Un certain nombre d’évènements, ces dernières semaines, mettent en lumière les lignes d’intersection actuelles des conflits au Moyen-Orient. Ils reflètent une région en changement permanent, dans lequel de nouveaux liens se forgent et d’autres, plus anciens, tombent en mille morceaux. Mais, au beau milieu de la confusion, une nouvelle topographie émerge.

Le mois qui vient de s’écouler est celui où on a assisté à une fracture de plus en plus profonde dans la division, qui existait depuis longtemps, au sein du monde arabe sunnite. Le 5 mars, l’Arabie Saoudite, le Bahrein et les Emirats Arabes Unis ont annoncé qu’ils retiraient leurs ambassadeurs de l’Emirat du Qatar .


La cargaison du Klos-C exposée par Israël.

Cette décision était une réponse claire au soutien continuel et au parrainage des Frères Musulmans par le Qatar. Ce mouvement est considéré par ces trois Etats du Golfe comme une menace subversive. Ils sont inquiets de la capacité des Frères Musulmans à provoquer une subversion interne.

Le Qatar, au contraire, se permet d’accorder de généreuses subventions à sa minuscule minorité de citoyens et a peu à craindre de troubles internes potentiels. Il continue à soutenir les Frères Musulmans et à héberger les principaux dirigeants de la branche égyptienne du mouvement. Ces derniers sont actuellement engagés dans un bras de fer insurrectionnel avec les autorités égyptiennes.

La patience saoudienne était à bout. C’est ce que reflète ce retrait des ambassadeurs.

Le 7 mars, l’Arabie Saoudite a fait un geste supplémentaire en désignant les Frères Musulmans en tant qu’organisation terroriste . Un chercheur saoudien et ancien général, le Dr Anwar Eshki, est cité par le journal en ligne Now Lebanon Article original, en train d’affirmer que cette décision s’est produite en se focalisant particulièrement sur la confrérie égyptienne, qui est impliquée dans l’activité « terroriste ».

La même semaine, un tribunal égyptien a interdit toutes les activités de l’organisation Hamas en Egypte et fait référence à ce mouvement comme “organisation terroriste”.

Vendredi 14 mars, l’Arabie Saoudite a capturé sur son sol et avec la coopération d’Interpol, Akram Shaer, chef des Frères Musulmans ayant lancé plusieurs attaques terroristes contre des postes de police, dans la ville de Port-Saïd, en Egypte, alors que Mohamed Qatoubi était arrêté au Koweit, sans doute, lors d’un itinéraire entre sa base égyptienne et le Qatar.

« Ils sont accusés de s’être adonnés au terrorisme, à la violence et à l’incitation au meurtre de citoyens égyptiens ».

La proximité entre ces diverses annonces reflète l’alliance émergente très resserrée entre l’Arabie Saoudite et le régime de facto de Sissi en Egypte, qui deviendra probablement le président de jure, à la suite des élections présidentielles cette année.

Cette alliance est la composante centrale du style de régimes en exercice, dans le monde arabe sunnite à venir, qui comprend, également : les EAU, le Bahreïn, la Jordanie, autant que la fragile Autorité Palestinienne de Mahmoud Abbas, par opposition à son rival, le Hamas.

Cette alliance est sur le point de s’imposer comme l’élément le plus fort au sein du monde arabe Sunnite.

Elle s’oppose autant au bloc de la “résistance”, principalement chi’ite, conduit par l’Iran et à ce qu’il reste de l’alliance entre le Qatar et les Frères Musulmans , qui se proclamait, l’an dernier encore, comme la vague de l’avenir pour le Moyen-Orient. Les ennuis actuels d’Erdogan en Turquie, signalent quelque chose de cette proue du navire à la dérive.

L’autorité du Hamas à Gaza n’adhère pas du tout à ce nouveau bloc saoudo-égyptien, dont il est une des cibles principales et qu’il combat avec ses alliés jihadistes du Sinaï. Autrefois aligné sur l’Iran, elle porte ses mises sur l’axe Qatar/Frères Musulmans, sa maison-mère.

