Par Maître Bertrand Ramas-Muhlbach.

Le 20 mars 2014, un homme a été agressé à Paris par trois personnes qui scandaient « mort aux juifs, sales juifs, juifs, fils de pute ». Fin mars 2014, une famille juive de Goussainville a du se rapprocher du Président de la République pour dénoncer le calvaire que vivent ses enfants, victimes d’actes antisémites, et les exemples sont légions.

Les agressions antisémites se multiplient en France et dans le monde sans que les pouvoirs publics soient en mesure d’agir contre le fléau. Notons toutefois que si le principe est récurent, le phénomène antisémite a évolué depuis la naissance du peuple juif, dans sa nature et dans ses fondements.
Le problème que posent les juifs aux antisémites tient à leur essence.

Comme les juifs n’existent qu’en considération d’un choix Divin, c’est donc au message religieux qu’il a tout d’abord fallu s’attaquer. Dans la Bible, le peuple juif a été élu (Genèse 17.19 ; 17,20 ; 17.21, Exode 19, 5-6 ; Deut 14,2 ; Amos 3,2) pour transmettre au monde son message universel. Or, la relation entre le Ciel et le peuple juif est particulière puisqu’elle s’opère dans un attachement très profond, comme s’il s’agissait d’une relation amoureuse (Deut 7, 7-8 : l’Eternel s’est attaché à vous… il vous aime) même s’il a été temporairement répudié (Amos, 5,21-27). Aussi, l’antisémitisme s’est-il construit, dans un premier temps, à partir de thèmes religieux dans les sociétés, chrétienne puis musulmane, avant de devenir également athée lorsque les sociétés sont devenues laïques.

Dans sa forme classique, l’antisémitisme consiste dans des attaques individuelles ou collectives des Juifs par le biais d’injures, de diffamation, de dénigrement, de harcèlement individuel, de vols, d’insultes, de menaces de mort, de spoliation, d’expulsion, d’attaques de leurs biens et des synagogue, d’assassinats (ou désormais, de façon plus insidieuse, par la négation des crimes contre l’humanité commis au cours de la seconde guerre mondiale). C’était la personne du juif qui était alors prise pour cible.
L’antisémitisme a, par la suite, évolué lors de la naissance d’Israël. A côté des violences faites aux juifs, l’éradication de l’Etat juif est devenue impérieuse. Aussi, des actes terroristes y sont, depuis, perpétrés sans relâche, dans une promesse des ennemis d’Israël de ne jamais abandonner le combat contre l’entité sioniste. Lorsque aucune séparation ne coupait Israël des zones occupées par les palestiniens, les attaques contre Israël ne posaient pas de problèmes particuliers. Avec la construction de la barrière de sécurité, les ennemis de l’Etat juif procèdent maintenant en creusant des tunnels sous la frontière, ou en livrant des armes aux terroristes installés à ses portes. Ce faisant, la cible n’est plus uniquement le peuple juif, mais également le principe de l’attachement à la terre sur laquelle il doit s’établir. De religieux, l’antisémitisme est alors également devenu laïc et athée.
S’agissant de l’antisémitisme religieux, il s’agit d’une forme de « complexe d’Œdipe spirituel », à l’instar de ce que Sigmund Freud a décrit, s’agissant du désir inconscient pour un enfant, d’entretenir une relation amoureuse avec le parent du sexe opposé en éliminant le parent rival du même sexe. Comme les religions Chrétienne et musulmane sont, en quelques sortes, les filles du judaïsme (dont elles ont emprunté les principes et les fondements avant de les aménager en fonction des évènements historiques les concernant), les textes des Evangiles et du Coran ont inséré des postulats selon lesquels D. aurait définitivement abandonné le peuple juif (l’obstacle gênant) pour qu’il soit banni, voire éliminé physiquement, afin de fusionner, de façon exclusive, avec le Ciel. En d’autres termes, l’antisémitisme religieux est une transposition du complexe d’Œdipe, sur un plan spirituel, avec la volonté de prendre la place du peuple juif en tant que guide moral, afin de s’unir spirituellement avec le Ciel, dans un schéma « jalousie, frustration, violence » pour éliminer le rival et en effacer la trace.

