Le village sundgauvien de Durmenach a longtemps été habité par une importante communauté juive. Aujourd’hui, il retrace son histoire et espère créer une maison du patrimoine local.
Durmenach souhaite restaurer cette maisonnette en ruine pour en faire la maison du patrimoine local. Comme la plupart des vieilles maisons du centre du village, elle a été construite par une famille juive.

« Depuis le 8 novembre 2009, tout le monde, dans la communauté juive française, sait où est Durmenach », affirme Jean Bloch, historien et généalogiste de la communauté juive. Et tout le monde à Durmenach connaît l’histoire du village marquée par la présence d’une importante population juive depuis le XV e siècle. Ce jour-là, la commune avait organisé une « journée du souvenir » inhabituelle, marquée par l’inauguration de deux stèles de part et d’autre du monument aux morts, l’une portant les noms des 51 victimes durmenachoises des deux guerres, l’autre ceux des 19 victimes de la Shoah, deux enfants tziganes et 17 juifs. Une initiative unique en Alsace, de Thomas Zundel et du Cadec, l’association qui organise les foires de Durmenach.
Ce jour-là aussi, devant l’ancienne synagogue (transformée dans les années 1960 en foyer catholique), une stèle du souvenir juif fut dévoilée, en présence de nombreux villageois et de 200 juifs et tziganes, descendants de ces victimes, venus du monde entier.
Plus qu’une journée du souvenir, cette initiative est un projet de longue haleine né « de la prise de conscience de l’absence de toutes traces visibles de l’histoire douloureuse du village », dit Sabine Drexler, adjointe au maire. Avant le Judenrumpel de 1848, Durmenach comptait 650 juifs sur 1 000 habitants. Après ces émeutes anti-juives au cours desquelles 75 maisons juives furent incendiées, il en restait encore 500. Puis vint la Seconde Guerre mondiale : « Un beau jour, ils n’étaient plus là. Ils sont partis en 1940. Ont été arrêtés en 1942 dans le sud. À la Libération, ils ne sont pas revenus. Personne ne s’en est inquiété. »
Jusqu’il y a quatre ou cinq ans, quand, simultanément et sans concertation au départ, le consistoire et des associations de généalogie et d’histoire des israélites ainsi que des citoyens de Durmenach se dirent qu’il fallait répondre « au devoir de mémoire, d’éducation et de reconnaissance ».
Commença alors tout un travail de recherches dans les archives et registres d’état-civil pour retrouver les noms des victimes de la guerre et de la Shoah, l’histoire des familles et des événements. Des langues se délièrent : des anciens racontèrent comment se vivait le shabbat à Durmenach avant guerre, ce qu’ils savaient de la période de guerre. Des professeurs d’université de Mulhouse apportèrent leurs contributions ainsi que l’Appona (Association pour la promotion des populations nomades d’Alsace).
Ces recherches sur l’histoire des communautés juive et chrétienne furent transmises au grand public par le livre Durmenach se souvient, publié à 600 exemplaires et vite épuisé, et par une exposition qui circula dans les écoles du secteur. Le public assista en nombre aux conférences sur le judaïsme alsacien et les internements des tziganes, au repas kasher avec musique tzigane… Les confirmands visitèrent la synagogue de Saint-Louis et restaurèrent la porte du cimetière juif local avec le curé.
Cette dynamique n’est pas près de retomber. Une petite maison en ruine, située entre la mairie et le foyer, est à vendre. Le conseil municipal envisageait de l’acheter et de la raser pour y agrandir le parking. Il s’est ravisé, demandant d’abord d’en reconstituer l’histoire.
Jean Bloch a alors épluché le volumineux cadastre napoléonien et en a conclu que cette maison était liée à Daniel Hauser, patriarche de la communauté juive locale du XVIII e siècle. D’où l’idée d’en faire une maison du patrimoine de Durmenach, pour abriter les objets et documents collectés, en faire un musée et « un lieu de rencontres vivant ».
Pour porter ce projet d’acquisition et de restauration, la Société d’histoire pour la transmission de la mémoire de Durmenach vient d’être créée, avec un chrétien comme président, Thomas Zundel, et un juif comme vice-président, Jean Bloch. Le projet est évalué à 180 000 €. La recherche de généreux donateurs a commencé, en Alsace et bien au-delà. Pour que Durmenach devienne un « lieu de transmission de culture et de réflexion permettant de refuser le racisme et la discrimination, de résister aux discours de haine et de mépris de l’autre ».
CONTACTER Société d’histoire pour la transmission de la mémoire de Durmenach, mairie, 16 rue de l’Ill à Durmenach, tél. 03.89.25.81.02.
Thierry Cachon
L’Alsace.fr
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