Par Maître Bertrand Ramas-Muhlbach.
Le 3 avril 2014, le négociateur palestinien Saeb Erekat a rappelé la position de l’Autorité Palestinienne, concernant l’assiette territoriale du futur Etat palestinien, tout en augmentant les exigences palestiniennes dans le cadre d’un accord de paix avec Israël : le Premier Ministre israélien Benjamin Netanyahou doit s’engager par écrit sur le principe d’une implantation de l’Etat palestinien sur les frontières (dites) de 1967, accepter que la partie orientale de Jérusalem devienne la capitale de la Palestine, cesser de construire à Jérusalem Est et d’exploiter la Zone A des territoires de Cisjordanie, et enfin, transmette le contrôle de la zone C à l’Autorité Palestinienne. En somme, l’Autorité palestinienne est d’accord pour signer un accord de paix avec Israël à condition de coloniser la Cisjordanie dans sa globalité, avant toute discussion.

En effet, si les Palestiniens entendent asseoir la souveraineté palestinienne sur des territoires qui ne dépendent pas du contrôle de l’Autorité palestinienne, et étendre leurs prérogatives politiques et économiques sur les terres désertiques de Cisjordanie sur lesquelles les Juifs se sont établis, mais également sur celles que les accords d’Oslo ont réparties entre Israël et l’Autorité palestinienne, il s’agit bien d’une forme de colonisation de biens sans maîtres.
Cette nouvelle requête palestinienne illustre, une nouvelle fois, en quoi les terres de Cisjordanie sur lesquelles les Juifs sont implantés, ne présentent en rien une nature palestinienne, en dépit de l’abus de langage et de la qualification impropre de « territoires palestiniens ». Si les terres cisjordaniennes étaient effectivement palestiniennes, le Président de l’Autorité palestinienne n’aurait pas à les revendiquer de façon officielle. Par ailleurs, elle est caractéristique du fonctionnement palestinien :
Mahmoud Abbas reproche à Israël de coloniser la Palestine, dont les frontières ne sont pas définies, alors que c’est lui qui aimerait imposer cette colonisation des terres à Israël. Enfin, Mahmoud Abbas, dans ses fantasmes, aimerait faire de l’ancien territoire annexé par la Transjordanie en 1950, puis abandonné par la Jordanie en 1988, l’assiette territoriale de la Palestine, en effaçant les mutations géopolitiques survenues à la suite des guerres déclenchées et perdues par les pays arabes, depuis la naissance de l’Etat hébreu.
Cette tentative de colonisation de la Cisjordanie n’est, évidemment, pas acceptable, pour plusieurs raisons. Tout d’abord, le procédé de captation des terres en se faisant reconnaître maître des lieux sans partage (mode historique d’acquisition de territoires) est désormais proscrit.
Par ailleurs, rien ne justifie qu’Israël abandonne le contrôle des terres qu’il a mis en valeur en Cisjordanie, alors qu’il s’agit de terres sans maîtres. En outre, Israël n’a pas à diviser sa capitale éternelle Jérusalem pour transférer le Mont du Temple aux Palestiniens.
Enfin, l’Autorité palestinienne doit respecter le principe du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, et notamment, celui de la population juive implantée sur les terres désertiques de Cisjordanie, qui n’entend pas vivre sous souveraineté palestinienne (d’autant que l’histoire palestinienne de ces quarante dernières années a montré les dispositions d’esprit
peu amicales à son égard).
Dans ces conditions, ce n’est donc pas l’Autorité palestinienne qui va dicter à Israël quel sera le sort des « terres sans maître » de Cisjordanie, mais c’est au contraire les négociations israélo-palestiniennes qui doivent conduire à la répartition des pouvoirs sur le territoire concerné. Ce colonialisme palestinien est donc tout à fait insupportable, voire contre le cours du temps.
