Comme l’Iran, Erdogan a pour objectif de détruire l’ordre mondial pour le remplacer par un empire islamique.

Pour la plupart des occidentaux, la Turquie donne beaucoup de fil à retordre.

Comment saisir un Etat parrain du terrorisme également membre de l’OTAN ?

Comment comprendre la facilitation par la Turquie de l’indépendance kurde en Irak à la lumière de 100 ans d’opposition turque à l’indépendance kurde ?

A quoi tente de parvenir ici le Premier ministre turc Recyp Tayyep Erdogan ?

Est-il stupide ?

Sur le front du soutien au terrorisme, aujourd’hui la Turquie rivalise avec l’Iran pour le titre de principal Etat parrain du terrorisme.

D’abord il y a le Hamas. La semaine dernière, un officier de sécurité israélien a déclaré aux media que l’enlèvement de Naftali Frankel, Gilad Shaer et Eyal Yifrah a été organisé et dirigé par Saleh al-Arouri, commandant du Hamas opérant depuis la Turquie.

La Turquie a fait bon accueil au Hamas sur son territoire et y a servi de base de lancement à l’ouest depuis que le groupe terroriste jihadiste a gagné les élections législatives palestiniennes en 2006. Erdogan a joué un rôle clé pour obtenir que l’UE considère le Hamas comme un acteur légitime, en dépit de ses objectifs génocidaires avoués.

Puis il y a al Qaïda. Comme Daniel Pipes l’a documenté dans le ‘Washington Times’ la semaine dernière, la Turquie a été le grand partisan et facilitateur de « l’Etat islamique en Irak et au Levant » (EEIL) .

Le gouvernement d’Erdogan a autorisé les combattants d’EEIL à s’entraîner en Turquie et à traverser les frontières entre la Turquie et la Syrie à leur guise, pour participer aux combats. De plus, selon Pipes, « la Turquie a apporté le gros des fonds de l’EEIL, sa logistique, son entraînement et ses armes ».

De même la Turquie a parrainé le Front al Nosra, l’homologue EEIL d’al Qaïda allié en Syrie.

Le régime Assad n’est pas la seule cible des forces alignées sur al Qaïda parrainées par la Turquie en Syrie. Ils ont aussi été engagés dans de lourds combats contre Royava, l’Etat kurde émergent au Nord Ouest de la Syrie. Pourtant cette même Turquie qui parraine l’agression d’al Qaïda contre le Kurdistan syrien a facilité l’indépendance du Kurdistan irakien.

En transgressant la loi irakienne qui exige que les Kurdes vendent leur pétrole via le gouvernement central en partageant les revenus du pétrole avec lui, au début de ce mois, la Turquie a signé un accord sur 50 ans autorisant les Kurdes à exporter le pétrole vers le marché mondial via un oléoduc turc. Les Kurdes pompent actuellement environ 120.000 barils de pétrole par jour vers le port turc de Ceyhan.

Des officiels turcs de très haut niveau en sont venus ouvertement ces dernières semaines à soutenir l’indépendance kurde irakienne à l’encontre de Bagdad.

Après la prise de Mossoul par EEIL, Hussein Celik Article original, le porte-parole du parti dirigeant d’Erdogan AKP, a déclaré au service d’information kurde Rudaw Article original : « Il est devenu parfaitement clair pour nous que l’Irak est devenu pratiquement divisé en trois parties ».

Reprochant au Premier ministre irakien Nouri al-Maliki l’instabilité de l’Irak, Celik a déclara : « Les Kurdes d’Irak peuvent décider où vivre et sous quelle direction. La Turquie ne décide pas pour eux ».

A ce jour, la majorité des analyses occidentales sur la conduite du régime Erdogan ont tourné court parce que leurs auteurs ignorent son but stratégique. De ce fait, les analyses sur la Turquie sont similaires à celles sur ses homologues chiites en Iran. Et les objectifs des deux régimes sont écartés pour la même raison : les observateurs occidentaux ne peuvent pas s’identifier avec.

L’Iran n’est pas une puissance en état stable. C’est une puissance révolutionnaire. L’objectif de l’Iran n’est pas l’hégémonie régionale en soi, mais la suprématie mondiale. Comme Lee Smith l’a récemment noté, deux décennies avant qu’al Qaïda ne survînt, avec l’objectif d’établir un califat islamique mondial, l’ayatollah Khomeini avait déjà fait de la division islamique du monde entre la Maison de l’islam ‘Dar al Islam’ »>Article original et la maison de la Guerre ‘Dar el Harb’ »>Article original le fondement de la politique étrangère de l’Iran. Il considérait sa théocratie chiite comme le conducteur légitime de l’empire islamique qui détruirait tous les non-croyants et leur civilisation.

Le premier acte de politique étrangère de l’Iran – la prise de l’ambassade des USA à Téhéran – a été une déclaration de guerre contre les USA, mais aussi contre le système des Etats Nations dans leur ensemble.

L’Iran a utilisé le terrorisme, la guerre asymétrique et la subversion pour parvenir à ses fins parce que de telles tactiques mènent au chaos.

Comme l’expert de l’Iran, Michael Ledeen l’a écrit la semaine dernière, pour vaincre les USA en Irak, « le régime iranien a provoqué toutes sortes de violences, des formes ethniques aux formes tribales, parce qu’ils croyaient être mieux à même d’opérer dans le chaos ».

Les USA n’ont pas compris la stratégie de l’Iran, parce qu’ils pensaient que les USA étaient incapables de se résigner au fait que d’autres acteurs ne recherchent pas la stabilité comme ils le font.