Mais ce bloc présumé a, fatalement, été gravement éperonné par le coup de Sissi en Egypte, le 3 juillet 2013 et par le départ du parti Ennahda– de même obédience, en Tunisie.

Le Hamas semble tenter de trouver son salut auprès des Iraniens. Le « Ministre des Affaires étrangères » de Gaza, Mahmoud Al Zahar et le porte-parole du Parlement iranien Ali Larijani ont, tous deux, fait des communiqués, cette semaine, suggérant que les relations sont revenues à la normale, entre Téhéran et le Hamas.


Al Zahar en Iran, auprès de Larijani.

Il est difficile de savoir exactement ce que cela veut dire, en réalité. Le financement iranien du Hamas a subi des réductions drastiques, à la suite de son refus d’offrir son total soutien au régime-client de l’Iran à Damas. Il est peu probable que l’Iran ait oublié ou pardonné . Al-Zahar, en tout état de cause, fait partie des responsables du Hamas qui soutiennent le plus étroitement l’Iran et ses déclarations ne peuvent pas être prises comme représentant le mouvement dans son ensemble.

Cela signifie que le Hamas est probablement pris en étau, entre le Qatar et les Iraniens, avec le soutien du premier qui n’est plus ce qu’il était, et le soutien du second seulement disponible de façon fractionnée et réduite.

Les évènements de cette semaine à Gaza, au même moment, ont exposé en vitrine le relent de vigueur du camp dirigé par l’Iran.

Le partisan le plus résolu de l’Iran, chez les Palestiniens, et actuellement, de toute évidence, le principal bénéficiaire des largesses de Téhéran, c’est le Jihad Islamique. C’est un groupe purement paramilitaire et terroriste, qui n’a pas de prétention à devenir un mouvement politique de masse. En tant que tel, c’est un prospect moins compliqué que le Hamas, pour Téhéran.

L’arraisonnement récent, par Israël, du navire d’armement clandestin, le Klos-C, dont la cargaison semblait, le plus probablement destinée au Jihad Islamique, est le dernier indice en date de la volonté de Téhéran d’offrir un appui concret à ceux qui ont ses faveurs.

La furie de la réplique du Jihad Islamique à la saisie de ces armes et à l’élimination ciblée d’un certain nombre de ses agents opérationnels par Israël, a, de toute évidence, eu lieu avec la totale bénédiction et, probablement, sous les ordres de l’Iran ( en même temps qu’avec l’autorisation tacite des autorités du Hamas).

La route interrompue des armes destinées à Gaza (de Syrie en Iran, vers un port irakien, puis le Soudan et enfin, la Bande de Gaza) et les tirs de roquettes qui ont suivi, devraient nous rappeler que le bloc chi’ite dirigé par l’Iran demeure un puissant fédérateur, capable d’actions coordonnées, à travers une très vaste région.

Si, de plus, il se confirmait que la République Islamique et ses brigades Al Qods étaient, peu ou prou, impliqués dans le kidnapping international d’un avion de ligne malaisien, avec 20 ingénieurs, spécialistes de la guerre électronique, à son bord Article original, en pleines négociations nucléaires, nous aurions alors affaire à une toute autre configuration, en matière de piraterie navale et/ou aérienne…

Aussi, trois blocs dominent actuellement le Moyen-Orient : le groupe chi’ite piloté par l’Iran, un axe rival émergent du Caire à Riyad, dirigeant un regroupement de plus petits états sunnites et un autre, encore plus petit et plus faible, mené par l’alliance du Qatar et des Frères Musulmans, qui bénéficient encore d’une boîte postale à Ankara, quoique l’AKP soit trop miné par les problèmes internes pour jouer un rôle régional.

Israël , bien évidemment, ne sera membre fondateur d’aucun de ces consortiums militaro-religieux. Mais Jérusalem est un allié de facto du camp égypto-saoudien, par la pression qu’il exerce sur les Jihadistes du Sinaï, du Golan et d’ailleurs.

