L’Iran utilise un l’adresse fictive d’un néoconservateur réputé pour pirater ses ennemis.
John Bolton, l’ancien Ambassadeur à l’ONU sous George W. Bush, joue un rôle inattendu de tout premier plan, dans la dernière campagne de cyber-espionnage iranien.
Dans sa guerre des renseignements contre l’Amérique, le régime de Téhéran a une nouvelle arme : « John R. Bolton ».
Non que l’Iran ait réussi à retourner l’ancien Ambassadeur de Bush aux Nations-Unies pour en faire agent dormant. Mais, les hackers, qu’on pense être liés au gouvernement de Téhéran, se sont présentés en ligne comme étant Bolton, sur les plateformes de réseaux sociaux, avec le projet d’obtenir les mots de passe et noms d’utilisateur de militants des droits de l’homme et autres membres de la sécurité nationale ayant mordu à l’hameçon.
Le faux compte LinkedIn de Bolton offre une fenêtre sur la façon dont les hackers de l’Iran tentent de pénétrer les réseaux politiques des adversaires de leur gouvernement. La plupart des experts disent que l’Iran ne dispose pas des moyens sophistiqués pour lancer le genre d’attaques cybernétiques sophistiquées qu’il a, lui-même, subies, de la part de l’Occident, telles que le ver Stuxnet, qui s’est infiltré dans les ordinateurs des installations d’enrichissement d’uranium comme à Natanz. Mais l’attaque Linkedin et d’autres du même genre, découvertes cette semaine par une entreprise de cybersécurité iSight Partners Article original montrent à quel point les cyberespions de l’Iran peuvent s’avérer particulièrement agressifs et persévérants, en matière d’obtention du genre d’informations personnelles qui puissent ensuite être utilisées pour faire chanter et compromettre les personnes que le régime iranien considère comme ses principaux ennemis à Washington.
Voici comment cela fonctionne. “John R. Bolton” envoie une requête pour se connecter avec vous, sur LinkedIn. Si vous répondez, il commence à lancer une conversation via sa fonction de message privé. Au bout d’une certaine période de temps, plusieurs semaines, le hacker établit la confiance, puis « Bolton » vous demande vos coordonnées pour un nouveau site en ligne qu’il vient de lancer. Quand vous allez sur ce site internet – qui n’est pas encore ouvert au public – on vous demande votre e-mail et votre mot de passe. Si vous acceptez de procéder au transfert de données, cela ne prendra que quelques heures avant que le Hacker à Téhéran n’ait fini de télécharger toute votre correspondance électronique !
C’est exactement ce qui est arrivé à Kit Bigelow, l’une des principales avocates à Washington des Baha’i, une confession religieuse qui fait l’objet de persécutions et mauvais traitements en Iran. « J’étais assez surprise de recevoir une invitation de sa part, mais cela ne semblait pas fait complètement à l’improviste », a-t-elle déclaré au Daily Beast.
« Après tout, pourquoi ne cherchzrait-il pas a entrer en contact avec moi ? Nous n’avions pas été en contact depuis plusieurs années, mais puisque nous l’avions été, de temps à autre, je n’y voyais rien d’outrageant ou de raison de se mettre martel en tête ».
Bolton a confirmé qu’il connaissait bien Bigelow et avait eu besoin de ses conseils, il y a quelques années. Mais il a aussi précisé qu’il ne s’était pas servi de sa connexion LinkedIn depuis plus d’un an et qu’il n’utilise jamais la fonction message privé.
Les messages du faux Bolton commençait par du papotage, puis exprimaient le désir de se revoir après toutes ses années. Ensuite, venait la question, quoique dans un anglais bien moins qu’impeccable. « En parlant de la rencontre, dites-moi de vous rappeler du nouveau projet que j’ai mené récemment, avec une équipe de spécialistes sous ma supervision », écrivait le hacker par un message privé de LinkedIn.
« Considérant votre expérience et votre formation concernant le Bahaïsme et certains autres domaines, j’aimerais vous offrir l’opportunité d’une coopération ! J’ai récemment créé un site internet contenant un résumé sur ce qui devrait vraiment être fait dans le cadre de notre recherche. Je ferai de mon mieux pour vous présenter ce site internet dans la semaine à venir ».
