L’Iran a pris les commandes à l’intérieur de la Syrie et manœuvre de telle sorte, pour créer une nouvelle structure de gouvernance ; dans le même temps, le régime Assad s’est érodé pour ne devenir qu’une simple façade.On peut en trouver la preuve la plus évidente dans l’échange de prisonniers du 9 janvier, entre l’opposition et les forces du régime, autant que dans le rôle grandissant que l’Iran a joué, récemment, dans la planification des opérations militaires.
Depuis plus de six mois, maintenant, le Corps des gardiens de la Révolution Islamique (CGRI), à la fois, supervise et prend part directement aux combats du régime contre l’opposition armée, affirme Louay Moqdad, porte-parole de l’Armée Syrienne Libre, à Now Lebanon.
Les conseillers militaires iraniens, dit-il, ont mis au point des centres consacrant tous leurs efforts aux opérations conjointes avec les forces du régime, pour apporter leur soutien tactique et logistique.

“Hessam Kosh-Nevis, alias Commandant Hassan Shateri, tué en Syrie, il y a deux semaines, était un ingénieur et planificateur militaire”, rappelled Moqdad.
« C’était le Commandant de la Garde Révolutionnaire opérant à l’intérieur de la Syrie.
Le CGRI a aussi mis sur pied la nouvelle Armée Nationale récemment formée d’une force bâtie sur le modèle des Bassijis, en les entraînant et en développant ses effectifs, pour y intégrer des éléments des appareils de sécurité, des forces de police et des Shabihas.
Leur supplétif du Hezbollah, a également envoyé des forces supplémentaires ».
Selon Moqdad, au cours des deux derniers mois, le régime a retiré ses forces terrestres d’Homs, Zabadani et Qusayr, vers Damas, en pavant la voie pour que les forces du Hezbollah prennent leur place, ce qui signale aussi un affaiblissement patent du régime.
« Les récentes batailles autour de Qusayr, entre le Hezbollah et les rebelles sont directement coordonnées à partir des services de commandement conjoints récemment formés. Les Iraniens supervisent les opérations et le régime leur apporte sa couverture aérienne », explique Moqdad.
Basil Haffar, un porte-parole des Frères Musulmans, corrobore le rapport que fait Moqdad.
Il a confié à Now Lebanon, que Téhéran a accru significativement sa présence militaire à l’intérieur de la Syrie ; des responsables iraniens de haut-rang prennent les commandes logistiques, à Damas et Homs. Haffar dit aussi qu’actuellement, les industries de défense de Sfireh, à l’Est de l’Alep, qui fabriquent les désormais célèbres barils de bombes au TNT, ne sont uniquement dirigées que par des experts iraniens.
“Les Iraniens sont, de plus en plus, impliqués directement dans les combats contre l’opposition en Syrie », confie t-il.
« Le premier échange de prisonniers qui a eu lieu, depuis le début de la crise, s’est déroulé entre les rebelles, d’une part, et les Iraniens de l’autre, et pas les forces du régime ».
Ici, Haffar fait référence à l’incident de l’été dernier, lors duquel les rebelles syriens ont kidnappé 48 Iraniens à Homs, dont ils ont montré qu’il s’agissait de combattants des Gardiens de la Révolution, mais que les autorités de Téhéran préféraient décrire comme de simples “pélerins”.
Ils ont été libérés cette année, lors d’un échange de prisonniers, avec les autorités syriennes, contre 2 130 prisonniers de l’opposition.
Dans le cadre de cette négociation, le fait d’avoir privilégié les prisonniers iraniens aux dépends du sort des combattants du régime syrien montre à quel point l’Iran tire, à présent, les ficelles du régime Assad.
De plus, l’Iran est en train de mettre sur pied une milice confessionnelle à majorité alaouite et chi’ite, a expliqué à «Now Lebanon,» Ammar Abdukhamid, un militant syrien pour la démocrate, vivant à Washington D.C, directeur de la Fondation Tharwa.