Certes, la colonisation arabe des terres au Moyen-Orient est un phénomène historique. Elle remonte à la période située entre 634 et 644 de l’ère commune, lorsque le Calife Umar et les armée arabes ont envahi le Moyen Orient, pris Jérusalem, et divisé la province d’Ash Sam (« Syrie ») en cinq districts dont l’un fut baptisé Palestine (Filastin) qui s’étendait du Sinaï jusqu’à Akko (Saint Jean d’Acre). Ludd (Lod) était, dans un premier temps, la capitale choisie par les Arabes avant qu’ils ne portent leur choix sur Ar Ramlah, c’est-à-dire Ramallah. Jérusalem, pour sa part, n’a jamais été la capitale de la Palestine, même si, au cours de la période omeyyade (de 661 à 750), les Arabes ont entrepris la construction de la «Coupole du Rocher » (sur l’emplacement de l’ancien Temple Juif détruit par les Romains) et la mosquée Al Aqsa en 702, près du Dôme du Rocher.
Mahmoud Abbas doit donc respecter le choix historique arabe pour ce qui l’en est de la capitale de la Palestine et baser le centre administratif et décisionnel arabe dans la ville où est enterré le fondateur historique de l’Olp, c’est-à-dire Ramallah.
Le colonialisme palestinien est, bien évidemment, alimenté par la politique coloniale de l’Onu qui considère, également, que les terres de Cisjordanie doivent nécessairement revenir aux Palestiniens. L’Onu qualifie systématiquement la Cisjordanie de «territoires palestiniens occupés ». Ce faisant, elle préfigure, également, ce que doivent être les frontières de la Palestine avant toute discussion. D’ailleurs, les rapports réguliers qu’elle publie, font systématiquement référence à cette notion absurde, qu’il s’agisse de la « situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967 », du « logement convenable et la non-discrimination dans les territoires palestiniens occupés », de « la situation dans le territoire palestinien occupé depuis 1967 y compris Jérusalem Est »…Bien entendu, l’Onu s’accroche à la qualification donnée par la résolution 242 du conseil de sécurité de 1967 qui invitait Israël à se retirer « des territoires occupés », en occultant qu’il s’agissait de la Jordanie, non de la Palestine (non concernée par ce texte).
Depuis, le recours à la notion de « territoires palestiniens occupés » est récurrent, telle la résolution 58/292 du 14 mai 2004 de l’Assemblée générale des Nations Unies qui reprend la notion de « territoires palestiniens occupés, incluant Jérusalem-Est » d’autant que la communauté internationale n’a jamais reconnu l’annexion par Israël de la partie orientale de Jérusalem, qu’elle considère également occupée.

En réalité, il n’entre pas dans les attributions de l’Onu de définir les frontières des Etats membres. Son rôle est fixé par l’article 1 de la Charte, à savoir : être « un lieu où se construit un avenir meilleur pour tous les êtres humains, à travers quatre objectifs : le maintien de la paix et de la sécurité dans le monde ; le développement des relations amicales entre les nations ; l’encouragement à la coopération internationale et au respect des droits de l’homme, être un centre où s’harmonisent les efforts des nations dans des objectifs communs ». Ainsi, l’Onu n’est pas une autorité législative même si ses résolutions servent de normes internationales et fondent les traités et les conventions internationales.
L’Onu doit donc abandonner son mode de pensée colonialiste, et cesser de croire qu’elle dispose des prérogatives pour fixer les frontières de ses membres. C’est aux Etats concernés, qu’il appartient d’organiser entre eux les pouvoirs sur les « territoires sans maître » en considération de l’implantation des populations.
Ce sont les principes faussés en Droit international distillés par l’Onu qui laissent croire aux Palestiniens qu’ils sont en droit d’exercer des prérogatives souveraines sur l’ensemble de la Cisjordanie, et partant, de la coloniser. Israël doit donc lutter sur deux fronts.
En attendant, si la grande mosquée de Jérusalem se nomme Al Aqsa (qui signifie la « lointaine »), parce qu’elle est « éloignée » des centres islamiques, qu’elle le reste.
Par Maître Bertrand Ramas-Muhlbach.
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