L’Egypte et l’Arabie Saoudite, avec Israël, étaient, au cours des dernières décennies, les principaux alliés des Etats-Unis dans la région. Ces deux anciens pays sont, maintenant, à la recherche de nouveaux amis et se renforcent l’un l’autre. L’Arabie Saoudite et les EAU ont tenté de faire du lobbying pour Al Sissi à Washington , au cours de ces dernières semaines, mais n’ont obtenu que des succès très limités.

Les sables mouvants de la carte stratégique du Moyen-Orient, sont, au total, la conséquence du retrait des Etats-Unis, en tant que patron régional. Ce processus est toujours en cours et il est encore trop tôt pour en tirer des conclusions définitives, quant à ses résultats éventuels. Mais le rapprochement entre l’Arabie Saoudite et l’Egypte d’Al Sissi fait sûrement partie des réponses les plus significatives à ce qui se passe. Il va probablement former le socle des tentatives arabes sunnites pour repousser les ambitions iraniennes dans la période à venir.

Par Jonathan Spyer
PJ Media
14 mars 2014

meforum.org Article original

Jonathan Spyer est chercheur principal au Global Research in International Affairs (GLORIA) Center et expert permanent au Middle East Forum.

Adaptation : Marc Brzustowski.

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Ryad exige l’impossible du Qatar : la fermeture d’Al-Jazira (Vidéo)

Fermeture de la chaine Al-Jazira et des centres de recherches établis à Doha dont le Brookings Doha Center et le Centre arabe de recherches et d’études politiques, dirigé par le palestinien Azmi Béchara/Bishara … Les saoudiens ont des exigences très élevées. Ils veulent que le Qatar se fasse hara-kiri.


Ryad veut que le Qatar liquide son porte-avion médiatique: Al Jazira!


Amzi Bishara, accusé d’espionnage pour le Hezbollah en Israël.

Autant dire que l’Arabie Saoudite demande au Qatar de cesser d’exister. Ces exigences ont bien été formulées par l’Arabie Saoudite, confirme une source proche des participants à la dernière réunion des monarchies du Golfe.

L’Arabie Saoudite, ainsi que les Emirats arabes unis et Bahreïn, prenant prétexte d’un prêche de Cheikh Youcef Al-Qaradhaoui , référence des Frères Musulmans classés comme ennemi principal par les monarchies du Golfe, ont rappelé le 5 mars dernier leurs ambassadeurs à Doha. Les trois monarchies ont accusé Doha d’ingérence dans les affaires intérieures des voisins ce qui les contraint « à prendre des mesures en vue de garantir leur sécurité et leur stabilité« . Le Qatar apporte ouvertement son soutien aux Frères Musulmans égyptiens et couvre de manière intense les manifestations et la répression dont ils sont victimes. L’Arabie Saoudite et les Emirats ont apporté rapidement un fort soutien financier à l’Egypte après le coup d’Etat qui a fait tomber le président élu, Mohamed Morsi.

Les Frères Musulmans « ennemis existentiels »

Les monarchies du Golfe qui « gèrent » les mouvements salafistes considèrent les Frères Musulmans comme un ennemi majeur, un courant qui offre une « alternative » aux régimes en place dans le Golfe. Le Qatar, dont le poids sur la scène internationale suscite un fort agacement de l’Arabie Saoudite, soutient ces « ennemis existentiels » avec la chaine Al-jazira comme principal force de frappe médiatique et diplomatique.

L’exigence d’une fermeture de la chaine est, bien entendu, totalement inacceptable pour le Qatar. Le chef de la diplomatie du Qatar, Khaled Al-Attiya, qui avait essayé un rapprochement en se distanciant des déclarations d’Al-Qaradhaoui, a opposé une fin de non-recevoir aux exigences saoudiennes. C’est une « ingérence dans les affaires intérieures du Qatar » a-t-il répliqué. La politique étrangère du Qatar n’est « pas négociable » a-t-il répliqué. Le Qatar, qui abrite un quartier général du CENTCOM (Commandement Central des États-Unis) sur la base aérienne de Al Udeid n’est pas prêt de se faire hara-kiri.


Michaël Prazan : qui sont les Frères Musulmans? Conf. MPCT 23.10.13.

Sana Harb, vendredi 14 mars 2014 19:32

maghrebemergent.info Article original

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