.

Une entente avec Israël.

Chacun sait que la victoire des islamistes n’encouragera en rien la paix avec Israël.

Pour cela il suffit de regarder en direction du Caire de Morsi et de se souvenir de l’ambassade d’Israël, incendiée et saccagée par les partisans du président égyptien à la veille de l’arrivée d’Erdogan avec son bagage de néo-ottomanisme.

Assad et Israël ont les mêmes ennemis, l’islamisme radical sunnite qui se profile.

La promesse d’une paix avec Israël et le règlement du conflit du Golan semblent être le prix à payer pour mettre fin à la guerre civile en Syrie.

Israël a déjà tiré des salves en direction des rebelles et seul ce pays pourra faire entendre raison aux protagonistes.

Le scénario pourrait être celui d’un démantèlement de l’arsenal d’armes chimiques syriennes, un accord sur le Golan et l’organisation des élections libres sous contrôle international en 2014.

Ardavan Amir-Aslani/ Atlantico.fr Article original

Amir-Aslani est avocat au Barreau de Paris. Il intervient dans le domaine du droit public international et représente plusieurs Etats à travers le monde.

Il a publié Iran : le retour de la Perse, Picollec (16 février 2009) et La guerre des dieux : Géopolitique de la spiritualité, Nouveau Monde Editions (17 novembre 2011). Il anime un blog et un compte twitter @a_amir_aslani.

TAGS : Syrie Golan Assad Israel Géopolitique Realpolitik Alep

Benghazigate Liban sunnites Chiites Kurdes Islamistes

La rédaction de JForum, retirera d'office tout commentaire antisémite, raciste, diffamatoire ou injurieux, ou qui contrevient à la morale juive.

S’abonner
Notification pour
guest

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

10 Commentaires
Le plus récent
Le plus ancien Le plus populaire
Charlesdalger1

Oui ! Les Juifs doivent aider très activement Bachar EL ASSAD !

D’abord, parce qu’en étant impliqué dans la destruction de plus de dix mille tonnes de déchets nazislamistes, il obtient ipso facto, le titre de bienfaiteur du peuple Juif. Ensuite, pour toutes les excellentes raisons évoquées dans l’article et les commentaires.

Evidemment, pas question d’interventions de soldats hébreux, mais pourquoi pas des bombardements intensifs sur les déchets rebelles ?

Enfin, il est bon de faire durer ce conflit le plus longtemps possible. Au moins jusqu’à la destruction de cent, ou mieux deux cent mille tonnes de déchets nazislamistes, toutes sous-espèces confondues…

Ce sera toujours ça de gagner…

Richard

Qu’en pense l’interessé (Assad)? qu’en pense les voisins directs Liban et Jordanie? A mon avis le prochain pays sur la liste est la Jordanie. C’est certainement par le biais de la Jordanie qu’une collaboration pour arrêter la progression des islamistes que les choses pourraient se jouer.

gilles

Ne pas choisir entre Charybde et Scilla et pourtant Israël devra choisir !!
OU plutôt comme l’a dit l’un des lecteurs, attendre le plus longtemps possible jusqu’à la chute d’Assad, puis régler leur compte secondairement aux islamistes sans attendre qu’ils reconstituent leurs forces et sans se laisser intimider par les vociférations des Arabes et les gémissements des Européens.

Armand Maruani

Cher scipion , cher ami ,

Toi scipion qui as connu Caton l’ancien je ferai sienne sa fameuse phrase :  » Carthago delenda est  » ; mais en remplaçant Carthago par  » El Qaidum rebellium  » . Et pour finir par une note hébraïque je dirai :  » Amen  »

Amitiés

PS : Le 44 avenue Jules Ferry ne se trouvait il pas vers le Colisée ?

scipion_lafricain

Cher ami,merci pour cette sage et saine réaction, qui diffère un peu des précédentes, un seul objectif : écraser les pires ennemis d’Israêl… Tout le monde y trouvera son compte, mais aurons-nous l’accord de Moscou, (et l’accord de Paris?, où certains ne manqueront pas de crier « au scandale », dans le cas d’une intervention israélienne en Syrie… on se passera de cet accord). L’Israël risque à plus ou moins long terme de se retrouver entre Gaza au sud et une « nouvelle Syrie » battant drapeau djihadiste au nord… comme vous le soulignez, la décision est urgente… Amitiés

Armand Maruani

Il n’y a pas une seconde à réfléchir il faut écraser la rébellion car elle représente une bombe à retardement pour Israël . Je ne vois pas d’un mauvais oeil un accord Moscou – Jérusalem avec la bienveillance des Etats Unis pour écraser ces fascistes de l’Islam . Maintenant ou jamais. Sinon nous aurons à le regretter .

FEZYLB

Et oui le monde arabe est en marche et surtout ne pas intervenir car ou cella nous mene encore des familles en deuils…..en Libye au lieu d,un Kadhafy aujourdhui il y en a plusieurs…alors que les europeens n,en voulait plus au caire Moubarak est en prison……pourquoi aider Assad , Cohen pendu dans les rues de Damas ! 1966 ! Non que les USA ,l,Europe ,interviennent nous ne somme de la chair a canon y en a marre que nous faisons le travail des europeens et US .Aujourdhui je ne reconnais plus Bruxelles moitie Musulmane ainsi qu,habitant de l,est ; le Bruxellois langue morte a peine le francais et neerlandais non le monde change au contraire aujourdhui nous avons recu le premier gaz a Ashdod c,est cela qui nous sauvera il est preferable de s,allier Chypre ainsi que de renouer les relations avec la turquie et de suivre une politique de paix durable dans la region qui en a besoin car la turquie est musulmanne mais pas arabe………..ne dite jamais a un turque qu,il est arabe ! N,oublions pas que l,Iran il y a bien longlemps a remis les juifs en Israel a ne pas oublier . Aujourd,hui dernier jour de Pessah ainsi qu, Israel a recu son Gaz………que nous avons recu en ce jour de fete.

Ratfucker

Choisir entre la peste brune du Baas et le choléra vert Islamiste, c’est cornélien. Mieux vaut ne pas mettre le doigt dans un pareil guêpier. Les mésaventures de Sharon au Liban n’étaient que jeu d’enfants sous le préau à côté de ce qui nous attend en Syrie. Israël a tout intérêt à une chute aussi longue possible du régime Assad, qui a déjà couté à l’Iran une fortune en matériel , en hommes, en capitaux. Son effondrement, le plus tardif possible, sera un échec sanglant pour Ahmadinejad et les gardiens de la Révolution, qui perdront leur base avancée sur la Méditerranée et leur point d’appui au Hezbollah; les 12 millions de chômeurs iraniens, écrasés de surcroît par le blocus économique et le coût du programme nucléaire, finiront un jour par faire entendre leur voix contre la dictature. Les islamistes radicaux présentent un avantage: la rivalité saignante entre Wahabites, Frères Musulmans et Salafistes, qui se manifeste déjà en Egypte. Ce qui laisse une marge de manoeuvre à Israël.

Loutchia

Qu’attend Israël?

La France a vendu son âme au Qatar et lui obéit! Dès lors ne vous étonnez plus de rien! Nous sommes dans une ère où le monde marche sur la tête!

Jlt

Pourquoi pas, en effet ?