Par Maître Bertrand Ramas-Muhlbach.
Peut-on envisager que l’antisémitisme fasse partie intégrante du projet Divin? Est-il l’avatar ultime de la responsabilité humaine et celle du Juif, devant se garder de la haine de son frère, en particulier?

Le 13 février 2014, la communauté juive marquait le 8ème anniversaire de la mort d’ Ilan Halimi, assassiné, dans des conditions cruelles et barbares par ses tortionnaires qui lui reprochaient d’être juif. Au cours de la manifestation contre la politique du Président de la République François Hollande tenue à Paris le 26 janvier 2014, des groupuscules néo nazis, trotskistes et islamistes, unis dans leur haine viscérale des juifs, ont appelé de concert à chasser les juifs de la France : « juif, la France n’est pas à toi », « juifs, hors de France ». Le phénomène n’est d’ailleurs pas spécifiquement français puisque le 14 février 2014, le Ministre des Affaires Etrangères Avigdor Libermann a convoqué l’ambassadeur de Hongrie en Israël pour l’interroger sur la multiplicité des actes antisémites qui secouent la Hongrie actuellement.
Les membres de la communauté juive, inquiets de cette résurgence de l’antisémitisme, sont unanimes quant à la solution à apporter pour se protéger : partir en Eretz Israël. Or, comme il s’agit précisément de la vocation du peuple juif, telle qu’inscrite dans les prévisions Bibliques, la question peut se poser de savoir si l’antisémitisme ne fait pas partie intégrante du projet Divin.
L’antisémitisme se traduit par une discrimination des juifs, des manifestations hostiles à leur l’égard, et des persécutions pouvant aller jusqu’à leur massacre (lorsque le principe est érigé en système et que le sentiment de haine est suffisamment partagé par la population). Les sociétés démocratiques ont donc progressivement intégré la nécessité de combattre l’antisémitisme bien que le sentiment antisémite reste profondément vivace. Ce n’est pas surprenant.
Le juif n’est pas français, américain, éthiopien ou israélien, il est juif. Le combat contre le racisme ne peut donc pas le protéger puisqu’il n’appartient pas à une race particulière. Le problème du juif, tient à son essence. L’individu juif est un descendant d’Abraham Isaac et Jacob, c’est-à-dire un membre du peuple que les religions considèrent comme étant choisi par le Ciel. Il naît dans les mêmes conditions que les autres hommes, (il est blond, châtain ou noir de cheveu, blanc ou noir de peau), et partira lorsque son heure sera venue, mais il présente juste cette caractéristique d’être juif, même s’il n’en a pas nécessairement conscience ou s’il combat parfois farouchement cette identité. Le caractériser par rapport à ses origines juives n’est d’ailleurs pas tout à fait exact : il est plutôt un membre de la descendance juive puisque dans le projet Divin, les juifs doivent devenir aussi nombreux que les étoiles dans le Ciel. Pour sa part, l’antisémitisme vise à contrecarrer ce projet, tel un défi lancé au Ciel.
Pour les personnes athées, le concept même de juif est parfaitement absurde. Si Dieu n’existe pas, il n peut pas avoir choisi un peuple particulier pour délivrer un message spécifique. Le concept de juif est donc tout à fait délirant, un peu comme si des personnes étaient reconnues comme étant les « enfants du père noël ». Dans la mesure où les personnes athées ne reconnaissent pas de puissance surnaturelle à l’origine de la création du monde, il ne peut exister de personnes juives jouissant d’un statut privilégié. Ainsi, les éliminer permettrait de prouver que Dieu n’existe pas.
Pour les chrétiens, les messages religieux ont longtemps façonné l’individu dans la conviction selon laquelle les juifs n’ont pas voulu reconnaître Jésus comme étant leur Messie et l’ont même tué. La répétition interrompue de ce propos pendant 2000 ans n’a pu que susciter une aversion à leur égard pour revendiquer le statut de « nouvel Israël ». Le principe du peuple juif déicide, l’un des fondements de la foi, a heureusement été abandonné.
Pour les musulmans, il est dit dans le Coran que les juifs ont été maudits par Allah pour n’avoir pas voulu entendre ses recommandations. Les textes coraniques insistent particulièrement sur le fait que les juifs ont bien été préférés par Dieu à l’origine mais qu’ils se sont détournés de lui en ne reconnaissant pas le nouveau message de Mahomet. Plus généralement pour les intégristes chrétiens ou musulmans, l’antisémitisme et l’anéantissement des juifs visent à démontrer que les juifs ont été abandonnés par le Ciel pour les fautes qu’ils auraient commises.
L’antisémitisme au sein des religions monothéistes conforte la thèse selon laquelle le Ciel s’est définitivement détourné du peuple juif avec les oracles d’afflictions contre lui dans la Torah (les 39 premiers chapitres du Livre d’Isaïe), et les mises en gardes du peuple juif repris dans le Lévitique (26, 14-46) ou le deutéronome (28, 15-69).
Il n’est pourtant pas exclu que l’antisémitisme fasse partie du projet divin à un double titre. Du côté des juifs, il rappelle la haine que bon nombre nourrissent à leur égard et la nécessaire vigilance qui doit les animer sous peine de disparaître individuellement ou collectivement. En effet, même si certains juifs cachent cette identité spécifique, il se présentera toujours une personne mal intentionnée qui viendra le lui rappeler en l’insultant de « sale juif » (ce qui peut avoir pour effet de réveiller l’âme juive qui sommeille au fond de l’intéressé). Par ailleurs, l’antisémitisme est à l’origine de la renaissance de l’Etat d’Israël. Les massacres, les pogroms les spoliations perpétrés contre les juifs au XIX ème siècle ont fait prendre conscience à certains d’entre eux qu’il n’était pas nécessaire d’attendre la venue du Messie pour retourner en Eretz Israël et qu’au contraire, il était peut être préférable d’anticiper le mouvement avant sa venue annoncée.