De même que les mollahs iraniens, Erdogan et ses collègues rejettent aussi le système des Etats Nations. Dans leur cas, ils souhaitent le remplacer par l’Empire Ottoman restauré.

Emettant cet objectif dans un discours au printemps 2012, Erdogan a décrit la mission de la Turquie ainsi : « Dans la marche historique de notre sainte nation, la Parti AK signe la naissance d’une puissance mondiale et a pour mission un nouvel ordre mondial. C’est le centenaire de notre sortie du Moyen-Orient après la défaite ottomane pendant la Première Guerre Mondiale »>Article original. Quoi que nous ayons perdu entre 1911 et 1923, quelles que soient les territoires dont nous nous soyons retirés, de 2011 à 2023, nous irons de nouveau à la rencontre de nos frères sur ces terres ».

Pour atteindre cet objectif, comme l’Iran, la Turquie cherche à déstabiliser des Etats et à réduire des peuples à leur identité ethnique, infra nationale. L’argument est que, en divisant des sociétés en leurs composantes particulières, les différents groupes seront tous plus faibles qu’un seul Etat unifié, et tous se sentiront menacés par un autre et nécessitant un soutien externe.

C’est le même modèle qu’Erdogan poursuit en Turquie pour refaire son moule ottoman.

Comme Amir Taheri l’a expliqué en octobre dernier, Erdogan a encouragé des membres de groupes ethniques intégrés depuis longtemps au sein de la culture turque élargie, à redécouvrir leurs identités disparates, à apprendre leur langue d’origine et ainsi à se séparer de la culture de la majorité du pays. Et au moment même où il réprime les Kurdes, les Alevis et les Arméniens, minorités qui ont maintenu leurs identités à grands frais.

Parallèlement à sa tentative de soumettre les Kurdes, les Alevis et les Arméniens dans un plus grand bourbier d’ethnicités séparées infra turques, Erdogan a assidûment cultivé des centaines d’associations de ‘Frères Musulmans’ pour permettre leur prise de contrôle de mosquées et d’autres institutions clés et construire un soutien de base à travers le pays au suprématisme musulman

En fragmentant la société turque en des composantes oubliées depuis longtemps tout en les unifiant sous l’islam radical, il souhaite unifier le pays sous la férule du sultanat tout en divisant ses diverses fractions l’une contre l’autre pour maintenir le soutien au régime sur le long terme ;

La répression des Kurdes sur leur territoire implique de leur refuser une aide extérieure. En agissant comme le meilleur ami du Kurdistan irakien, Erdogan espère atténuer leur soutien aux Kurdes de Turquie.

Alors que la Turquie et l’Iran rivalisent pour saper le système international, leurs objectifs sont les mêmes, et leurs stratégies pour les atteindre sont aussi les mêmes. Mais alors que leur stratégie du chaos est brillante à sa manière, elle est aussi à haut risque. Par son essence même, le chaos est difficile, si ce n’est impossible à contrôler. Des situations échappent souvent. Des plans ont un effet en boomerang.

Ce que nous observons aujourd’hui en Syrie et en Irak et plus largement dans la région, démontre les inconvénients de la stratégie du chaos.

Comme Pinchas Inbari l’a détaillé dans un récent rapport au ‘Jerusalem Center for Public Affairs’ (JCPA), la guerre civile syrienne provoque le départ du pays de millions de Syriens et leur migration change la face de nombreux pays.

Par exemple, leur arrivée au Liban a transformé l’Etat multiethnique en un autre à majorité sunnite, diluant ainsi la base du support au Hezbollah.

Les Kurdes en Irak peuvent ressentir leur inclinaison pour la Turquie aujourd’hui. Mais il n’y a aucune raison de croire que cela reste vrai longtemps. L’unité kurde à travers l’Irak, la Syrie, la Turquie et l’Iran ne déstabilisera pas seulement la Turquie, mais aussi l’Iran où les Kurdes constituent environ 10 % de la population. Le Kurdistan iranien est aussi contigu des provinces Azéries. Les Azéris constituent près de la moitié de la population de l’Iran.

Comme pour l’EEIL, elle enregistre des victoires aujourd’hui. Mais ses forces sont largement dépassées par les Baathistes et les tribus sunnites qui ont vaincu al Qaïda en 2006. Il n’y a aucune raison de penser que ces groupes disparates ne se lasseront pas de leurs nouveaux tyrans médiévaux.

Nombre de commentateurs ont déclaré que les revers de la récente politique étrangère d’Erdogan dans le monde arabe l’ont convaincu d’abandonner le « néo ottomanisme » pour des objectifs plus modestes. Mais son soutien au Kurdistan irakien, et son parrainage d’EEIL, d’al Nusra, des ‘Frères Musulmans’ et du Hamas révèlent une autre histoire.

Erdogan demeure un impérialiste islamique.

Comme l’Iran, il a pour objectif de détruire l’ordre mondial et de le remplacer par un empire islamique. Mais comme l’Iran, si ses adversaires s’avisent de ce qu’il trame, il ne sera pas très difficile de le battre à son propre jeu en utilisant ses succès pour le vaincre.

Dernier ouvrage de l’auteur publié en avril 2013 :

The Israeli Solution : A One-State Plan for Peace in the Middle East”

Par CAROLINE B. GLICK

Jerusalem Post 24/06/2014

jpost.com Article original

Adaptation française de Sentinelle 5774 ©

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yacotito

Comment saisir un Etat parrain du terrorisme également membre de l’OTAN ?

simple: il faut l’en exclure: Les pays arabes s’infiltrent dans les organisations internationales pour mieux les paraliser