Les origines du parti du Hezbollah sont bien antérieures à l’opération israélienne “Paix en Galilée” au Sud-Liban, en 1982, alors qu’il fêtait dimanche 25 mai, le retrait de 2000.

Ce dimanche, le Hezbollah a célébré le “Jour de la Libération”, censé commémorer le retrait israélien du Sud-Liban, en 2000. Le Hezbollah a inventé de nombreux mythes, qu’il a taillés sur mesure, autour de sa guerre contre Israël, mais la manière dont il a utilisé Israël pour tisser la légende concernant sa naissance, est particulièrement curieuse.
Ainsi, selon le récit conventionnel, soigneusement cultivé par le Hezbollah, cette organisation aurait été fondée pour répliquer à l’invasion israélienne de 1982. En fait, s’il n’y avait pas eu cette “divine surprise” de l’opération “Paix en Galilée”, selon ce que prétend être ce mouvement, il n’est pas évident du tout que le Hezbollah aurait pu naître de la même façon et qu’il parvienne à justifier son existence en tant que soi-disant « parti de la Résistance« .
La “question des origines” devient, de plus en plus, obsédante, à mesure que sa légitimité est mise en cause, pour son implication en Syrie, en tant que légion étrangère iranienne. Si bien qu’on se demande si c’est le Hezbollah qui devrait fêter ce “retrait”, ou si, ce faisant, Israël lui a retiré sa justification, le vernis de sa “libanité” semblant s’écailler d’année en année… La “résistance” se transforme, à vue d’œil, en occupation, de la Syrie d’abord, du Liban, de façon plus générale, où il tient d’abord par la crainte qu’il inspire et dont il verrouille le jeu parlementaire et donc, la souveraineté.
A la suite de plusieurs déclarations contradictoires, faites par deux officiers supérieurs chevronnés des Gardiens de la Révolution, un forum “pro-Hezbollah” s’est, récemment, engouffré dans un intense débat sur le degré d’allégeance de l’organisation.
Selon une déclaration obtenue et traduite par le Groupe israélien de Renseignements, le SITE Article original, ce forum Qawem Article original est le foyer d’un intense débat sur le rôle du Hezbollah et les perceptions de la souveraineté libanaise. Cette controverse en ligne met, aussi, en avant la stratégie de l’Iran en Syrie et concernant d’autres sujets régionaux.
Les commentaires, faits le 4 mai, par le Général de Brigade Hossein Hamadani , des Gardiens de la Révolution, sur l’implication de l’Iran en Syrie, jette une lumière crue sur les origines et la fonction réelle du Hezbollah. Selon l’Agence Mehr, Hamadani a déclaré : “Par la grâce d’Allah, les Iraniens ont créé un second Hezbollah en Syrie…” à savoir que l’Iran en avait bien déjà créé un premier »>Article original. Un peu plus tard, Radio Free Europe Liberty Article original a mentionné que les propos de Hamadani avaient été supprimés du site d’un autre organisme de presse prédominant iranien (l’ agence FARS Article original).

L’impact de ces propos venaient renforcer ceux de précédentes déclarations d’un ancien commandant des Gardiens de la Révolution, le Général-Major Yahya Rahim Safavi, qui avait dit : “L’influence de l’Iran et de sa Révolution Islamique s’est répandue jusqu’aux frontières du régime sioniste…” – Il est encore clair que le Hezbollah n’a pas eu de naissance propre au Liban, mais qu’il n’est qu’une émanation de la volonté iranienne.

Le Gnl Safavi, autre général bavard iranien.
Safavi qui joue actuellement le rôle de conseiller du Guide Suprême iranien Ali Khamenei, a aussi révélé une hypothèse aussi puissante que périlleuse : Si le régime Assad s’effondre, dit-il, « … ce sera ensuite le tour du Hezbollah du Liban, du gouvernement islamique d’Irak (de Maliki), et, en définitive, de la République d’Iran « … La formulation de Safavi explique le mieux pourquoi l’Iran est aussi impliqué en Syrie. Ce n’est pas uniquement une question d’intérêts ou d’hégémonie, mais plus prosaïquement, c’est une vraie question de survie pour le régime.