Abdulhamid pense que cette nouvelle milice est conçue pour chercher à maintenir les anciennes alliances entre les communautés issues des minorités, les clans et groupes sunnites encore fidèles, tout en essayant d’en forger de nouvelles, dans l’avenir, parmi les unités rebelles qui ont le profil de
« voyous », et seraient plus intéressées à se tailler la part du lion, dans les bénéfices à tirer de l’après-guerre, que par le destin du pays.
“A ce stade”, ajoute Abdulhamid, “Assad est un simple détenteur de postes, une sorte de prospecteur-placier.
Malgré le véritable culte de la personnalité omniprésent qui entoure Assad, dans les rangs de la communauté alaouite, cela ne lui assure pas sa survie à long terme.
L’Iran, veut, en définitive, mettre en poste un groupe qui lui sera, en tout premier lieu, redevable, et pas à Assad ».
Le soutien continu de l’Iran au régime syrien a rendu évident le fait que ses dirigeants politiques réalisent que tout changement immédiat de régime en Syrie s’avérerait extrêmement nuisible à leurs propres intérêts.
De récentes remarques faites par des responsables iraniens le confirment.
A la suite de la frappe israélienne de janvier contre des cibles syriennes, le conseiller du Guide Suprême d’Iran, Ali Akbar Velayati a menacé Israël de représailles, au nom de la Syrie.
Le mollah officiel iranien Hojjat al-Islam Mehdi Taeb, qui dirige la Base Stratégique d’Ammar, a souligné l’importance stratégique de la Syrie pour l’Iran et l’a déclarée comme constituant sa
« 35ème province ».
Un membre de l’opposition syrienne et Professeur associé de l’Université d’Etat de Shawnee, Amr al-Azm, pense qu’à ce stade, l’Iran a pour but de rester l’acteur central et pertinent des évolutions en Syrie, au moins, jusqu’aux élections prévues en 2014.
“Téhéran veut construire les bases d’un régime ayant des relations fortes avec l’Iran, pour survivre, mais qui ne soit pas nécessairement chapeauté par Assad lui-même », affirme Azm.
« Le régime peut survivre ; il a, actuellement, à sa disposition des soldats bien entraînés, des ressources de pouvoir très significatives, des armes chimiques et biologiques »>Article original, et les Iraniens et les Russes de son côté.
Aussi, même s’il ne survit pas en restant intact, en tant qu’Etat en charge de la Syrie, et si l’Etat se désintègre et que différents groupes contrôlent différentes zones du pays, les restes du régime demeurent en posture très favorable pour conserver le pouvoir »>Article original.
Azm pointe, également, du doigt que le conflit en Syrie s’est transformé en guerre par procuration entre l’Iran et le régime, d’un côté, les Etats arabes et la Turquie, de l’autre.
Il perçoit les récents transferts d’armement comme ayant pour but de créer un équilibre entre les différentes puissances régionales.
Azm, faisant référence aux récents rapports attestant du fait que l’Arabie Saoudite arme les rebelles, pense que le royaume vise à contourner les groupes jihadistes présents à Alep et dans la région nord de la Syrie.
“Les Saoudiens, aux côtés d’autres pays occidentaux, principalement la Grande-Bretagne, soutiennent les brigades présents à Damas et dans le Sud, toutes les routes menant à Deraa, alors que la bande du centre, entre Alep et la frontière nord est contrôlée et influencée par la Turquie, le Qatar et les Frères Musulmans.
Les combats se déroulent au moins autant entre chacun de ces groupes supplétifs, qu’ils ne sont engagés contre le régime et l’Iran », affirme Azm.
Nadine Elali/ Now.mmedia Article original
Adaptation : Marc Brzustowski/ Lessakele Blog
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TAGS : Géopolitique Liban Syrie Iran Assad Frères Musulmans Qatar
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Shabiha
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