Au cours des dernières années, écrit le romancier A .B Yehoshua, le fameux « processus de paix » s’est transformé en une entité diplomatique autonome et déconnectée des réalités, dont les signes extérieurs cachent, non seulement l’inaction effective, mais aussi les actes quotidiens qui contredisent clairement la volonté de paix en elle-même.

Le “Processus” est-il devenu le principal obstacle à la Paix?

Au cours des deux dernières années, le concept de « processus de paix » est devenu un terme problématique, et, vraisemblablement préjudiciable. Si je devais m’exprimer sans crainte de commettre une proposition légèrement absurde, je dirais que, dans les quelques dernières années qui se sont écoulées, le processus de paix est devenu le véritable obstacle à la paix elle-même.

Le soi-disant “processus de paix” s’est transformé –pour les Israéliens, les Palestiniens, les Américains et, dans une certaine mesure, pour les Européens également – en une sorte d’entité diplomatique indépendante, où la rhétorique éthique et politique est plus importante que les actes réellement réalisés, qui contredisent clairement les conditions de la paix elle-même. Le processus de paix nous berce d’illusions et, en soi, il nous calme ou nous endort aussi, pour nous amener à penser que la paix débouchera avec certitude. Il induit une morne tolérance au présent, qui, en définitive, conduit à la passivité complète.

Pour les besoins de l’illustration, rappelons-nous de ce que fut le bref et efficace processus de paix entre Israël et l’Egypte, deux pays qui ont réellement mené, l’un contre l’autre, des guerres vitales et sanglantes. Ce processus a débuté, de façon spectaculaire, par la visite du Président égyptien Sadate en Israël, en novembre 1977 et moins d’un an plus tard, les deux camps s’étaient déjà mis d’accord sur les principes les plus déterminants, à Camp David. Un retrait du Sinaï, une zone démilitarisée, le rapatriement des communautés existantes (Yamit) et l’ouverture d’ambassades. L’accord lui-même a été signé quelques mois plus tard. Et ce processus de paix se poursuit, bon an mal an, depuis 35 ans aujourd’hui.

De l’autre côté, alors que les premiers contacts entre Israël et les Palestiniens ont été signés à Oslo, en 1993, plus de 20 ans se sont écoulés depuis lors et ce « processus de paix » est encore bien loin d’aboutir, pour peu qu’il aboutisse. Durant ces années, plusieurs accords intérimaires ont été signés, dont la plupart ont été violés et de graves affrontements sanglants ont explosé entre les deux camps, dont certains se poursuivent encore, sans même mentionner l’extension des implantations, qui n’est encore qu’un aspect du problème.

Et, surprise, au cours des années passées depuis Oslo, des dizaines, si ce ne sont pas des centaines de médiateurs et d’émissaires européens et américains – et d’autres – se sont précipités pour faire la navette entre les deux camps, des dizaines de sommets de différents types se sont tenus, des pourparlers directs se sont déroulés à tous les niveaux, des Présidents américains et de ministres des affaires étrangères ou de la défense sont arrivés à Ramallah et Jérusalem, pour parler, persuader et faire de nouvelles propositions. Le Secrétaire américain John Kerry est venu 11 fois en Israël et dans l’Autorité Palestinienne, l’an passé, dans le but de faire progresser le processus de paix, qui continue de faire du sur-place.

Mettre un terme officiel au Processus de Paix.

Les preuves les plus fiables du manque d’espoir que le processus de paix puisse effectivement atteindre son but – s’achever par la paix elle-même- seraient fournies à l’écoute des discussions incohérentes qui se donnent libre cours dans les rues de n’importe quelle ville d’Israël ou de Cisjordanie. Même les gens les plus modérés des deux camps se mettront d’accord sur une chose et une seule : leur perte d’espoir que l’actuel processus de paix atteindra effectivement son objectif. Et il y a aussi ceux, à droite comme à gauche, qui ne voient plus la moindre chance que cette paix se réalise jamais .

Et pourtant, la vaste majorité affirmera que le processus de paix ne doit pas s’arrêter, quelles que soient les circonstances, même si cela n’a aucun sens qu’à la fin d’une journée entière où les actes contredisent toute possibilité d’aboutir à un accord, il serait bon d’aller se coucher, le soir, en n’oubliant pas de laisser le processus de paix calmement reposer sous l’oreiller.

Il est intéressant de constater que la vaste majorité des Israéliens et des Palestiniens et de tous ces médiateurs patentés, bien sûr, souligneront, plus ou moins, le même contenu réaliste de ce que devrait être un processus de paix entre les Palestiniens et Israël. Mais, en même temps, c’est précisément, ce processus de paix inachevé qui crée toutes sortes de fantasmes imaginaires quant aux possibles concessions supplémentaires que chaque camp doit obtenir de l’autre camp, et, au fur et à mesure de cette création infinie et inépuisable de nouvelles illusions, concernant ces fameuses concessions que chacun pourrait être en mesure de faire pour faire aboutir ces négociations, c’est le désir de paix lui-même qui s’épuise et s’éloigne un peu plus à chaque fois.

Le cas étant entendu, que pouvons-nous y faire? De mon point de vue, il ne peut y avoir qu’une véritable crise dramatique qui puisse faire avancer la cause de la paix. Non pas, nécessairement, une crise faite de violentes explosions et d’affrontements, mais une crise qui reviendrait à la rupture des contacts et à un terme officiel – même si cela devait être temporaire – du processus de paix. Et cela s’applique, bien évidemment, non seulement aux deux parties prenantes, mais surtout, et principalement, aux différents médiateurs et particulièrement, aux Etats-Unis, qui agissent à la façon d’un travailleur social invertébré, dans un centre de soins de jour pour personnes arriérées mentales .

Un retrait officiel des Etats-Unis de l’ensemble du processus de paix, en proie au désespoir, aurait, sans doute, pour vertu principale de générer la panique parmi les cercles autorisés, aussi bien parmi les Palestiniens que les Israéliens, et cela les motiverait, peut-être, à prendre une véritable initiative, dans le cadre d’un dialogue pratique et sérieux – et de préférence secret – en vue de déboucher sur un accord réaliste et possible.

A. B. Yehoshua

Ce texte est, d’autant plus, remarquable qu’A.B Yehoshua, considéré comme un écrivain de gauche, proche de »La Paix Maintenant », s’était engagé en faveur du processus de paix, au point de participer à l’Initiative de Genève, qui s’est déroulée sans le consentement d’aucun gouvernement, à l’époque…

Lors d’une interview accordée au quotidien italien La Repubblica le 22 Novembre 2012, Avraham Yehoshua a appelé Israel à « cesser de fournir de l’électricité et de faire passer de la nourriture » à Gaza. Durant la même interview, il a également demandé au gouvernement Israélien d’agir à Gaza comme avec un pays ennemi

Publié le : 31. 03.14, 00:39 / Israel Opinion

ynetnews.com Article original

Adaptation : Marc Brzustowski.

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