INTERVIEW – Kate et Itsik Zeitouni, les parents de Lee, la jeune Israélienne renversée en 2011 par une voiture, étaient entendus lundi par le juge en charge de l’affaire en France.

En septembre 2011, dans les rues de Tel-Aviv, un puissant 4 × 4 roulant à vive allure avait renversé et tué Lee Zeitouni, une jeune femme de 25 ans.

Son chauffeur et son passager, Éric Robic et Claude Khayat – tous deux français – avaient aussitôt pris la fuite pour rejoindre la France.

Plus de deux ans après ce drame qui a bouleversé les deux pays concernés, l’enquête, finalement conduite en France, se poursuit. Accompagnés de leur avocat, Me Gilles-William Goldnadel, Kate et Itsik Zeitouni, les parents de la victime, ont pour la première fois été entendus ce lundi par le juge d’instruction parisien en charge de l’affaire.

Pour ce père ébranlé, «cette affaire n’est pas un accident, mais un meurtre».

LE FIGARO – Ce rendez-vous judiciaire est-il important?

Kate et Itsik ZEITOUNI – Il est essentiel car jusqu’alors nous parlions aux médias et cette fois nous nous adressons au magistrat qui peut prendre des décisions capitales dans notre affaire. Il doit entendre ce que nous vivons depuis la mort de notre fille. Nous sommes dans un cauchemar sans fin.

Que pensez-vous d’Éric Robic et de Claude Khayat?

Selon moi, ils se comportent comme des voyous. Quand l’accident a eu lieu, ils se sont arrêtés pour vérifier seulement que leur voiture n’avait pas été endommagée. Ensuite, ils ont pris la fuite. Un accident peut arriver, malheureusement, à n’importe qui. Mais selon l’enquête et selon des témoins, ces deux hommes ont passé la nuit à prendre du plaisir et à boire.

Puis Éric Robic qui était au volant a roulé à vive allure, a grillé un feu rouge au moment où notre fille traversait la voie sur un passage protégé. Pour moi, ce n’est pas un accident mais un meurtre.
Espérez-vous que les deux suspects diront enfin toute la vérité?

Je n’attends rien d’eux et j’essaie d’ailleurs de les chasser de mes pensées. Je ne veux pas de cette colère qui m’envahit quand je pense à eux. Cela me fait trop mal. Leur comportement est inqualifiable. En prenant la fuite, ils ont empêché l’enquête d’aller au bout des investigations.

Il n’a pas été possible par exemple de faire les analyses d’alcoolémie qui s’imposaient puisqu’ils avaient quitté le pays.

Qu’attendez-vous de la justice?

Nous ne demandons pas vengeance mais nous espérons que des peines particulièrement fermes seront prononcées lors du procès dont on ignore encore la date.

Ce drame qui à l’époque avait indigné les médias israéliens mobilise-t-il toujours autant la presse de votre pays?

L’instruction de l’affaire en France est suivie de près par les médias. Tout élément nouveau est relayé dans la presse de notre pays. Le fiancé de notre fille, Roy, joue d’ailleurs un rôle énorme dans ce domaine. Il continue à mobiliser l’opinion publique autour de notre combat.

Tout ce que nous faisons c’est pour notre fille, Lee. Un an après l’accident qui avait choqué les Israéliens, les autorités du pays ont d’ailleurs durci la loi pour sanctionner le délit de fuite.

Il faut infliger des peines lourdes contre les chauffards qui brisent des vies et des familles. La nôtre ne se remettra jamais de la disparition de Lee.

Le 25 avril est la date de son anniversaire mais aussi celle d’un de ses deux frères, né une autre année que sa sœur.

Ce devrait être un jour de fête. C’est aujourd’hui un jour de grande tristesse. Voilà notre vie.

Angélique Négroni/ Le Figaro.fr Article original

Affaire Zeitouni : les contradictions gênantes des deux chauffards

Claude Khayat et Éric Robic, mis en cause dans la mort de Lee Zeitouni, avancent tous deux des versions différentes de l’accident mortel.

Difficile de tordre le cou au contenu d’écoutes téléphoniques. C’est pourtant ce que tentent de faire Claude Khayat et Éric Robic, les deux chauffards mis en cause dans la mort de Lee Zeitouni, mais d’une manière bien maladroite. Car problème: tous deux avancent des versions différentes, comme le révèlent de récents procès-verbaux de confrontation.

Dans le bureau du juge parisien en charge du dossier, Claude Khayat est ainsi une fois de plus questionné sur l’un des aspects déplaisants de l’affaire. Ce dernier, qui était passager lors de l’accident mortel, s’était, un temps, accusé en échange d’une remise de fonds par Éric Robic. Le coût de la dénonciation: 500.000 euros, comme le révélaient des interceptions télépho­niques entre lui et sa compagne.

Mais Claude Khayat, qui depuis reconnaît être le passager, jure qu’entre lui et Éric Robic, il n’a jamais été question d’argent mais seulement de liens d’amitié forts. «C’était un arrangement de cœur, dit-il ainsi au juge. J’ai décidé de dire spontanément que c’était moi car c’était un ami (Éric Robic, NDLR) et que je l’aimais beaucoup.»

«J’attendais d’être convoqué pour pouvoir démentir et je ne voulais le faire que devant un juge»

Éric Robic, qui a surtout à cœur de gommer du dossier cette entente financière, avance, quant à lui, une autre version…

Selon lui, Claude Khayat, une fois en fuite avec lui, a joint par téléphone la police de Tel-Aviv pour signaler l’accident mortel.

À la question du fonctionnaire lui demandant qui conduisait, Claude Khayat aurait, selon lui, botté en touche par faiblesse.

Et Éric Robic d’expliquer: «Quand le policier lui a demandé qui était au volant, j’étais à côté de lui et j’étais très, très mal, et pour ne pas dire que c’était moi, il a dit “nous”, car il a pas eu le cœur.»

Mais, selon Éric Robic, les médias français ont ensuite déformé les déclarations de Claude Khayat. Le «nous» a ainsi subi une curieuse transformation. «Quand on est arrivés en France, ça s’est transformé en “C’est Claude Khayat” dans tous les médias», dit-il au magistrat instructeur, en assurant: «Moi, j’attendais d’être convoqué pour pouvoir démentir et je ne voulais le faire que devant un juge…»

Pour Me Gilles William Goldnadel, l’avocat des parents de Lee Zeitouni, ces deux suspects «se comportent depuis le début de la pire des manières dans cette affaire». «Ils fuient leurs responsabilités jusque dans le paiement des cautions», poursuit-il.

Placés l’un et l’autre sous contrôle judiciaire, les deux hommes doivent, en contrepartie, s’acquitter de versements réguliers.

Une obligation que l’un et l’autre ont eu, semble t-il, du mal à respecter. Mais depuis, Éric Robic, après un très bref séjour en prison pour cause de non-paiement, a versé l’intégralité des 200.000 euros réclamés. Pour Claude Khayat, il lui reste encore une ardoise de quelques milliers d’euros.

Angélique Négroni/ Le Figaro.fr Article original

TAGS: Lee Zeitouni Roy Peled délit de fuite GW Golsnadel

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