En outre, le narratif iranien sur son rôle en Syrie évolue continuellement. En dépit des démentis Article original, le Commandant des Forces Al Qods des Gardiens de la Révolution, Qassem Souleimani, a affirmé, en 2013, que : “Nous défendrons la Syrie jusqu’à la fin, selon le site Hamshahri Article original. Plus récemment, dans le cadre de ses propos controversés, le Général Hamadani a aussi spécifié Article original que : “Dans les conditions actuelles, l’Iran est une puissance cachée et d’une ampleur inconnue, en Syrie”…
Pour couronner le tout, dans un entretien spécial avec la TV Al-Mayadeen (inféodée au Hezbollah), vendredi, à l’occasion du “Jour de la Libération”, le n° 2 du Hezbollah, Naïm Qassem, qui, d’habitude, colle au scénario, a livré des détails qui sapent le narratif conventionnel sur la genèse du mouvement et le rôle joué par l’Iran. “La fondation du Hezbollah est, certes, liée à l’invasion israélienne… mais ce n’est pas la raison pour laquelle on l’a créé”. Par cette déclaration, Qassem ne fait pas que saboter un récit officiel promulgué docilement par les journalistes et universitaires depuis des années, mais il contredit aussi, de plein fouet, son propre patron, le Secrétaire Général du Hezbollah, Hassan Nasrallah.

Naïm Qassem, n°2 du Hezb.
Dans toutes ses déclarations, depuis un certain nombre d’années, après le retrait israélien, Nasrallah a insisté sur le fait que : “le fondement de la création du Hezbollah remonte aux circonstances de l’invasion du Liban, par l’ennemi israélien, en 1982… Si nous remontons à la raison fondamentale, c’est l’invasion israélienne du Liban”.
En fait, a expliqué Qassem, 1982 a été l’occasion d’assister à “la création pratique” du Hezbollah, mais cela a été précédé par une longue phase de création “de ses fondements théoriques”. Comme je l’ai mentionné dans un essai sur cette période Article original de l’histoire secrète du Hezbollah, la genèse d’avant 1982 est liée au réseau des cadres révolutionnaires iraniens, particulièrement ceux fidèles à l’Imam Ruhollah Khomeiny, qui opèraient au Liban dans les années 1970. Ces activistes travaillaient à recruter de jeunes Chi’ites qui se soumettaient à la guidance et à l’autorité religieuse de Khomeiny (marja’iya). Beaucoup de ces agents iraniens étaient aussi impliqués dans l’enseignement, l’endoctrinement visant à propager le message de Khomeiny.
Un prédicateur khomeiniste iranien, Sayyed Issa Tabatabai, actif au Liban au milieu des années 1970, a obtenu toute la reconnaissance de Nasrallah, dans un discours d’octobre dernier. Tabatabaï, qui dirigeait diverses institutions iraniennes au Liban, a joué un rôle important dans le recrutement et la préparation des jeunes Chi’ites qui devenaient membres du Hezbollah. La familiarité des cadres khomeinistes avec le Liban et la reconnaissance des activistes khomeinistes libanais envers eux démentent l’assertion de Qassem, durant cette interview, disant que : “notre domaine d’action n’avait pas connaissance de l’Imam Khomeini et de son mouvement en Iran et en Irak”.
Cependant, pour répondre à une question sur la façon dont le Hezbollah a reçu son nom, Qassem, a souligné par inadvertance, ces interactions, et le fait que le Hezbollah soit inséparable de la révolution iranienne .
Qassem a répondu à ce problème du nom même du Hezbollah dans son livre, mais il a oublié un détail qu’il a révélé durant l’interview : “Six mois après la formation du parti, l’idée de “Hezbollah” a commencé à émerger de la base. Ce nom correspondait à une émulation à l’égard du Hezbollah qui existait déjà en Iran”.