Du côté des nations, l’antisémitisme est un travers de l’individu qu’il convient de pointer, de combattre et de bannir du fonctionnement social comme si le Ciel leur en avait confié la responsabilité. En effet, tous les défauts de la personne humaine ont été précisés dans la Torah pour aider l’homme à se parfaire, à l’exception d’un : l’antisémitisme. C’est un peu comme si le Ciel avait chargé l’individu de rédiger le 11ème commandement (pour les nations) ou le 614ème (pour les juifs) : « tu ne seras pas antisémite ». En effet, le commandement qui préconise « d’aimer son prochain comme soit même » est à rattacher au racisme, c’est-à-dire à la différence physique, non à la différence d’essence de l’autre.

L’insertion du commandement « tu ne seras point antisémite » est d’ailleurs une réponse au problème apparu lors de la première génération d’individus nés sur terre. Caïn a tué Abel pour n’avoir pas supporté la préférence que D. avait accordé à son offrande. Le contexte est sensiblement voisin : il s’agit de frères, (comme doivent l’être les hommes les uns par rapport aux autres), dans un contexte de jalousie en raison d’un choix divin qui a déplu, un meurtre qui s’en est suivi, et surtout, un refus d’assumer l’acte meurtrier. Lorsque D. a demandé à Caïn où était son frère, il a répondu qu’il n’en était pas le gardien. L’histoire de l’humanité a débuté ainsi, elle doit donc se parfaire avec l’admission du principe de l’interdiction de l’antisémitisme, pour clôturer le corpus des règles fondamentales.
La conséquence est immédiate pour Israël, tenu d’assumer le statut qui lui a été assigné, à savoir rester la terre d’accueil du peuple juif.
Corrélativement, la terre devra rester sous souveraineté juive, de façon exclusive, sans partage, sans compromission et de façon définitive, pour éviter qu’Israël ne devienne un Etat juif honteux qui prendrait le risque de disparaître d’un antisémitisme qui se développerait en son sein.
Par Maître Bertrand Ramas-Muhlbach.
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Article très intéressant. Toutefois, contrairement à ce qu’en dit l’auteur, D.ieu ne souhaite pas l’antisémitisme, même s’il s’en sert effectivement pour ramener son peuple sur sa terre… Voir Zach 1:15 « Je suis saisi d’une grande irritation contre les nations orgueilleuses ; car je n’étais que peu irrité [contre toi, Israël], mais elles ont contribué au mal. » et dans ce même livre, au chap 2, verset 8 : « Car celui qui vous touche touche la prunelle de son œil. » ou Esaie 47:6-11 « J’étais irrité contre mon peuple, J’avais profané mon héritage, et je les avais livrés entre tes mains: tu n’as pas eu pour eux de la compassion, tu as durement appesanti ton joug sur le vieillard. Tu disais: à toujours je serai souveraine ! Tu n’as point mis dans ton esprit, tu n’as point songé que cela prendrait fin. Écoute maintenant ceci, voluptueuse, qui t’assieds avec assurance, et qui dis en ton cœur: moi, et rien que moi! Je ne serai jamais veuve, et je ne serai jamais privée d’enfants! Ces deux choses t’arriveront subitement, au même jour, la privation d’enfants et le veuvage; elles fondront en plein sur toi, malgré la multitude de tes sortilèges, malgré le grand nombre de tes enchantements. Tu avais confiance dans ta méchanceté, tu disais: Personne ne me voie ! Ta sagesse et ta science t’ont séduite. Et tu disais en ton cœur: Moi, et rien que moi! Le malheur viendra sur toi, Sans que tu en voies l’aurore; la calamité tombera sur toi, sans que tu puisses la conjurer; et la ruine fondra sur toi tout à coup, à l’improviste. » Voir aussi Esaie 10;5-12, mais il y a plein d’autres versets de cette trempe! Courage à toi Israël et courage aux Juifs du monde entier. D.ieu est avec vous et d’autres non juifs comme moi sont également à vos côtés.
Une fois pour toute, ouvrons dans vos colonnes un vrai débat:
Pourquoi bon nombres de juifs ayant fait leur Alya reviennent-ils?
Pourquoi bon nombre de juifs ne trouvent pas de travail en Israel?
Pourquoi bon nombre de juifs ne trouvent pas un appartement décent?
Que faire en Israel quand, on parle pas la langue, qu’on n’a pas de travail, qu’on est rejeté (je pèse mes mots) par la population locale, que l’on a laissé en France ou ailleurs des parents, des frères ou mieux des enfants?
Je vous en prie, pas de leçon de morale.
Ne vaut-il pas mieux qu’ Israel nous aide à combattre nos ennemis dans le pays dans lequel on se trouve?
Je n’ai pas la solution.
P.BELLAICHE
» Pour les personnes athées, le concept même de juif est parfaitement absurde »
Je sais que c’est un vieux débat, mais pensez-vous qu’il n’y a pas de Juifs athées? Ou bien pensez-vous que seuls méritent d’être juif ceux qui croient en Dieu ? La judéité serait affaire de métaphysique ? Rien de culturel ou historique ? Rien de nationaliste ?
Pour la première fois, je suis en désaccord avec vos articles, d’ordinaire si pertinents. Ce doit être l’irruption de la métaphysique.