Le gouvernement lance cemardi une expérimentation du CV anonyme, trois ans et demi après le vote d’une loi censée généraliser et rendre obligatoire cet outil contre le racisme à l’embauche.

Le CV anonyme permet, non pas d’être recruté, mais de franchir la première barrière liée aux préjugés sur la couleur de peau, la consonance étrangère du nom de famille, du prénom, ou du lieu de résidence et d’être convoqué pour un entretien, selon ses promoteurs, comme l’association SOS Racisme.

Mollement soutenu par les syndicats face à un patronat peu enclin à s’imposer ce type d’obligation, cet outil n’est expérimenté que dans une poignée d’entreprises volontaires, comme Axa, Casino ou Sanofi-Aventis.

Reprochant aux partenaires sociaux d’être trop passifs, le gouvernement veut aller de l’avant, mais sans utiliser la contrainte, à la différence du volontarisme affiché en faveur des seniors et des handicapés.

Pas question donc de publier le décret d’application de la loi du 2 avril 2006 sur l’égalité des chances qui rendait le CV anonyme obligatoire dans les entreprises de plus de 50 salariés, au terme d’un amendement UDF au Sénat.

« Nous n’avancerons pas par la contrainte mais par la conviction et le pragmatisme », avait défendu Nicolas Sarkozy dans un discours sur la diversité avant Noël 2008, dans lequel il souhaitait que « le CV anonyme devienne un réflexe pour les employeurs » et proposait à cent entreprises de l’expérimenter.

A ce jour, près de 50 entreprises ont répondu présent, et formalisé leur engagement auprès du commissaire à la Diversité Yazid Sabeg, qui présentera l’opération à l’Assemblée nationale mardi, avec les ministres Xavier Darcos (Travail), Laurent Wauquiez (Emploi) et Eric Besson (Immigration).

Cette expérimentation coïncide avec l’ouverture lundi d’un débat sur « l’identité nationale » voulu par Nicolas Sarkozy.

Les mentions du CV qui seront anonymisées dans le cadre de l’expérimentation sont les nom et prénom, l’adresse, y compris électronique, le sexe, l’âge ou la date de naissance, le lieu de naissance, la nationalité, la situation de famille et la photo s’il y en a une.

L’expérimentation, pilotée par Pôle emploi, s’achèvera fin avril, avec un bilan à la clé.

Cette expérimentation s’inscrit dans le sillage des initiatives des pouvoirs publics pour donner des gages à la jeunesse d’origine immigrée depuis les émeutes de banlieues en novembre 2005, parallèlement à un durcissement de la politique d’immigration et du discours sur l’identité française.

Une partie des jeunes issus de l’immigration, ceux dont les parents sont nés au Maghreb, en Turquie, et en Afrique noire, peine toujours à s’insérer sur le marché du travail, y compris les diplômés. Cela vaut aussi pour les Antillais.

Un chiffre illustre la relégation des jeunes d’origine maghrébine: 18% sont intérimaires en fin de troisième année de vie active (7% en moyenne dans leur génération), selon une étude du Centre de recherche sur l’emploi et les qualifications (Céreq) portant sur des jeunes sortis de l’école en 2004.

En 2007, le Bureau international du travail (BIT) a constaté que « près de quatre fois sur cinq », un employeur préfère embaucher un candidat d’origine hexagonale ancienne plutôt qu’un autre d’origine maghrébine ou noire africaine.

Une discrimination, qui constitue un délit passible de prison et d’amende, selon le code du travail.

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