Bigelow a témoigné que ce Bolton fictif avait mis deux mois à bâtir la confiance avant de lui envoyer le lien vers ce site internet qu’il lui a demandé d’explorer. Lorsqu’elle a finalement pris le temps de le faire, les intrusions ont débuté très peu de temps après. « Au cours de cette nuit-là, au beau milieu de la nuit, il y a eu deux tentatives, provenant des Etats-Unis, pour entrer sur mon compte professionnel Google. Ils avaient la Chutzpah le culot »>Article original de m’envoyer un test e-mail depuis une adresse outlook.com. Je me suis réveillée ce matin-là et Google m’a envoyé une notice me disant que quelqu’un, depuis Téhéran , avait tenté de s’infiltrer sur mon compte », dit-elle. Puis, elle a, ensuite changé ses mots de passe et mis un terme à tout contact avec ce Bolton iranien et elle a, ensuite, alerté le bureau du véritable Bolton.
Il est difficile de le prouver avec une certitude de cour d’assise, mais les experts pensent que le compte LinkedIn du faux Bolton faisait partie d’un modus operandi iranien sophistiqué visant à voler les mots de passe et références de responsables gouvernementaux, de journalistes, de militants des droits de l’homme et de membres du lobby pro-israélien.
John Hultquist, un analyste d’ iSight Partners, a déclaré que le faux profil Bolton correspondait aux méthodes utilisées par les hackers iraniens dans le récent article de recherche Article original de son entreprise sur les opérations de cyber-espionnage iranien, via les réseaux sociaux.
L’article démontre l’existence d’un réseau élaboré de faux profils sur les réseaux sociaux et même d’un site d’actualité entièrement bidonné, connu sous le nom de newsonair.com, où les Iraniens se présentent comme des journalistes ou d’autres types d’analystes, en cherchant à se connecter à leurs cibles via Twitter, Facebook et LinkedIn.
“Nous avons constaté des connexions qui se dirigeaient vers les Think Tanks néoconservateurs aussi bien que vers la religion Bahaï », a déclaré Hultquist, à propos de son étude. Parce que les hackers prenaient pour cibles le lobby pro-israélien, les militants Bahaï et d’autres, qui pouvaient être considérés comme plutôt bellicistes envers l’Iran, Hiltquist pense qu’ils correspondaient bien aux types de cibles pour les renseignements iraniens, de façon plus générale.
Par certains aspects, cette opération fait songer à “ Rat louche », un type assez identique de schéma d’action qui a infiltré les systèmes e-mails de journalistes et de militants des droits de l’homme représentant une « menace » pour le gouvernement chinois Article original.
Dans cette étude, Hultquist a aussi constaté de quelle façon le minutage du temps de l’essentiel de l’activité de ces faux profils se déroulait durant les heures ouvrables des centres d’affaires en Iran. Au-delà de cela, le site internet newsonair.com était hébergé par des serveurs iraniens et le virus utilisé dans les attaques finales contenait des mots en Farsi (persan) écrits dans leurs codes.
“Cela est cohérent avec le mode opératoire des nouveaux opérateurs en provenance d’Iran » confirme Hultquist, après avoir commenté les messages LinkedIn entre Bigelow et « John R. Bolton ». Hultquist a refusé, dans sa recherche de nommer publiquement aucune autre des victimes de ces hackers.
La première personne à avoir soupçonné que quelque chose clochait avec cette histoire de profil Bolton sur LinkedIn était l’un des rivaux de longue date de l’ancien ambassadeur Steve Clemons, qui est actuellement correspondant à l’étranger pour le journal l’Atlantic. Si on remonte à 2005, Clemons avait lancé une campagne pour couler la nomination par le Sénat, de Bolton en tant qu’Ambassadeur américain aux Nations-Unies. Bolton avait obtenu une nomination d’intersession.
En janvier Clemons a alerté ses lecteurs Article original en leur disant d’éviter de répondre à la requête de Bolton, à la suite d’une information obtenue par l’Atlantic, de la part d’un spécialiste des hautes technologies, suspectant qu’il faisait partie d’un courriel d’hameçonnage. Ce n’est pas la première fois que Bolton se trouve associé, malgré lui, à une histoire de hackers. En décembre, Foreign Policy Article original a révélé que le comlpte e-mail AOL de Bolton était piraté, après qu’il ait envoyé un message d’alerte demandant de l’argent à des amis parce qu’il aurait été dévalisé, sa famille et lui, au pistolet, sur un point chaud des Philippines.
Pour le moment, Bolton prend l’affaire sans sourciller : “Je me sens flatté et honoré d’avoir été choisi par les Ayatollahs pour cette distinction”, a t-il déclaré au Daily Beast. « Peut-être devrais-je créer un faux compte iranien et proposer de révéler les secrets des bombes atomiques de ce pays. J’essaierais de les refourguer, d’abord, à John Kerry ».
Eli Lake.
thedailybeast.com Article original
Adaptation : Marc Brzustowski.
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