La cour d’assises spéciale de Paris creusait mardi la piste syrienne, évoquée par Carlos, dans l’attentat de la rue Marbeuf qui, le 22 avril 1982, a fait à Paris un mort et 66 blessés.
Lundi, Ilich Ramirez Sanchez, alias Carlos, a assuré à plusieurs reprises que cette bombe avait été déposée par les services secrets syriens.

Selon lui, le régime syrien cherchait alors à déstabiliser l’hebdomadaire Al Watan Al Arabi (« La Nation arabe »), situé au 33 rue Marbeuf et connu pour ses positions pro-irakiennes. Or à l’époque, Syrie et Irak étaient « en conflit ouvert ».

Afin d’évaluer la crédibilité de cette piste syrienne, la cour a choisi mardi de revenir sur une tentative d’attentat qui, quatre mois plus tôt, avait déjà visé Al Watan Al Arabi, des faits pour lesquels Carlos n’est pas accusé.

Le 19 décembre 1981, peu après 19H00, le fils du gardien de l’immeuble découvre sur le palier du 4e étage un colis « dans l’encoignure gauche de la porte du journal » Al Watan Al Arabi.

Le jeune homme, alors âgé de 17 ans, le porte à son oreille: « j’ai entendu un bruit étouffé qui pouvait être le tic-tac d’une pendulette », décrit-il lors d’un interrogatoire lu mardi par le président Leurent.

Il ouvre alors le colis et découvre « trois petits blocs de couleur marron reliés par des fils » et comprend « tout de suite que c’était une bombe ».

Ses parents appellent Police Secours. Un artificier désamorce l’engin explosif à 20H13. Selon lui, il était programmé pour exploser… une minute plus tard!

L’attaque avortée est alors revendiquée, dans un appel anonyme à l’Agence France-Presse, par « l’Organisation de la Révolution arabe ».

L’enquête, a rapporté mardi un ancien policier de la Brigade criminelle, a mené à une piste syrienne. Les enquêteurs sont en effet remontés jusqu’au revendeur de certaines pièces de l’engin explosif. Or le magasin leur « a donné un nom qui était celui d’un collaborateur de l’ambassade de Syrie, qui bénéficiait d’une immunité diplomatique. »

Cet attaché militaire adjoint, ainsi que l’attaché culturel, seront d’ailleurs expulsés par les autorités françaises le 23 avril 1982, au lendemain de l’attentat de la rue Marbeuf.

Dans plusieurs interviews, le ministre de l’Intérieur de l’époque, Gaston Defferre, avait lui-même suggéré l’implication de l’Etat syrien. Il avait notamment déclaré que si le diplomate renvoyé « ne pouvait être inculpé, il avait une activité un peu extraordinaire pour être un diplomate. (…) Nous avions toutes les raisons de lui demander de s’en aller. »

PARIS (France), 15 nov 2011 (AFP)

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