Par Maître Bertrand Ramas-Muhlbach.
Le 23 avril 2014, les factions palestiniennes « Fatah » (de Mahmoud Abbas) et « Hamas » (dirigé par Ismaël Hanyeh) ont scellé leur énième « accord de réconciliation » après ceux signés en 2011 au Caire, puis en 2012 à Doha puis de nouveau au Caire en 2012. Pour le dirigeant islamiste de la bande de Gaza, la chose est entendue : « l’ère de la division est terminé ».

La Déclaration conjointe, largement commentée ces derniers jours, prévoit la formation d’un gouvernement « d’union nationale » et l’organisation d’élections dans les 6 mois de la signature de l’accord. Ce nouveau rapprochement est bien évidemment voué à l’échec, mais pour une raison qui n’a rien à voir avec les divergences insurmontables des deux mouvements.
Certes, le Hamas n’entend pas renoncer à ce qu’il appelle pudiquement la «résistance populaire», programme philosophique pour se débarrasser de l’entité sioniste, alors que pour sa part, le Fatah appelle à démanteler les groupuscules armés dans le cadre de la coordination sécuritaire avec Israël.

Le futur gouvernement d’union nationale sera rapidement confronté à cette contradiction insurmontable qui consiste d’une part à éviter les agressions contre Israël pour le Fatah, tandis que le Hamas veut détruire l’Etat juif. Le Premier Ministre Benjamin Netanyahou a naturellement invité Mahmoud Abbas à choisir entre la paix avec Israël et la paix avec le Hamas.
Cette divergences de vue avait déjà provoqué une fracture, lors des élections tenues en 2006 remporté par le Hamas, et la scission des entités géographiques palestiniennes, l’une en Cisjordanie et l’autre dans la bande de Gaza. Le même scénario devrait rapidement se reproduire : soit le Hamas remporte les élections, ce qui signifie que les palestiniens ne sont pas prêts à une cohabitation paisible avec les juifs au Moyen Orient, dans le cas contraire, le Hamas ne lâchera pas les rênes du pouvoir dans la bande de Gaza et continuera de promouvoir son objectif historique.
Bien évidemment, pour les mouvements islamistes (comme le Hamas ou le Hezbollah libanais), la démocratie n’a jamais été un outil visant à faciliter l’expression populaire. Il s’agit simplement d’un moyen d’accéder au pouvoir dans des conditions qui satisfont l’occident, tout en masquant un objectif susceptible de lui déplaire, se débarrasser une bonne fois pour toute d’Israël. En effet, dans le monde de l’Islam, le recours aux outils institutionnels occidentaux ne sert qu’à rassurer la communauté internationale alors que l’objectif consiste à atteindre un résultat prédéfini dans la religion de Mahomet. Or, la démocratie est un mécanisme institutionnel intéressant en ce qu’elle permet de prendre le pouvoir de façon légitime, comme ce fut le cas lors de l’accession au pouvoir du parti nazi en Allemagne, ou plus récemment, lorsque la milice chiite a pris le contrôle des institutions au Liban.
Chez les palestiniens, c’est un autre outil institutionnel qui a été utilisé pour se faire admettre sur la scène internationale : celui de la notion de peuple. Il suffisait de prétendre qu’ils en constituaient un pour gagner une légitimité internationale, alors que la vocation consistait à servir de bras armé des pays arabes pour chasser les juifs de la Palestine mandataire.
Dans les années 60, les palestiniens se sont donc présentés comme peuple (afin de bénéficier de son corollaire « le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ») en modifiant la Charte de l’Olp en 1968 : les palestiniens alors ont cessé de se définir comme étant les « arabes de Palestine » (Charte Olp de 1964), mais comme le « peuple arabe palestinien » (tout en précisant qu’ils faisaient bien partie de la nation arabe).
Aujourd’hui, les palestiniens arrivent au bout de leur mensonge, et le simulacre de leur réconciliation est destiné à gagner un peu de temps avant de voir le château de carte s’écrouler en annonçant au monde la triste vérité : les palestiniens ne constituent pas un peuple, et, partant, sont incapables de s’autodéterminer.
En effet, un peuple est une unité humaine, dotée de valeurs communes, animée d’un vouloir vivre collectif. En se définissant comme peuple, l’entité terroriste constituée par Arafat, est parvenue à faire admettre son organisation sur la scène internationale alors que son mouvement était illégitime.
Le concept était habile puisque la communauté internationale est tombée dans le piège de cette reconnaissance : le 10 décembre 1969, l’Assemblée générale de l’Onu a affirmé que « le problème des réfugiés arabes de Palestine provenait du déni de leurs droits inaliénables en vertu de la Charte des Nations Unies et de la Déclaration universelle des droits de l’homme ». En septembre 1974, des États Membres ont proposé que « la question de Palestine » fasse l’objet d’un point distinct de l’ordre du jour de l’Assemblée générale alors que tel n’était pas le cas depuis plus de 20 ans. Dans une résolution adoptée le 22 novembre 1974, l’Assemblée générale a posé le principe « des droits inaliénables du peuple palestinien », y compris le droit à l’autodétermination sans ingérence extérieure, le droit à l’indépendance et à la souveraineté nationale et le droit des Palestiniens de retourner dans leurs foyers et vers leurs biens…principe désormais réaffirmé tous les ans…
La communauté internationale a donc suivi la thèse des terroristes palestiniens de 1968 alors même que la Charte de l’Organisation de Libération de la Palestine n’avait qu’une finalité, libérer la Palestine de toute présence juive (sur un fondement national), objectif repris par le Hamas en 1987 (sur un fondement religieux), lorsque l’Olp était sur le point d’abandonner le combat.
Aujourd’hui, les palestiniens sont placés devant cette contradiction : confirmer leur statut de peuple alors qu’ils ne le sont pas, et s’autodéterminer alors qu’ils gardent à l’esprit leur objectif initial. Or, s’ils constituent un peuple, ils doivent reconnaître Israël et rejeter les partis dont le nom s’y oppose comme « Olp » ou « Hamas », raison pour laquelle Mahmud Abbas a menacé de dissoudre l’Autorité palestinienne.
Il souhaitait, par ce geste, « rendre les clés de l’AP » à l’Onu pour qu’elle prenne en charge « le peuple sous occupation » ou faire supporter par « Israël le statut de puissance occupante ». En réalité, si Mahmoud Abbas confiait la gestion des palestiniens à la communauté internationale, il montrerait au monde que les palestiniens, loin de constituer un peuple, ne sont qu’un « non peuple », c’est-à-dire un « groupe humain sous tutelle », incapable de s’auto déterminer.
Si les palestiniens veulent devenir un peuple et acquérir la maturité politique, il conviendrait de se désolidariser de la mission que les dirigeants terroristes du Fatah ou du Hamas, leur ont assignée, à savoir combattre Israël, Ils doivent éliminer l’Olp et le Hamas, et récupérer le trésor de guerre constitué par ces mouvements, sur le dos de la communauté internationale.
Les palestiniens comprendront alors qu’ils ont été abusés par leurs dirigeants qui ont utilisé la notion de « peuple » pour parvenir à un objectif qui lui est étranger. La communauté internationale aura bien évidemment sa responsabilité pour avoir cultivé un concept de droit international, juridiquement dévoyé.
Par Maître Bertrand Ramas-Muhlbach.
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