Lorsque les sociétés sont devenues laïques, l’antisémitisme est également devenu athée avec une haine des juifs en dehors de toute compréhension religieuse de l’univers, un peu comme si le fondement de l’antisémitisme était devenu démocratique : si les hommes sont égaux, il ne saurait y avoir une variété particulière d’individus que l’on nommerait « juifs », basée sur des textes religieux (absurdes). Dans ces sociétés, le monde et l’homme sont extérieurs à tout projet transcendantal. Aussi, le fait pour le juif de se considérer exclusivement en rapport avec un choix divin, n’est que pure ineptie et parfaitement irrationnel. Pour les antisémites athées, le mal fait aux juifs, illustre l’absence d’attention particulière du Ciel à son endroit, et son incapacité à le protéger. S’en prendre aux juifs devient alors une obligation, sauf à admettre qu’une partie de la réalité humaine échappe. Inversement, éliminer les juifs une bonne fois pour toute, permettrait de démontrer que le judaïsme n’est qu’un délire intériorisé.

Avec la naissance d’Israël, l’antisémitisme a encore évolué : il conjugue l’antisémitisme religieux musulman et l’antisémitisme athée. La guerre israélo arabe a été déclenchée par les pays arabes, pour défaire l’Etat juif le lendemain de sa naissance, le 14 mai 1948. Faute d’y arriver, il a fallu inventer le peuple palestinien et se fonder sur le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, pour justifier la revendication de droits concurrents sur la terre (en 1968, la charte de l’Olp a donc substitué la notion de « peuple palestinien » à celui de « population arabe de Palestine »). Cela n’a pas encore suffit. Il a donc été nécessaire de développer un antisémitisme religieux musulman avec le Hamas, pour combattre la thèse d’une terre promise sur laquelle les juifs doivent s’établir. L’éradication d’Israël démontrerait la fausseté du message religieux et l’absence d’affectation de la terre à ce peuple. Mais le mécanisme n’est toujours pas efficient.

Il a donc été imaginé de délégitimer l’Etat d’Israël, avec la campagne BDS, avec un boycott des universités israéliennes, des artistes israéliens, des produits israéliens, un arrêt des subventions internationales allouées aux entreprises implantées dans les territoires qui dépendaient antérieurement de la souveraineté jordanienne (avant que la Jordanie n’y renonce).
Sans vouloir faire preuve d’un pessimisme démesuré, l’antisémitisme devrait cesser aux temps messianiques (s’il en est). A cette époque, « les nations finiront par reconnaître tous les torts qu’elles ont causés à Israël » (Isaïe 52,13 ; 53,5), « les cités en ruine d’Israël seront restaurées (Ezechiel 16,55), « les Peuples du monde se tourneront vers les juifs pour être spirituellement guidés par eux » (Zacharie 8,23), et « vénèreront le Dieu Un d’Israël » (Isaïe 2,17). Le peuple d’Israël sera « messager de la paix » (Isaïe 52,7), et vivra « dans une joie et un bonheur éternel » (Isaïe 51,11), sur sa terre d’origine (Isaïe 11,12), avec la reconstruction du Temple (Ezéchiel 40), pour que la Maison devienne un lieu de prière pour tous les Peuples (Isaïe 56,7) pour toutes les cultures et toutes les nations (Isaïe 11,10)…

Il n’y aura alors plus d’antisémites athées puisque la vocation du monde aura été reconnue comme étant en lien avec les prévisions Bibliques, ni d’antisémites religieux puisque la Vérité du Judaïsme sera embrassée par l’ensemble des nations. En attendant, le monde aura toujours besoin de son bouc émissaire, un peuple chargé des fautes et de tous les malheurs du monde (soit l’expiation du Lévitique 16, 7-10).

Par Maître Bertrand Ramas-Muhlbach.

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