Qassem a tout-à-fait raison : le Hezbollah du Liban était un clone du Hezbollah en Iran. Mais le Hezbollah iranien avait une signification très spécifique dans le contexte politique iranien, durant la période critique entre 1979 et 1981. Peu de temps après le retour de Khomeiny en Iran, en 1979, ses disciples – dont beaucoup étaient opérationnels au Liban, dans les années 1970 – et d’autres membres radicaux du clergé chi’ite ont formé le Parti de la République Islamique. Ils ont alors commencé à s’appeler “Hezbollah” et, au cours de l’été de 1981, le parti de la République islamique a finalement infligé une défaite irréversible à ses rivaux intérieurs – qui étaient alliés à Musa Sadr et au mouvement Amal – et ils contrôlaient désormais le gouvernement, qu’ils appelaient le “Gouvernement du Hezbollah ”.
Qassem a expliqué que Khomeiny “considérait le peuple tout entier comme faisant partie du Hezbollah. Le peuple y serait formé et guidé à partir de l’influence des mosquées : ce sont les érudits ( ‘ulama) qui appliqueraient et transmettraient les idées de l’Imam, ses positions politiques et mobiliseraient ainsi le peuple”. En fait, cette mobilisation censée être menée par les mosquées, que décrit Qassem, a été réalisée par d’autres structures et organismes, s’alignant sur ou dirigés par le Parti de la République Islamique, comme les comités révolutionnaires. Il n’y a pas de hasard, en 1978-79, les cadres qui étaient en train de devenir le Hezbollah, ont, parallèlement, formé au Liban les “Comités de soutien à la Révolution islamique”. Les comités iraniens étaient organisés par l’Association du Clergé Militant, au sein de laquelle, les membres fondateurs étaient Ali Khamenei (actuel guide suprême) et Mohamed Beheshti, le secrétaire général du parti de la République Islamique, tué en 1981. L’Association était, de la même façon, clonée au Liban, sous la forme du “Clergé militant du Liban”, qui organisait des rassemblements pro-Khomeiny.
“Le Hezbollah”, a poursuivi Qassem, “dépendait de cette ferveur populaire”. En réalité, le parti de la République islamique – le Hezbollah– exerçait le pouvoir dans les rues, grâce à des gangs de voyous qu’on appelait les Hezbollahis. Ils étaient dirigés par un jeune protégé de Khomeiny, qui se trouvait, également au Liban en 1978, s’appelant Hadi Ghaffari. Ses gangs hezbollahis harcelaient et persécutaient les manifestants, les journaux critiques du gouvernement révolutionnaire et les opposants politiques.
Par une image bien caractéristique de ce qu’on voit au Liban et devrait attirer l’attention, ces Hezbollahis traversaient aussi les rues en chevauchant des motos, et en déployant leurs drapeaux et banderoles.
C’est aussi facile de voir à quel point les pratiques de ces Hezbollahis iraniens reflètent en miroir celles de leurs clones libanais, comme le prouve le meurtre du militant Hashem Salman Article original, ou l’actuelle campagne d’intimidation Article original contre la rédactrice en chef de Now Lebanon Article original, Hanin Ghaddar – permettant de décrire pleinement le Hezbollah comme la bande de voyous qu’il n’a jamais cessé d’être.
Les révélations de Qassem, disant que le Hezbollah n’est qu’une émulation de son prédécesseur iranien étaient exactes, mais pas seulement dans le sens où lui-même l’entendait. Par ses commentaires commémorant, dans cette interview, le “Jour de la Libération”, Qassem a, en réalité, éclairé, bien plus qu’il ne le réalisait, le contexte iranien d’où les structures du Hezbollah ont surgi, ainsi que la véritable nature de ce groupe.
Tony Badran est chercheur à la Foundation for Defense of Democracies. Il tweete : @AcrossTheBay Article original.
http://www.longwarjournal.org/threat-matrix/archives/2014/05/irans_levantine_strategy.php#
https://now.mmedia.me/lb/en/commentaryanalysis/548342-hezbollahs-foreign-origins
La rédaction de JForum, retirera d'office tout commentaire antisémite, raciste, diffamatoire ou injurieux, ou qui contrevient à la morale juive.
Lors de l’opération Paix en Galilée, les blindés de Tsahal avaient été accueillis par la population chiite et chrétienne du Sud Liban avec des fleurs et des poignées de riz, car ils mettaient fin à 12 ans de terreur et d’oppression palestinienne dans le Fatahland. C’est l’argent iranien qui a créé de toutes pièces le Hezbollah, et en a fait une milice supplétive de son corps expéditionnaire colonial.